Damas, (SANA) Chaque année, le 8 juin, les Syriens commémorent la mémoire du martyr Abdel Basset Sarout, ce jeune homme qui a quitté les terrains de football pour devenir l’un des figures les plus emblématiques de la révolution syrienne et le symbole d’une génération qui a cru en la liberté et en a payé le prix le plus élevé.
Sept ans après son martyre dans la banlieue nord de Hama en 2019, son nom demeure profondément ancré dans la mémoire nationale.
Plus qu’un commandant de terrain ou un chanteur révolutionnaire, il reste le témoin du parcours des Syriens, des manifestations pacifiques aux années de révolution, ainsi que des souffrances de dizaines de milliers de martyrs et de personnes disparues de force.
D’un gardien de but à une icône de la révolution
Abdel Basset Mamdouh Sarout est né à Homs en 1991. Avant le début de la révolution, il s’était distingué comme gardien de but du club Al-Karama et de la sélection nationale syrienne (juniors). Mais lorsque les manifestations populaires ont éclaté en mars 2011, il a choisi de se tenir aux côtés des habitants de sa ville. Sa voix, qui résonnait sur les places de Homs, est alors devenue l’une des plus célèbres de la révolution syrienne.
La vie de Sarout fut intimement liée à la tragédie vécue par les Syriens. Il perdit plusieurs membres de sa famille durant les années de siège et de bombardements menés par le régime déchu. Le 8 juin 2019, il succomba à ses blessures après avoir été touché dans des combats dans le nord du gouvernorat de Hama, devenant ainsi l’un des martyrs les plus emblématiques de la révolution et un symbole de ses sacrifices.
Comment la presse internationale a-t-elle retracé son parcours ?
Abdel Basset Sarout a suscité un vif intérêt de la part des médias internationaux, qui ont vu dans son histoire le reflet du parcours de la révolution syrienne elle-même.
Le 8 juin 2019, l’agence Reuters le qualifiait d’un joueur de football devenu une « icône du soulèvement syrien ».
Le même jour, le quotidien britannique The Guardian le qualifiait de « chanteur de la révolution syrienne » et de l’un des plus célèbres leaders des manifestations à Homs.
Quant à l’Associated Press, elle estimait que son histoire résumait le parcours d’une génération entière de Syriens qui avait commencé par réclamer des réformes et la liberté avant de se retrouver au cœur de l’un des conflits les plus complexes de l’époque contemporaine.
Sarout : la voix de la liberté et de la justice
Le nom d’Abdel Basset Sarout n’est plus seulement associé aux manifestations et aux chants révolutionnaires. Il est désormais lié à la plupart des grandes causes syriennes, notamment à la quête de vérité sur le sort des dizaines de milliers de détenus disparus dans les prisons du régime déchu.
Les données du Réseau syrien des droits de l’homme indiquent que le régime est responsable de la disparition forcée de plus de 160 000 personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants. De nombreuses indications laissent penser qu’un grand nombre d’entre elles sont mortes sous la torture ou en raison des conditions de détention extrêmement difficiles.
Les enfants des disparus : une blessure qui ne se referme pas
La commémoration de Sarout cette année intervient alors que la souffrance de milliers d’enfants ayant perdu leurs proches ou disparu durant les années de la révolution reste une plaie ouverte qui exige les efforts conjoints de toutes les institutions.
Dans ce cadre, le ministère des Affaires sociales et du Travail a annoncé, il y a environ un mois, le retour de 200 enfants de détenus et de personnes disparues de force auprès de leurs familles.
Par ailleurs, la commission chargée d’enquêter sur le sort des fils et filles des détenus a authentifié 314 cas d’enfants transférés des services de sécurité vers des maisons de l’enfance durant la période du régime déchu. Des organisations spécialisées ont également recensé près de 3 800 enfants disparus pendant les années de la révolution syrienne.
Rania Al-Abbasi : une famille qui résume l’histoire du pays
Cette année, la commémoration de Sarout coïncide également avec les révélations concernant le sort des six enfants de la chirurgienne-dentiste et ancienne championne de Syrie de jeux d’échecs, Dr Rania Al-Abbassi, devenue un symbole de la souffrance des Syriens.
Depuis l’arrestation de toute la famille en mars 2013, aucune information n’avait été obtenue à leur sujet. L’Autorité nationale des personnes disparues a récemment annoncé que des résultats professionnels convergents permettaient de conclure, avec un degré élevé de certitude, au décès des enfants.
Human Rights Watch : la justice commence par la vérité
Dans son rapport annuel sur la Syrie publié au début de l’année 2025, Human Rights Watch a estimé que la chute du régime déchu avait créé une occasion historique de demander des comptes aux responsables des années de détentions arbitraires, de torture et de disparitions forcées.
L’organisation a appelé à la préservation des preuves présentes dans les prisons, les centres de détention et les fosses communes, ainsi qu’à la lutte contre l’impunité des auteurs de violations.
Selon Human Rights Watch, la révélation du sort des personnes disparues constitue l’un des défis majeurs de la nouvelle Syrie, car elle représente une étape essentielle vers la justice transitionnelle et la reconstruction de la confiance au sein de la société après des années de guerre.
Chaque année, les médias internationaux et les documentaires reviennent sur le parcours de Sarout, non seulement comme figure de la révolution, mais aussi comme symbole d’une génération convaincue que la liberté mérite le sacrifice.
André Chatta