Damas, (SANA) La visite du secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, à Damas n’a pas constitué une simple étape diplomatique ni une succession de rencontres protocolaires.
Elle a marqué un signal politique annonçant une nouvelle phase dans les relations entre la Syrie et les Nations Unies, ainsi qu’un message clair de soutien au processus de reprise et de reconstruction.
Il s’agit de la première visite d’un secrétaire général des Nations Unies en Syrie depuis 2009, et de la première de Guterres depuis le début de ses fonctions en 2017.
Le Golan est un territoire syrien : une position constante des Nations Unies
La question de la souveraineté de Syrie a occupé une place centrale dans les déclarations de Guterres, qui a réaffirmé que le respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’unité et de l’intégrité territoriale de la République arabe syrienne constituait un principe fondamental des Nations Unies.
Dans un tweet publié sur la plateforme X, il a souligné que « les violations par Israël de l’Accord sur le désengagement de 1974 sont inacceptables et doivent cesser ».
Cette déclaration réaffirme la position constante des Nations Unies selon laquelle le Golan est un territoire syrien occupé, ainsi que leur rejet de toute mesure portant atteinte à la souveraineté de la Syrie ou modifiant le statut juridique du territoire occupé.
Cette position revêt une importance particulière dans le contexte des développements régionaux actuel, étant donné qu’elle confirme l’attachement permanent des Nations Unies aux principes du droit international et à leurs résolutions relatives au Golan syrien occupé.
Rencontre avec le président Al-Charaa : un partenariat pour l’après-guerre
La rencontre entre le président Ahmad Al-Charaa et le secrétaire général des Nations Unies a constitué l’un des principaux temps forts de la visite.

Les deux parties ont examiné les moyens d’élargir la coopération entre la Syrie et l’organisation internationale, de soutenir les programmes de reprise et de reconstruction et de renforcer le partenariat dans les domaines humanitaire et du développement, tout en réaffirmant le respect de la souveraineté, de l’unité et de l’intégrité territoriale de la Syrie.
Les discussions ont également porté sur la transition d’une phase d’aide humanitaire vers un développement durable, conformément aux priorités nationales syriennes, dans un contexte marqué par le retour de millions de Syriens dans leurs régions et la poursuite des efforts de reconstruction des institutions et des infrastructures.
Al-Chaibani : La Syrie n’est plus une crise mais un projet de reprise
Lors de la séance élargie des entretiens, le ministre des Affaires étrangères et des Expatriés, Assaad Hassan Al-Chaibani, a indiqué que la visite de Guterres mettait fin à dix-sept années d’absence des secrétaires généraux des Nations Unies à Damas et qu’elle intervenait dans un contexte totalement différent de celui des années précédentes.
S’adressant à Guterres, il a assuré que les Syriens écrivaient aujourd’hui un nouveau chapitre de leur renaissance grâce à leur détermination inébranlable.
Il a rappelé que la Syrie avait accueilli plus de trois millions et demi de personnes revenues au pays au cours des dix-huit derniers mois, dans le cadre de l’un des plus importants mouvements de retour volontaire au monde.

Al-Chaibani a ajouté que la stabilité de la Syrie exigeait de passer d’une logique d’aide temporaire à une logique d’investissement dans la reprise et la reconstruction, appelant à la levée des sanctions encore en vigueur et à l’établissement d’un partenariat stratégique avec les Nations Unies afin de soutenir les projets d’infrastructures et le développement durable.
Un soutien international au rétablissement
Pour sa part, Guterres a affirmé que les Nations Unies se tenaient aux côtés de la Syrie durant cette période, estimant que le peuple syrien avait fait preuve d’une résilience exceptionnelle tout au long des années de guerre.

« Le peuple syrien ne doit pas porter seul le fardeau de la reprise », a dit Guterres, appelant la communauté internationale à intensifier ses efforts en faveur de la Syrie et rappelant qu’aucun pays sortant d’un conflit ne pouvait se reconstruire sans un large soutien international.
Justice et responsabilité : pas d’impunité
Les déclarations de Guterres ont également porté sur les questions de justice transitionnelle et de reddition de comptes.
Il avait auparavant appelé à saisir la Cour pénale internationale des crimes commis par le régime déchu, soulignant la nécessité de poursuivre les responsables des violations graves du droit international humanitaire et de ne pas laisser leurs auteurs échapper à la justice.
Dans ce contexte, sa visite à la prison de Saydnaya a revêtu une forte portée symbolique. Il a qualifié cette prison de « symbole de l’horreur de la répression exercée par le régime déchu en Syrie », estimant que ce qu’il y avait vu reflétait l’ampleur des violations perpétrées au cours des années passées.
Il a ajouté que la Syrie disposait aujourd’hui « d’une occasion de se relever des conséquences du conflit et de poser les bases d’un avenir plus stable, plus inclusif et plus prospère pour tous », soulignant que la justice constituait un pilier essentiel de la construction du nouvel État.
Damas : un retour après dix-sept ans
La visite de Guterres revêt également une dimension personnelle. Il s’était déjà rendu à Damas en 2009 lorsqu’il occupait les fonctions de Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, afin de suivre la situation des réfugiés irakiens accueillis par la Syrie à cette époque.
Au cours des entretiens, Al-Chaibani a évoqué cette visite en rappelant que Guterres avait été témoin de la générosité des Syriens lorsqu’ils avaient ouvert leurs portes aux réfugiés irakiens.
Il a souligné que ce retour, après de longues années, intervenait dans un contexte totalement différent, placé sous le signe de la reprise et de la construction de l’avenir.
À l’issue de sa visite, le secrétaire général des Nations Unies a tenu à adresser un message de compassion en présentant ses condoléances aux familles des victimes du tragique accident survenu sur la route Damas – Deir Ezzor.
André Chatta