Damas, (SANA) – Un sondage national d’opinion de large envergure a révélé que la majorité des Syriens conservent une perception positive de la trajectoire du pays, un an après sa libération, malgré des évaluations différentes selon les régions et une nette augmentation des attentes concernant la prochaine étape.
Ce sondage, réalisé par les sociétés « Investimate » et Syrian and Levant Market Compass (SLMC), a interrogé 1 062 participants issus de tous les gouvernorats syriens entre le 30 novembre et le 5 décembre 2025, présentant l’un des panoramas les plus complets disponibles de l’opinion publique après la chute de l’ancien régime et le début de la transformation politique du pays.
D’après les résultats, près de quatre personnes interrogées sur cinq ont qualifié l’action du gouvernement de « bonne » ou « très bonne », tandis qu’environ 85 % estiment que la Syrie est sur la bonne voie. Par ailleurs, 69 % des personnes interrogées ont déclaré se sentir libres d’exprimer leurs opinions politiques, une situation inédite par rapport à la période précédente.
Optimisme général… mais une prudence fondée sur l’expérience
Une comparaison avec une enquête similaire menée en janvier 2025 montre que le pourcentage de ceux qui pensent que le pays est sur la bonne voie a diminué, passant de 94 % à 85 %. Cependant, les analystes estiment que cette baisse reflète un passage d’un optimisme initial à une évaluation plus réaliste du processus complexe de construction étatique.
Confiance élevée dans les institutions étatiques
Concernant la confiance dans les institutions, les niveaux restent élevés. 83 % des participants ont exprimé leur confiance en le président Ahmad al-Charaa, tandis que 77% font confiance en la Direction générale de la sécurité et aux services de sécurité. La confiance en le système judiciaire atteint 73 %, et celle en la police de la route, 71 %.
En revanche, la confiance envers l’armée arabe syrienne s’établit à 64 %, un chiffre inférieur à celui des autres institutions. À ce sujet, Firas al-Kayyal, PDG d’Investimate et de la SLMC, explique que cet écart est lié aux événements récents survenus dans certaines régions du pays et à la perception des capacités actuelles de l’armée, notamment en matière de contrôle des violations à la frontière sud.
Relations étrangères : Priorité au Pragmatisme et à la stabilité
En matière de politique étrangère, l’enquête révèle une tendance générale vers des relations pragmatiques, fondées sur l’intérêt national et la stabilité. L’Arabie saoudite arrive en tête des partenaires économiques privilégiés, suivie des États-Unis et de la Turquie, tandis que les alliances politiques et sécuritaires penchent principalement pour la Turquie et les États-Unis.
Par ailleurs, 84 % des personnes interrogées se sont déclarées favorables à une coopération avec les États-Unis dans la lutte contre Daech, ce qui témoigne de l’importance accordée à la sécurité. Concernant la question de la paix avec Israël, bien que le soutien à un accord ait progressé à 41 %, contre 20 % lors des études précédentes, 59 % continuent de rejeter cette option.
Interprétation politique du contexte
Commentant les résultats, al-Kayyal a noté que les Syriens font aujourd’hui preuve d’une plus grande capacité à différencier les problèmes et à les évaluer en fonction de leur impact sur la sécurité, la dignité et les perspectives d’emploi. Il a considéré que ce changement, bien que progressif, témoigne d’une profonde maturation de la conscience politique.
Le 8 décembre 2024 a marqué le début d’une nouvelle ère politique en Syrie, suite à l’entrée des forces révolutionnaires à Damas et à l’annonce de la chute du régime d’Assad. Depuis lors, le nouveau gouvernement a concentré ses efforts sur le rétablissement de la sécurité et de la stabilité, la lutte contre les tentatives de déstabilisation et la résolution du lourd héritage économique, administratif et de corruption de la période précédente.
Un an après la libération, les résultats de l’enquête dressent un tableau caractérisé par un optimisme généralisé, une grande confiance dans les institutions et une conviction croissante que la stabilité doit se traduire par de meilleurs services, une justice plus équitable et de meilleures perspectives pour tous les citoyens.
R.B.