Damas, (SANA) La visite prochaine en Syrie du Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, intervient à un moment politique qui marque une évolution notable de son approche du dossier syrien.
Après des années durant lesquelles il a formulé de vives critiques et de fermes condamnations à l’égard du régime déchu, son discours s’oriente désormais vers une position plus ouverte, axée sur le soutien au processus politique engagé depuis la libération.
Guterres, une figure majeure de la diplomatie onusienne
Depuis son entrée en fonction comme Secrétaire général des Nations unies en 2017, António Guterres s’est distingué par une diplomatie cherchant à concilier les principes humanitaires avec les exigences de l’action internationale.
Malgré un ton mesuré, il n’a jamais hésité à dénoncer les politiques répressives du régime syrien déchu, l’accusant à plusieurs reprises d’entraver les travaux des commissions d’enquête de l’ONU et de retirer des fournitures médicales et humanitaires essentielles des convois destinés aux zones touchées.
Entre ses critiques répétées et ses appels à charger la Cour pénale internationale d’enquêter sur les violations commises par le régime déchu et d’en poursuivre les responsables, puis son soutien plus affirmé au nouveau processus politique après la libération, l’évolution de son discours apparaît clairement. Il est passé d’une approche axée sur la dénonciation de la répression et des violences imputées au régime déchu à une vision privilégiant l’accompagnement de la reconstruction institutionnelle de la Syrie.
Une position prudente avant la libération
Au cours des années de la révolution syrienne, António Guterres, ancien Premier ministre du Portugal (1995-2002) et Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (2005-2015), a régulièrement affirmé la nécessité de mettre fin aux violences contre les manifestants pacifiques.
Tout en rappelant que l’avenir de la Syrie devait être déterminé par les Syriens eux-mêmes à travers un processus politique inclusif, il a demandé à plusieurs reprises au Conseil de sécurité de saisir la Cour pénale internationale concernant le dossier syrien.
Le 25 avril 2018, il avait notamment souligné la nécessité de traduire en justice les responsables des graves violations du droit international humanitaire en Syrie, déclarant : « Après cinquante rapports mensuels et d’innombrables exposés devant le Conseil de sécurité, je continue de recevoir quotidiennement des informations faisant état d’attaques contre des civils et des infrastructures civiles ».
Une nouvelle vision après la libération
En dépit de ses prises de position fermes face aux violations du régime déchu, António Guterres a toujours maintenu une certaine réserve diplomatique afin de préserver les canaux de dialogue, dans le but de favoriser la protection des civils et l’acheminement de l’aide humanitaire.
Après la chute du régime déchu, le 8 décembre 2024, il a réorienté son discours sur la Syrie. Dans une déclaration publiée à cette occasion, il a qualifié cet événement d’ « opportunité historique de bâtir un avenir stable et pacifique », saluant la résilience et le courage du peuple syrien.
À l’occasion du premier anniversaire de la libération, il a affirmé que les Syriens avaient désormais la possibilité de « saisir cette opportunité historique pour construire un avenir stable et pacifique, après quatorze années d’une guerre brutale et la chute du régime dictatorial ».
Il a souligné que cette nouvelle étape allait au-delà d’une simple transition politique et constituait le début de la reconstruction des sociétés, de la réconciliation nationale et de l’édification d’un État moderne, souverain et uni.
Selon cette lecture, son discours est ainsi passé d’un accent mis sur les risques et les violations à une approche tournée vers les perspectives et les opportunités, témoignant d’une volonté d’accompagner le nouveau processus syrien.
Une visite hautement symbolique
La visite prochaine d’António Guterres, qui sera la première d’un Secrétaire général des Nations unies en Syrie depuis 2009, intervient à un moment où le pays s’engage dans la mise en place de nouvelles institutions.
Au-delà de sa dimension protocolaire, cette visite est présentée comme le signe d’une évolution de l’approche des Nations unies à l’égard de la Syrie et comme le reflet d’un changement dans la perception du Secrétaire général quant à l’avenir du pays.
Elle s’inscrit dans la continuité des déclarations formulées par António Guterres depuis le 8 décembre 2024, réaffirmant le soutien des Nations unies au peuple syrien et leur détermination à accompagner cette nouvelle phase, en soutenant les efforts de reconstruction institutionnelle et de stabilisation, tout en réaffirmant leur attachement au respect de la souveraineté, de l’indépendance et de l’unité de la Syrie.
r.s/A.Ch.