Damas-Paris-(SANA) Après 15 ans de non-respect des engagements nucléaires, la Syrie tourne la page sur un chapitre lié à l’héritage du régime défunt, suite à l’adoption à l’unanimité, le 9 septembre, par le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique, d’une résolution visant à retirer définitivement de son ordre du jour la question du non-respect des engagements nucléaires la concernant. Cette décision ne se limite pas à la clôture d’un dossier ancien, mais ouvre également une nouvelle voie fondée sur la transparence, la coopération et le rétablissement de la confiance, et replace la Syrie à sa juste place au sein du système de non-prolifération nucléaire.
Les répercussions de cette décision ne se sont pas arrêtées au Conseil des gouverneurs, car la coopération syrienne avec l’Agence est entrée dans une nouvelle phase concrète, avec l’entrée en vigueur de la feuille de route signée entre les deux parties et la réactivation par la Syrie de programmes de partenariat scientifique et technologique dans le domaine des utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire.
France : La coopération syrienne a rétabli la confiance
Dans une déclaration à l’agence SANA, le ministère français des Affaires étrangères s’est félicité de la coopération décisive entre les autorités syriennes et l’Agence internationale de l’énergie atomique, notant qu’elle avait permis de régler des questions restées en suspens pendant plus de 15 ans dans le cadre de l’accord de garanties pour la Syrie.
Le ministère français des Affaires étrangères a souligné que les résultats obtenus constituent un progrès important pour le régime de non-prolifération et démontrent qu’un pays, s’il en a la volonté politique, peut rétablir la confiance et la transparence concernant ses activités nucléaires passées. Il encourage ainsi la Syrie à poursuivre sa coopération avec l’Agence et à conclure avec elle un protocole additionnel qui permettrait le rétablissement définitif et durable de la confiance dans le caractère pacifique de toutes les activités et matières nucléaires en Syrie.
La position française revêt une importance particulière car elle intervient après la décision du Conseil des gouverneurs et reflète l’évolution du débat international sur la question syrienne, qui passe de la résolution des problèmes de non-respect des engagements passés à l’instauration d’un climat de confiance et à la garantie du caractère pacifique des futures activités nucléaires.
La feuille de route signée est entrée en vigueur.
Dans un message vidéo adressé à la 70e session de la Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique à Vienne, le ministre des Affaires étrangères et des Expatriés, Asaad Hassan Al-Shaibani, a affirmé que la décision du Conseil, adoptée par consensus le 9 septembre, « clôt le chapitre de 15 années et instaure une nouvelle phase aboutissant à une décision historique globale qui met fin au chapitre du doute et ouvre la voie à la certitude et à la coopération ».
Al-Shaibani a souligné que la clôture de ce dossier représente un tournant et le début d’une nouvelle ère, notant que la feuille de route signée avec l’agence est entrée dans sa mise en œuvre effective et que la Syrie se réjouit de pouvoir utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques au service du développement.
Il a expliqué que le 17 juillet, Damas avait pris une décision souveraine indépendante, par laquelle elle avait envoyé une lettre officielle à l’agence révélant la présence de matières nucléaires sur un site non déclaré, avant de signer le 29 du même mois un mémorandum d’entente et une feuille de route pour les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire.
De Deir Ezzor aux garanties de l’agence
Ces mesures ont ouvert la voie à une coopération passant du niveau politique au travail de terrain, la Syrie ayant ouvert le site de Deir ez-Zor à l’agence, son directeur général, Rafael Grossi, étant le premier à y pénétrer le 16 août, après près de deux décennies de fermeture, tandis que les experts de l’agence commençaient à travailler avec la partie syrienne pour dégager les vestiges du réacteur de sous les couches de béton armé.
La Syrie a également fourni les informations de conception et les rapports d’inventaire nucléaire que le Conseil des gouverneurs réclamait depuis 2011, et environ 73 tonnes d’uranium naturel sont passées sous la protection de l’Agence, restant en sécurité sur le territoire syrien.
Grossi a qualifié la coopération syrienne de « percée historique » dans la mise en œuvre des garanties, soulignant dans une déclaration publiée le 7 septembre que la fourniture par la Syrie d’informations et l’accès aux sites avaient permis à l’agence de clarifier et de résoudre les questions en suspens liées aux activités nucléaires passées.
De la fermeture au partenariat
La levée de la clause de non-conformité ne signifie pas la fin de la relation avec l’agence, mais plutôt sa transition vers une étape différente, comme l’a confirmé le chef de la Commission syrienne de l’énergie atomique, Mudar Al-Aklah, qui a déclaré : La participation de la Syrie à la Conférence générale de l’agence (du 14 au 18 septembre) vise à réactiver les programmes de partenariat technologique et scientifique dans les domaines de l’énergie nucléaire pacifique.
Al-Aklah a expliqué que l’Autorité s’efforcera de traduire la feuille de route en nouveaux projets et accords dans les domaines de la médecine nucléaire, de l’agriculture, de la gestion des ressources en eau, de l’énergie et de la recherche scientifique, en plus de discuter des futurs programmes de coopération, des budgets et de l’élaboration de normes de sûreté nucléaire.
Il a souligné que le placement de l’uranium sous la tutelle de l’agence, tout en le maintenant en sécurité sur le territoire syrien, représente un tournant vers une phase de transparence, de coopération et de mesures concrètes pour les projets nucléaires pacifiques.
« Ce qui guérit, ce qui nourrit et ce qui éclaire. »
La Syrie s’oriente vers une coopération ciblée dans les secteurs répondant directement aux besoins de développement et de reconstruction. Al-Shaibani a souligné que les priorités incluent la réhabilitation des infrastructures de médecine nucléaire pour le traitement des patients atteints de cancer, l’utilisation des technologies isotopiques dans l’agriculture et la gestion des ressources en eau souterraine, l’amélioration de l’efficacité du contrôle de la radioactivité des aliments, ainsi que le soutien à la recherche scientifique et à la production d’énergie.
Al-Shaibani a déclaré : « La Syrie veut de l’atome ce qui guérit, ce qui nourrit et ce qui éclaire », soulignant que le programme à venir sera mené sous supervision internationale, les matières nucléaires étant soumises à des garanties, et qu’un programme de coopération sera mis en place au service des générations futures.
Consensus international et engagement en faveur d’une coopération continue
Les positions internationales favorables à la clôture du dossier facilitent l’entrée dans une nouvelle phase. Les États-Unis ont salué cette décision et qualifié les mesures prises par la Syrie de modèle à suivre pour le respect des obligations en matière de non-prolifération nucléaire. L’Union européenne s’est également félicitée de la transparence et de la coopération de la Syrie avec l’Agence, soulignant que les matières nucléaires non déclarées auparavant sont désormais soumises aux garanties internationales et notant que les mesures syriennes ont permis à l’Agence de clarifier certains points relatifs à l’ancien programme nucléaire.
La Grande-Bretagne et plusieurs États arabes ont salué cette décision et le consensus qui en découle, soulignant l’importance de poursuivre la coopération internationale et de soutenir les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire en Syrie.
Cet accord revêt une importance qui dépasse la simple suppression d’une clause restée en suspens depuis 2011, puisqu’il établit une nouvelle voie : celle de faire évoluer les relations internationales concernant le dossier syrien, passant du traitement des problèmes de non-conformité hérités du passé au soutien d’une voie fondée sur la coopération, la transparence et les garanties internationales, ouvrant ainsi la voie à la construction d’un partenariat nucléaire pacifique qui transcende l’héritage de l’ère du régime défunt.
La Syrie retrouve sa place au sein du régime de non-prolifération.
Le dossier de non-conformité étant clos, la Syrie affirme avoir retrouvé sa place naturelle parmi les parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et que la prochaine phase sera fondée sur la responsabilité, la transparence, le dialogue et la coopération internationale.
Ainsi, la décision du 9 septembre clôt un chapitre qui a duré 15 ans et ouvre pour la Syrie une nouvelle voie de coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique, dont l’intitulé est l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire et le soutien au développement et à la reconstruction.
L.Arfi