Damas, (SANA) La Syrie traverse une étape décisive de son histoire récente. Le pays s’engage résolument dans une refondation de son cadre politique et social, articulée autour d’une ambition claire : bâtir une nation unie et inclusive, où chaque citoyen, quelle que soit son origine, trouve sa place dans le projet commun.
Les autorités affirment que la reconstruction ne pourra réussir que si elle implique l’ensemble des Syriens, sans exclusion ni marginalisation.
Un patrimoine pluraliste, une force nationale
Depuis toujours, la Syrie constitue un carrefour de peuples, de langues et de cultures : Arabes, Kurdes, Assyriens, Syriaques, Arméniens, Druzes, Alaouites, Turkmènes et Circassiens.

Cette pluralité, parfois négligée ou vécue comme un facteur de tension, est désormais présentée comme un atout stratégique. Le gouvernement mise sur le potentiel humain, économique et intellectuel de toutes les composantes du pays, qu’elles vivent dans les grandes villes, les banlieues ou les régions historiquement habitées par des minorités.
Les Kurdes syriens, partenaires d’un avenir partagé

Dans ce paysage recomposé, les Kurdes occupent une place centrale. Installés depuis des siècles sur le territoire syrien, ils ont contribué, de manière constante, à la vie économique, culturelle et éducative du pays.
La nouvelle approche gouvernementale entend favoriser leur intégration pleine et entière dans les institutions publiques et les programmes de développement, en particulier à travers les jeunes générations engagées dans l’administration, la recherche, l’agriculture ou les arts.
Le décret du président Al-Charaa : une reconnaissance inédite
Adopté en 2026, le décret n°13 du président Ahmad al-Charaa marque un tournant. Le texte reconnaît officiellement les Kurdes comme composante originelle du peuple syrien et consacre un ensemble de droits longtemps revendiqués :
• reconnaissance de la langue kurde comme langue nationale ;
• son enseignement dans les établissements des régions kurdes ;
• annulation définitive des conséquences juridiques du recensement de Hassaké de 1962 ;
• octroi automatique de la nationalité syrienne aux personnes d’origine kurde ;
• inscription du Norouz comme jour férié officiel ;
• pénalisation de toute forme de discrimination ethnique ou linguistique.
Pour de nombreux observateurs, ce décret constitue un signal fort d’ouverture et de réconciliation et s’inscrit dans une stratégie plus large visant à stabiliser et réunifier le pays.
Dans les régions kurdes, une réception enthousiaste
Au nord et au nord-est, la promulgation du décret a suscité des célébrations spontanées.
Des habitants kurdes ont salué un geste qu’ils considèrent comme un tournant historique, porteur d’une confiance renouvelée entre l’État et les citoyens.

Pour nombre de Syriens issus des minorités, cette mesure ouvre la voie à une représentation accrue dans les structures étatiques et à une participation plus directe aux chantiers de reconstruction économique et sociale.
Alors qu’elle relève le défi de la reconstruction, la Syrie semble vouloir redéfinir son identité sur le principe de l’unité dans la diversité.
Le décret présidentiel apparaît ainsi non comme une fin, mais comme une étape fondatrice vers une Syrie plus moderne, plus solidaire et capable de rassembler toutes ses forces pour un destin partagé.







André Chatta