Damas, (SANA) Après plus d’une décennie de guerre, avec son lot de destructions massives et de déplacements forcés ayant touché des millions de Syriens, les camps dispersés dans le nord et l’est de la Syrie demeurent le témoin quotidien de l’une des plus grandes crises humanitaires de la région.
Des milliers de familles arrachées à leurs villes et villages en raison des pratiques du régime déchu se sont retrouvées pendant des années à vivre sous des tentes dépourvues des conditions de vie les plus élémentaires, après la destruction de leurs maisons et de leurs infrastructures. L’exil est ainsi devenu une réalité de long terme, imposant de lourds défis sociaux, économiques et humanitaires.
Avec l’ouverture d’une nouvelle phase en Syrie après la chute du régime déchu, le gouvernement syrien a commencé à traiter la question des camps comme une priorité nationale et humanitaire, via le lancement de l’initiative « Syrie sans camps », qui vise à mettre fin aux souffrances des déplacés et à garantir leur retour sûr et digne dans leurs régions d’origine, parallèlement à la réhabilitation des infrastructures et des services essentiels.
Plus de 3,5 millions de retours en Syrie
Dans ce contexte, le représentant permanent de la Syrie auprès des Nations unies, Ibrahim Olabi, a affirmé lors d’une séance du Conseil de sécurité consacrée à la situation en Syrie vendredi dernier que le nombre total de réfugiés et déplacés retournés en Syrie avait dépassé trois millions et demi de personnes, alors que les efforts pour mettre fin au dossier du déplacement interne se poursuivent.
Le nombre de retours reflète une accélération du rythme des retours après les transformations politiques et sécuritaires qu’a connues le pays, dans un contexte de multiplication des initiatives gouvernementales et internationales soutenant le retour et la stabilité.
L’initiative « Syrie sans camps »
Cette initiative constitue l’un des principaux projets nationaux lancés par le nouveau gouvernement syrien pour traiter la question du déplacement interne. Elle repose sur le transfert des Syriens d’une situation de résidence temporaire dans les camps vers une phase de stabilité et de réintégration dans leurs communautés d’origine.
Le 10 mars 2026, le président Ahmad al-Charaa a promulgué le décret n°59 de l’année 2026 portant création d’une commission présidée par le ministre des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes afin de préparer les infrastructures dans les zones détruites en vue du retour des habitants.
Cette commission comprend les ministres des Finances, des Travaux publics et de l’Habitat, des Affaires sociales et du Travail, de l’Administration locale et de l’Environnement, ainsi que les gouverneurs d’Alep, Hama et Idleb, et le directeur de la Coopération internationale au ministère des Affaires étrangères et des Expatriés.
L’initiative se concentre sur la réhabilitation des villes et localités endommagées, la restauration des habitations, l’amélioration des services d’eau, d’électricité, des écoles et des hôpitaux, ainsi que sur l’enlèvement des décombres et des déchets de guerre, afin de garantir un environnement propice au retour et à la stabilité des habitants.
1 523 camps abritant environ 400 000 familles

Les statistiques gouvernementales montrent l’ampleur du défi humanitaire auquel la Syrie est confrontée dans ce dossier. Le ministre des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes, Raed al-Saleh, a indiqué lors d’entretiens avec la coordinatrice humanitaire résidente des Nations unies en Syrie, Nathalie Fustier, au début du mois, que les opérations de recensement menées dans les camps d’Idleb avaient montré l’existence de 1 523 camps abritant environ 400 000 familles.
Il a indiqué que les opérations de recensement se poursuivaient dans les autres gouvernorats syriens, en coordination avec les agences des Nations unies et les institutions du secteur privé local et international, afin d’accélérer la fermeture du dossier des souffrances des habitants des camps.
Al-Saleh a également souligné la poursuite quotidienne du retour des déplacés ainsi que le lancement de projets de services dans différents secteurs, allant de l’enlèvement des décombres et des déchets de guerre au soutien des hôpitaux et dispensaires, en passant par l’aide agricole, la restauration des maisons et l’amélioration des services de propreté publique.
Il a affirmé que l’objectif était de parvenir à un retour durable et de renforcer la stabilité des personnes revenues.
Il a insisté sur le fait que le gouvernement s’engageait à achever le dossier de la « Syrie sans camps » avant la fin de l’année en cours, selon le niveau de disponibilité des Nations unies à soutenir la vision syrienne.
Une souffrance prolongée à l’intérieur des camps

En dépit de l’amélioration relative dans certaines régions, les camps continuent de connaître des conditions humanitaires difficiles. Des milliers de déplacés vivent encore dans des tentes délabrées dépourvues de services essentiels, dans un contexte marqué par la pauvreté, le chômage et la faiblesse des services de santé et d’éducation.
Un atelier organisé il y a quelques jours à Damas par le ministère des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes en coopération avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a examiné la situation des camps et les conditions de vie difficiles auxquelles les déplacés sont confrontés. L’atelier a également discuté des plans de mise en œuvre de la vision « Syrie sans camps » et de l’élaboration d’une feuille de route pour le retour des habitants.
Le ministre adjoint des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes, Ahmad Qaziz, a affirmé lors de cet atelier que la vision « Syrie sans camps » représentait « un objectif national et humanitaire » nécessitant des partenariats stratégiques dépassant la logique de l’aide d’urgence pour aller vers la reprise et la stabilité.
Soutien onusien à l’initiative
De son côté, le directeur des affaires de l’UNRWA en Syrie, Amanya Michael Ebye, a précisé que la responsabilité de tous consistait à « traduire cette ambition en un soutien concret permettant aux déplacés de retourner volontairement et de passer de la vie dans les camps à une vie digne et sûre ».
Le directeur du bureau du Haut-Commissariat pour les réfugiés à Qamichli, Oliver Smith, a déclaré : « Nous sommes ici afin d’avoir une compréhension commune de ce que signifie concrètement cette vision de « Syrie sans camps », et d’œuvrer pour l’élaboration de moyens concrets pour apporter des solutions au million de déplacés vivant encore dans les camps en Syrie ».
La coordinatrice humanitaire résidente des Nations unies en Syrie, Nathalie Fustier, a quant à elle affirmé lors de sa visite à Idleb le 3 mai dernier que les Nations unies étaient prêtes à apporter tout le soutien disponible à travers leurs différentes agences, notamment le Programme des Nations unies pour le développement, le Haut-Commissariat pour les réfugiés, l’Organisation internationale pour les migrations et l’UNICEF, afin d’assurer le succès du plan du gouvernement syrien visant à mettre fin au dossier des camps.
Une initiative nationale renforçant le partenariat avec la communauté internationale
L’initiative « Syrie sans camps » reflète une orientation nationale claire visant à passer de la phase de réponse humanitaire d’urgence à celle de la reprise et de la reconstruction, dans un contexte marqué par l’augmentation du soutien international et une détermination commune à fournir des solutions durables aux déplacés.
Cette dynamique confirme que le traitement de la question des camps est devenu une priorité où convergent les efforts gouvernementaux et les engagements des partenaires internationaux, afin de garantir un retour sûr, digne et durable des Syriens.
André Chatta