Damas, (SANA) La révolution syrienne n’est pas née spontanément de son moment historique en mars 2011 ; elle a été l’expression et l’aboutissement très clair d’un état de colère et de refus d’un peuple vivant face à la répression, à la corruption et à des décennies de tyrannie, de dictature et d’oppression.
On peut décrire ce qui s’est produit comme la révolution d’un peuple lassé d’une vie d’humiliation et d’injustice, sorti réclamer la liberté, la dignité et la restitution de ses droits face à un pouvoir despotique, corrompu et criminel. Ce peuple a emprunté pour atteindre son objectif la voie des protestations et des manifestations pacifiques, et a décidé de ne pas s’arrêter avant de reprendre l’initiative pour conquérir sa liberté.
La réponse du régime déchu a été sanglante et destructrice. Cependant, le peuple syrien a poursuivi sa révolution et développé ses outils face à davantage de violence et de brutalité exercées par le régime de Bachar al-Assad, couronnant ce combat, ces sacrifices et ce flot de sang et de blessures par la réalisation de la victoire et de la libération le 8 décembre 2024, ouvrant la voie au début de la reconstruction.
Débuts et prémices
On peut dire que les révolutions qui ont éclaté en Tunisie, en Égypte et en Libye contre les régimes en place ont donné un certain élan moral à la jeunesse syrienne opposée aux pratiques répressives du régime. L’agression d’un jeune homme par un policier appartenant au régime déchu dans le marché al-Hariqa à Damas, le 17 février 2011, a constitué une première étincelle, lorsqu’un grand nombre de citoyens se sont rassemblés spontanément et ont scandé contre les pratiques du régime : « Celui qui est censé protéger vole… le peuple syrien ne s’humilie pas ».
Par la suite, des militants ont appelé, via Internet, le peuple syrien — et en particulier sa jeunesse — à manifester le 15 mars sous le slogan « Jour de la colère », pour réclamer droits et libertés. Une manifestation limitée est sortie dans le souk al-Hamidiyé, scandant pour la liberté et la restitution des droits, suivie le lendemain d’un sit-in de militants politiques, de défenseurs des droits humains et de familles de détenus devant le ministère de l’Intérieur, que les forces de sécurité du régime ont dispersé par la force, arrêtant certains d’entre eux.
18 mars 2011… Le déclenchement de la révolution et les premiers martyrs
Toutes ces tentatives ont constitué des prémices et une mèche pour enflammer la révolution de manière plus vigoureuse et plus claire, lorsque la ville de Daraa s’est soulevée après l’arrestation par la sécurité du régime déchu d’enfants et d’adolescents accusés d’avoir écrit des slogans incitatifs sur les murs des écoles, tandis que leurs familles et certains notables ont été humiliés par un responsable de la sécurité lorsqu’ils ont tenté d’« intervenir » pour obtenir leur libération.
Des appels à manifester sous le nom de « Vendredi de la dignité » ont alors été lancés, et le vendredi 18 mars 2011 a constitué le véritable départ de la révolution syrienne, marqué par la multiplicité des points de manifestation, sortis sans aucune coordination entre eux à Daraa, Damas, Banias, Douma et Homs.
Ce jour‑là, le régime criminel a affronté les manifestants par des agressions, des arrestations et la répression, tandis qu’à Daraa en particulier il a utilisé des balles réelles pour faire face au soulèvement populaire massif, entraînant la mort de Mahmoud Qutaych al-Jawabreh et de Hossam Ayyash, premiers martyrs de la révolution. Les manifestations ont ensuite pris un caractère plus intense et continu, et l’insurrection populaire s’est étendue à plusieurs régions à travers la Syrie.
Le massacre de la place de l’Horloge à Homs
Avec l’élargissement de la participation populaire à la révolution, Homs s’est retrouvée au premier plan en avril 2011, lorsque les habitants de la ville ont organisé un sit-in sur la nouvelle place de l’Horloge le 18 avril, marquant ainsi le premier grand sit-in populaire depuis le début de la révolution, après que la ville et son gouvernorat eurent enterré huit martyrs tombés lors des manifestations.
Selon les coordinations supervisant le sit-in, plus de 40 000 personnes se sont rassemblées, hommes, femmes, personnes âgées, universitaires, intellectuels, commerçants et étudiants, issus de toutes les catégories sociales, pour exprimer leur colère face à la répression brutale exercée par le régime contre son peuple. Mais à l’aube du samedi, le régime criminel a pris d’assaut la place avec des centaines de ses éléments et a commencé à tirer directement sur les manifestants. Les militants n’ont pas pu recenser le nombre de martyrs et de blessés, en raison de l’arrestation de centaines de personnes par les forces de sécurité du régime, de la détention des blessés et de l’enlèvement des corps de nombreux martyrs. Le massacre de la place de l’Horloge à Homs a ainsi été la première tuerie organisée commise par le régime déchu contre les Syriens.
22 avril : la marche vers Damas
Le 22 avril 2011, des dizaines de milliers de Syriens sont partis de diverses zones de la Ghouta orientale après la prière du vendredi, en grandes foules, en direction de Damas, dans le but d’atteindre la place des Abbassides et de réclamer la chute du régime de Bachar al-Assad. Ils ont réussi à parvenir aux abords de la place, aux portes du marché al-Hal et de Zabalatani, dans un affrontement direct avec les forces du régime qui ont immédiatement commencé à tirer en leur direction, entraînant la mort de dizaines de manifestants dans une scène qui a encore intensifié le rythme des protestations et renforcé la détermination des révolutionnaires à poursuivre leur mouvement.
Hama : la ville des grands sit-in pacifiques
Hama s’est distinguée, dès son entrée dans la révolution, par d’immenses foules populaires, plus d’un demi‑million de manifestants s’étant rassemblés sur la place al‑Assi, au centre de la ville, dans un moment qui a marqué des millions de Syriens et contribué à raviver la flamme de la révolution.
Pendant plusieurs semaines, et chaque vendredi de la révolution, des centaines de milliers de personnes affluaient des villages et des villes du gouvernorat de Hama, scandant derrière Ibrahim al‑Qashoush pour réclamer la chute du régime. Incapable de supporter cette scène, le régime a assiégé la ville avec des chars et des blindés, et à l’aube du 31 juillet 2011, à la veille du mois de Ramadan, les chars du régime ont pris d’assaut la ville, faisant de cette journée l’une des plus répressives contre les manifestants depuis le début de la révolution, mettant fin par la force, la répression, les balles et les chars au plus grand sit‑in pacifique de l’histoire de la révolution syrienne.
Avec l’élargissement du mouvement de protestation, les vendredis ont commencé à porter des noms définissant l’objectif des manifestations. Le mouvement révolutionnaire a dépassé les simples manifestations et sit‑in pour s’exprimer par des moyens créatifs — arts plastiques, musique, chant, théâtre et autres — tandis que de nouvelles méthodes d’organisation et de couverture médiatique ont émergé. Des coordinations de la révolution sont apparues dans les villes et les quartiers, et le phénomène du « journaliste citoyen » s’est développé avec des moyens modestes, constituant des formes d’expression créatives qui ont marqué la phase pacifique de la révolution.
La criminalité du régime s’intensifie contre les enfants et les civils… Hamza al‑Khatib en exemple
En mai 2011, la criminalité du régime déchu a connu une forte escalade, et la mort du jeune Hamza al‑Khatib sous la torture a constitué une scène terrifiante révélant l’ampleur de la brutalité de ce régime, faisant de Hamza une icône et un symbole de la révolution.
Le même mois, les forces du régime déchu ont pris d’assaut le village d’al‑Bayda, près de Banias, où des vidéos largement diffusées dans le monde montraient les miliciens du régime piétinant les corps de jeunes du village et les maltraitant alors qu’ils étaient arrêtés et menottés, dans une scène inoubliable pour les Syriens. Bien que le régime ait tenté de nier l’incident, les preuves irréfutables présentées par les habitants du village ont confirmé la criminalité et la répression du régime.
Le début des défections dans les rangs militaires en soutien à la révolution
De nombreux militaires n’ont pas pu supporter les crimes commis par le régime et ses appareils répressifs contre leurs familles et leurs concitoyens, et certains soldats et officiers ont commencé à faire défection, une étape qui a eu des implications importantes dans le déroulement de la révolution syrienne.
Le conscrit Walid al‑Qash‘ami, de la Garde républicaine au commandement de Qassioun, fut l’un des premiers à faire défection de l’armée du régime, dans une vidéo diffusée sur Internet le 23 avril 2011. Les défections se sont ensuite succédé à différents grades : le 7 juin 2011, Abdelrazzaq Tlass, officier au grade de lieutenant, a fait défection, puis deux jours plus tard, Hussein Harmoush a annoncé sa défection, devenant le premier officier au grade de commandant à quitter l’armée du régime déchu après la campagne criminelle contre la ville de Jisr al‑Choughour. Harmoush est apparu dans une vidéo expliquant que sa défection était motivée par le « meurtre de civils sans armes par les appareils du régime ».
Harmoush a fondé le mouvement de la Brigade des officiers libres, appelant les officiers et soldats de l’armée à faire défection et à rejoindre son mouvement à un stade précoce de la révolution. Mais quelques mois plus tard, les services de renseignement du régime ont arrêté Harmoush lors d’une opération sécuritaire et l’ont exécuté.
La création de l’Armée syrienne libre
Après la formation de la Brigade des officiers libres, le colonel Riyad al‑Asaad a annoncé, le 3 août 2011, la création de l’Armée syrienne libre, dans le but d’organiser les rangs des militaires défecteurs dans toute la Syrie, de constituer une structure militaire pour protéger les manifestants et empêcher l’irruption des forces du régime dans les villes, puis de passer à l’attaque contre les positions du régime. La première opération a été enregistrée à Harasta, dans la banlieue de Damas, contre le siège de ce que l’on appelle les « Renseignements de l’armée de l’air », le 16 novembre 2011.
Parallèlement à l’Armée syrienne libre, l’opposition politique a commencé à créer des instances pour coordonner les positions entre ses différentes composantes. Le Conseil national syrien a ainsi été fondé le 2 octobre 2011, puis la formation de la Coalition nationale des forces de la révolution et de l’opposition syriennes a été annoncée à Doha, capitale du Qatar, en novembre 2012.
Homs… capitale de la révolution
Dès le début de la révolution syrienne, le nom de Homs s’est imposé comme un cas unique par les manifestations pacifiques quotidiennes qu’elle vivait et qui étaient diffusées sur les chaînes satellitaires.
Les quartiers de Khalidiyé, al‑Inchaat, Bab al‑Dreib, Baba Amr, al‑Bayyada, Jourat al‑Shayyah, Karm al‑Zaytoun et d’autres encore ont été, durant des mois, la cible de tirs et de bombardements au mortier et à l’artillerie visant les civils qui s’y trouvaient, lesquels ont continué à manifester malgré les dizaines de martyrs qui tombaient chaque jour.
Le régime syrien a pris d’assaut plusieurs quartiers de Homs, notamment Karm al‑Zaytoun, après les avoir bombardés au mortier et à l’artillerie le 26 janvier 2012.
Les habitants ont alors été confrontés à l’un des premiers massacres à caractère confessionnel : des familles entières ont été tuées à l’arme blanche et brûlées. Au moins 22 martyrs ont été recensés, dont 7 femmes — l’une d’elles enceinte — et 10 enfants, ainsi que des dizaines de blessés, selon le Réseau syrien des droits de l’homme.
Jusqu’à la mi‑mars 2012, les forces du régime déchu avaient pris d’assaut plusieurs quartiers après les avoir bombardés aux roquettes, faisant des centaines de martyrs, de blessés et de disparus, notamment dans le quartier de Baba Amr, où les habitations ont subi une destruction massive et où des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées. La résistance s’est poursuivie jusqu’en mai 2014, date à laquelle un accord a été conclu pour permettre la sortie d’environ 2 400 personnes de la vieille ville de Homs, afin d’épargner à la ville davantage de destruction aux mains du régime criminel.
On ne peut évoquer Homs sans mentionner sa campagne résistante, qui a opposé une farouche résistance au régime déchu. La ville de Qousseir a constitué un rempart face à la milice du Hezbollah, engagée aux côtés du régime déchu contre la révolution du peuple syrien. La bataille de Qousseir, en mai 2013, a duré 18 jours, durant lesquels les forces du régime et ses milices confessionnelles ont utilisé avions, artillerie et mortiers. Elle a entraîné la mort de plus de 1 000 personnes, la blessure de plus de 1 200 autres et le déplacement de dizaines de milliers d’habitants, constituant l’une des étapes majeures révélant le rôle du Hezbollah dans les massacres commis contre les Syriens.
Il est également impossible d’évoquer Homs sans parler du « gardien de la révolution », Abdelbaset al‑Sarout, qui a rejoint la révolution syrienne dès ses premiers jours, a dirigé les manifestations réclamant la chute du régime, puis s’est engagé dans la lutte armée contre celui‑ci.
Al‑Sarout a ensuite vécu, avec ses compagnons, le siège étouffant imposé à Homs, au cours duquel trois de ses frères ont été tués dans les combats contre le régime. Il a quitté Homs par la suite pour affronter le régime déchu sur d’autres fronts, et a participé en juillet 2019 à sa dernière bataille contre le régime syrien dans la campagne de Hama, où il a été blessé avant de mourir en martyr des suites de ses blessures.
Participation remarquable des femmes
La révolution syrienne s’est distinguée par la participation de toutes les composantes de la société, et les femmes y ont occupé une place marquante. Elles ont été, comme les hommes, exposées à la poursuite, à l’arrestation et à la torture ; certaines sont mortes en détention, d’autres ont subi de graves violations. Certaines ont porté les armes pour défendre leur terre et leurs foyers, tandis que d’autres ont travaillé dans les domaines des secours, de l’approvisionnement alimentaire et d’autres missions. Elles ont également supporté, aux côtés de leurs familles, l’amertume du déplacement, de l’exil et de la vie dans les camps.
Daraa et Quneitra : de la révolution au déplacement forcé
Le gouvernorat de Daraa est resté le berceau et l’étincelle de la révolution, demeurant résistant, soutenu par le gouvernorat de Quneitra dont de nombreuses zones avaient été libérées. Mais la violence et la criminalité exercées par le régime déchu et ses alliés russes et iraniens ont poussé les révolutionnaires à accepter des accords de « réconciliation » et à partir vers le nord de la Syrie, où ils se sont regroupés avec leurs frères venus d’autres gouvernorats pour former le noyau de la future libération de la Syrie.
L’Iran et ses milices confessionnelles face à la révolution
Depuis les premiers jours de la révolution syrienne, l’Iran et ses milices confessionnelles, au premier rang desquelles la milice libanaise du Hezbollah, ont soutenu le régime déchu contre les Syriens, que ce soit par les armes, les munitions, l’équipement ou l’argent, jusqu’à la participation directe à diverses batailles et massacres commis par ce régime contre le peuple syrien.
Au cours des années de la révolution, l’Iran a envoyé des milliers de combattants iraniens, en plus d’avoir fait venir des dizaines de milliers de mercenaires de milices portant les noms de Zeynabiyoun, Fatemiyoun, Abou al‑Fadl al‑Abbas et d’autres, qui ont commis d’horribles massacres contre les Syriens dans diverses régions du pays.
Damas et sa Ghouta au cœur de la révolution
Malgré le manque de moyens, les révolutionnaires ont annoncé, à la mi‑juillet 2012, la bataille de « Volcan de Damas », à travers des opérations et affrontements parmi les plus violents dans la capitale depuis le début de la révolution.
Les révolutionnaires originaires de la Ghouta orientale sont parvenus jusqu’au quartier de Midan. Bien que les combats se soient déroulés en plusieurs points — notamment Midan, Mazzeh Basateen, Kafr Sousseh et Nahr Aïsha —, le manque d’armement les a interrompus, révélant toutefois l’ampleur de la confusion dans les rangs des forces du régime.
Le massacre chimique dans la Ghouta
La Ghouta est restée une flamme de la révolution et un rempart face au régime, qui a utilisé divers types d’armes pour tenter d’éteindre le mouvement populaire sans y parvenir. Il a alors eu recours à l’arme chimique, bombardant les Ghoutas orientale et occidentale, dans la banlieue de Damas, le 21 août 2013. Cette attaque a été inscrite comme une tache de honte dans le registre criminel du régime déchu : 1 144 personnes y ont été tuées par asphyxie, dont 99 enfants et 194 femmes, et 5 935 autres ont souffert de symptômes respiratoires et d’étouffement, selon le Réseau syrien des droits de l’homme.
Après ce crime, le monde n’a pas réagi ; une décision internationale a été prise pour que le régime d’Assad remette son arsenal chimique afin qu’il soit détruit. Le régime a néanmoins utilisé cette arme par la suite dans plus de 217 attaques à travers la Syrie, employant plusieurs gaz, dont le sarin et le chlore, selon le Réseau syrien des droits de l’homme.

Malgré toute cette criminalité, la Ghouta a continué de résister et de faire face au régime. Daraya, Mouadamiyat al‑Sham, Khan al‑Sheih, Drousha, ainsi que le sud de Damas — Yalda, Babbila, Hujaira, al‑Dhiabiya, al‑Husseiniya — jusqu’à la Ghouta orientale avec ses villes et localités, ont constitué un rempart solide contre le régime.
Mais le siège étouffant et la brutalité affichée par le régime et ses alliés iraniens et russes, entrés pour le soutenir le 30 septembre 2015, utilisant une puissance de destruction massive pour cibler des quartiers entiers et tuer des milliers de civils, ont forcé les assiégés à accepter le déplacement vers le nord de la Syrie. Plus de 158 000 personnes — soit environ 40 % des habitants de la Ghouta — ont été évacuées, tandis que le reste a fui vers Damas, constituant la plus grande opération de déplacement direct de l’histoire de la Syrie.
L’arme du siège et de la famine… le camp de Yarmouk et Madaya comme exemples
Parmi les armes utilisées par le régime déchu dans sa guerre contre Damas et sa banlieue figurent le siège et la famine, comme l’a montré le camp de Yarmouk, au sud de Damas, qui a constitué l’un des événements les plus atroces : pour la première fois, des gens sont morts de faim et ont dû manger des herbes, de la viande de chats et de chiens, en raison du siège imposé depuis le 18 juillet 2013, avec la coupure de l’eau, de l’électricité et de tous les moyens de subsistance, dans l’une des pires punitions collectives commises par le régime contre plus de 50 000 personnes.
Le Groupe de travail pour les Palestiniens de Syrie a documenté la mort de 219 réfugiés palestiniens décédés de faim dans le camp de Yarmouk, dont 37 enfants et 68 femmes.
En plus du camp, les forces du régime déchu et la milice du Hezbollah ont assiégé plusieurs localités et villages situés à la frontière avec le Liban – tels que Madaya, Zabadani, Bloudan – à partir de juin 2015, provoquant l’une des pires crises humanitaires en Syrie, au cours de laquelle des dizaines de personnes sont mortes. Le siège a duré près de deux ans et s’est terminé par un accord de déplacement forcé en avril 2017, au cours duquel des centaines d’habitants de Madaya et d’autres localités ont été transférés vers le nord.
Les détenus et les exécutions dans les branches de sécurité
Le dossier des détenus a constitué l’un des chapitres les plus cruels de la tragédie syrienne durant les années de la révolution, les branches de sécurité et les centres de détention s’étant transformés en un vaste appareil de répression visant les militants, les manifestants et toute personne que les autorités du régime déchu soupçonnaient d’avoir participé au mouvement populaire.

Dès les premiers mois de l’année 2011, les services de sécurité ont lancé de vastes campagnes d’arrestations dans diverses villes syriennes, visant des milliers de jeunes, d’étudiants, de militants, de journalistes, de médecins et de secouristes. La majorité des détenus ont été exécutés sommairement et enterrés dans des dizaines de fosses communes disséminées à travers le pays.
Dans ce contexte, la question des disparus est revenue au premier plan après la chute du régime d’Assad, révélant l’ampleur des violations commises dans les prisons, où les détenus ont subi une torture systématique. Le nombre de personnes victimes de disparition forcée en Syrie a dépassé 112 000, et aucune d’entre elles n’a été retrouvée après l’ouverture des centres de détention du régime, selon le Réseau syrien des droits de l’homme.
La révélation des crimes atroces du régime
Les fuites apparues début 2014 ont constitué l’un des épisodes les plus horribles documentés par la révolution syrienne : 55 000 photos montrant environ 11 000 détenus syriens morts sous la torture dans les prisons du régime déchu, dans des scènes qui font frémir l’humanité.
Le nom « César » est le pseudonyme donné à Farid al-Madhan, adjudant‑chef et chef du bureau de la police militaire chargé de la documentation médico‑légale à Damas, originaire de Daraa. Il était chargé de photographier les corps des civils détenus, révélant ainsi l’une des pires atrocités de l’histoire contemporaine.
César a témoigné devant le Congrès américain, et une équipe d’enquête internationale a été formée pour vérifier l’authenticité des photos, ce qui a conduit par la suite à l’adoption de la loi César appelant à mettre fin aux crimes commis contre le peuple syrien et à sanctionner les responsables du régime d’Assad.
Khan Cheikhoun… le chimique de nouveau
Malgré les décisions internationales imposant au régime déchu de remettre son arsenal chimique, et malgré les menaces occidentales, le régime a mené plusieurs attaques chimiques après celle de la Ghouta. La plus meurtrière a été l’attaque contre la ville de Khan Cheikhoun, dans le gouvernorat d’Idleb, le 4 avril 2017, qui a entraîné la mort de plus de 100 Syriens — pour la plupart des enfants — et environ 400 blessés, à la suite de l’utilisation du gaz sarin.
Cette attaque a provoqué un tollé international, mais la réaction n’a pas été à la hauteur de ce crime ni des autres crimes pour lesquels le régime déchu et ses responsables ont été condamnés.
Raqqa, premier gouvernorat aux mains des révolutionnaires
Le 4 mars 2013, les révolutionnaires ont libéré la ville de Raqqa, dans le nord‑est de la Syrie, devenant ainsi le premier chef‑lieu de gouvernorat à sortir du contrôle du régime déchu. Cette étape a constitué un moment exceptionnel dans l’histoire de la révolution, d’autant que la superficie de la ville représente environ 10,6 % du territoire syrien et que sa population avoisinait le million d’habitants.
Raqqa n’aurait pas pu être libérée sans la libération quasi totale de la banlieue nord et est d’Alep, ainsi qu’une large coordination entre les révolutionnaires dans différentes régions, aboutissant à une offensive d’envergure qui a permis la libération de cette ville stratégique.
Deir Ezzor et Hassaké… sacrifices et résistance
Comme d’autres régions, Deir Ezzor a participé à la révolution dès ses débuts à travers des manifestations pacifiques et un mouvement populaire qui a conduit à la formation de factions révolutionnaires et au lancement de l’action armée. La majorité des zones rurales du gouvernorat et plusieurs de ses quartiers ont été libérés, ce qui a poussé le régime à déchaîner sa colère sur la ville, détruisant une grande partie de ses secteurs et causant la mort de milliers de personnes, en plus des blessés et des détenus.
Aux côtés de Deir Ezzor, Hassaké et sa banlieue ont également participé à la révolution par des manifestations et une confrontation directe avec la répression du régime déchu, de même que Qamichli et d’autres zones de la région de la Jazira syrienne.
Lattaquié et sa banlieue nord… résistance et fermeté jusqu’à la victoire
Dès le déclenchement de la révolution, Lattaquié a joué un rôle important dans le mouvement révolutionnaire. Mais la répression violente du régime, l’arrestation de centaines de militants et la fuite d’un grand nombre d’entre eux vers les campagnes ont déplacé le centre du mouvement vers la banlieue nord, qui est devenue l’un des bastions de la révolution et un modèle de bravoure et de résistance.
Bien que le régime déchu ait pris le contrôle de plusieurs localités stratégiques après de violents combats contre les révolutionnaires en 2016, les collines de Kabina et d’autres zones de Jabal al-Turkman ont constitué un modèle de résistance face aux attaques des forces du régime et aux bombardements russes. Les assauts les plus violents s’y sont brisés, et ces positions sont restées tenaces jusqu’à la victoire et la libération, après des combats acharnés et de grands sacrifices consentis par les combattants durant des années.
D’Idleb à Alep et sa banlieue… le réservoir et la flamme de la révolution
Depuis le début de la révolution, Idleb et les banlieues d’Alep ont constitué un réservoir humain essentiel à l’expansion et à la diffusion du mouvement révolutionnaire. Avec la formation de l’Armée syrienne libre et l’adhésion de nombreux révolutionnaires aux factions et brigades, la libération des villes du nord a commencé, notamment Salqin, Harem et Darkoush dans la banlieue d’Idleb, libérées en octobre 2012 et restées libres jusqu’à la libération totale en décembre 2024.
Dans ce contexte émergent des figures ayant joué un rôle central dans la révolution syrienne, comme Abdelkader Saleh, surnommé «Hajji Marea,», qui a contribué directement au soutien de la révolution et à son organisation militaire, avant de mourir en martyr le 18 novembre 2013, devenant l’un de ses symboles les plus marquants, aux côtés de nombreux autres chefs et révolutionnaires.
Par la suite, la formation de Jaïch al‑Fath a marqué le début réel d’une nouvelle phase de la révolution syrienne. Il a lancé la bataille de la libération d’Idleb le 24 mars 2015 et a réussi en cinq jours à libérer la ville, constituant une nouvelle lueur d’espoir quant à la possibilité de libérer davantage de gouvernorats et de villes — un objectif qui n’a été atteint qu’à la fin de l’année 2024 avec la bataille de « dissuasion de l’agression».
Dissuasion de l’agression et l’aube de la libération
Depuis le début de la bataille « dissuasion de l’agression », le 27 novembre 2024, et à chaque ville et village repris des mains du régime déchu, l’espoir grandissait dans le cœur des Syriens, leurs regards tournés vers une aube porteuse de délivrance. Cette aube est arrivée le 8 décembre 2024, lorsque les révolutionnaires sont entrés à Damas et que le criminel Bachar al‑Assad a fui, humilié, vers Moscou. Ce ne fut pas seulement la fin de son régime brutal, mais la fin d’une période douloureuse du pouvoir du parti Baas, qui durait depuis 1963.
La fuite d’Assad et la fin de la peur
À 4 h 30 précises, à l’aube du 8 décembre 2024, les forces de « dissuasion de l’agression » ont commencé à entrer dans Damas et ont atteint la prison de Saidnaya, connue sous le nom d’« abattoir humain », l’un des symboles les plus marquants de la répression et des pires centres de détention où Assad retenait ses opposants, et l’un des plus fortifiés.
Les révolutionnaires ont pris le contrôle de la prison et libéré des centaines de détenus — hommes, femmes et enfants — dont certains sont sortis dans un état de stupeur ou d’amnésie, tandis que d’autres attendaient l’exécution prévue le jour même avant d’être sauvés. D’autres encore avaient passé des décennies derrière les barreaux.
Alors que l’étau se resserrait sur la capitale, le « criminel Assad » a fui à l’aube du 8 décembre sans même en informer ses proches ou les hauts responsables. En quelques heures, ses systèmes sécuritaires, militaires et politiques répressifs se sont effondrés, et le commandement des opérations militaires de « dissuasion de l’agression » a annoncé la libération totale de Damas et la chute du régime d’Assad.
La révolution a renversé « Assad »… et réécrit l’histoire syrienne
La déclaration annonçant la victoire de la révolution syrienne, le 29 janvier 2025, et l’accession du commandant Ahmed al‑Charaa à la présidence de la République, a constitué un tournant majeur dans l’histoire du pays. Elle a ouvert la voie à une phase de reconstruction de l’État syrien sur de nouvelles bases fondées sur la justice, l’État de droit et le respect des droits des citoyens, marquant le retour progressif de la Syrie à sa place naturelle en tant qu’État central dans la région.
Le moment de la libération et de la délivrance du criminel Bachar al‑Assad, qui a gouverné la Syrie d’une main de fer entre 2000 et 2024 après avoir hérité du pouvoir de son père Hafez (1970‑2000), a ressemblé à la naissance d’une nouvelle patrie — une patrie façonnée par le sang et la patience de ses enfants, qui ont écrit par leurs sacrifices des pages immortelles de son histoire, avant de se lancer résolument dans la construction de la Syrie libre tant attendue.
Cette victoire n’a pas concerné uniquement les Syriens ; la Syrie a offert au monde entier un triomphe historique en renversant un système de répression brutal qui a duré six décennies, se transformant d’un pays exportateur de crises en une véritable opportunité d’ancrer la stabilité, la paix et la prospérité dans toute la région.
M.Ch.