Damas, (SANA) Une table ronde réunissant des responsables syriens et français s’est tenue mardi au Palais du Peuple à Damas. À cette occasion, des comités économiques conjoints ont été lancés et plusieurs mémorandums d’entente ainsi que des accords d’investissement dans des secteurs clés ont été signés. Le président syrien Ahmad Al-Charaa et son homologue français Emmanuel Macron ont pris part à la réunion.
Au début de la réunion, le président Ahmad al-Charaa a souhaité la bienvenue aux participants, déclarant « Bienvenue dans la nouvelle Syrie. Aujourd’hui, dans cette salle, sont réunis des dirigeants de l’industrie et de l’économie, des responsables de flottes maritimes mondiales, des constructeurs aéronautiques, des exploitants d’aéroports ainsi que des développeurs de réseaux d’énergie et d’eau ».
Il a ajouté « Le Palais du Peuple vous ouvre ses portes afin que vous puissiez constater qu’un pays a choisi de se relever et d’ouvrir la voie à ceux qui souhaitent bâtir avec lui ».
La Syrie, au cœur des corridors stratégiques mondiaux
Le président Al-Charaa a souligné que la Syrie bénéficie d’une position stratégique reliant la Méditerranée au Golfe et à l’Irak, tout en se situant à seulement quelques heures de Marseille. Il a indiqué qu’après la crise du détroit d’Ormuz, le monde avait pris conscience de l’importance de disposer de voies maritimes sûres et stables.
M. Al-Charaa a ajouté : « C’est là que réside l’importance de la géographie syrienne, qui a aujourd’hui retrouvé son rôle vital de maillon indispensable du marché mondial des corridors. Nous souhaitons que la France soit notre principal partenaire dans cette entreprise ».
Le président Al-Charaa a expliqué que, quatorze mois auparavant, le groupe CMA CGM avait signé un contrat portant sur le développement du port de Lattaquié, pour un investissement de 230 millions d’euros. Moins d’un an plus tard, le groupe avait décidé d’y injecter 200 millions d’euros supplémentaires afin d’accroître la capacité du port.
Feuille de route complète pour renforcer les partenariats
Le président Al-Charaa a indiqué disposer d’une feuille de route complète pour la reconstruction et le partenariat. Selon lui, celle-ci repose sur un système intégré de développement couvrant le renouvellement de la flotte aérienne, l’exploitation des aéroports, la modernisation des systèmes de navigation aérienne, ainsi que l’exploration des ressources énergétiques dans les eaux territoriales syriennes.
Il a ajouté : « Cette feuille de route comprend également la modernisation des réseaux d’électricité et d’eau, le développement des hôpitaux universitaires et de l’industrie alimentaire, ainsi que la mise à niveau de l’infrastructure numérique et des services d’état civil ».
Le président Al-Charaa a souligné que le gouvernement avait mis en place le système de « guichet unique » destiné aux grands projets, tout en offrant des facilités logistiques et des visas de résidence au personnel des entreprises.
Il a insisté sur le fait que les portes de la Syrie resteraient ouvertes aux différents secteurs, selon les priorités nationales, précisant que les critères fondamentaux de tout partenariat seraient la localisation des technologies, l’emploi de la main-d’œuvre syrienne et le transfert des connaissances.
M. Al-Charaa a appelé les entreprises françaises à établir des partenariats authentiques et durables avec le secteur privé syrien, à travers le Conseil mixte des entreprises, ainsi qu’à intégrer les fournisseurs et les sous-traitants locaux dans leurs chaînes d’approvisionnement.
Il a exprimé l’espoir de voir les protocoles d’accord se transformer en contrats opérationnels dans des délais définis.
Comités économiques conjoints pour accompagner la reconstruction
Pour sa part, le président français Emmanuel Macron a souligné la nécessité de réunir toutes les conditions favorisant le retour des réfugiés syriens, estimant que la phase actuelle offre d’importantes opportunités, notamment en matière de consolidation de la stabilité et de reconstruction, afin de permettre à la Syrie de retrouver un rôle régional majeur à long terme.
« Il est possible de mettre en place des chaînes et des itinéraires d’approvisionnement énergétique contribuant à réduire les risques dans la région », a-t-il indiqué, affirmant que les événements survenus et ceux qui se poursuivent dans le détroit d’Ormuz mettent en évidence l’importance de rechercher des voies alternatives.
Le président français a estimé que cette étape constituait une opportunité pour les institutions et les investisseurs français de s’engager durablement dans ce processus, précisant que sa réussite dépendrait de la poursuite des évolutions engagées par l’Union européenne.
Il a également rappelé que la France figurait parmi les premiers pays à avoir œuvré en faveur de la levée des sanctions visant la Syrie, indiquant que de nouvelles mesures accompagneraient les échanges entre investisseurs et acteurs économiques.
M. Macron a précisé qu’un accord avait été conclu pour mettre en place des comités économiques conjoints élargis chargés d’accompagner la reconstruction en Syrie, en partenariat avec les États du Golfe.
Le président français a expliqué que la prochaine phase serait marquée par des visites d’entreprises françaises, des rencontres entre les conseils d’affaires des deux pays, ainsi que par la participation d’associations et de comités économiques conjoints. Il a ajouté que différents instruments seraient mobilisés dans les domaines de l’énergie, des transports, des équipements logistiques et des énergies renouvelables.
Le président Macron a également insisté sur l’importance d’instaurer la confiance entre les deux pays afin d’engager un processus efficace de reconstruction des infrastructures et de réforme des systèmes financiers et économiques, conformément aux normes et cadres internationaux. Il a affirmé que la France était prête à devenir un partenaire dans cette coopération.
M. Macron a enfin réaffirmé que son pays était disposé à coopérer avec la Banque centrale de Syrie et à soutenir la réhabilitation du secteur bancaire syrien. Selon lui, les efforts engagés par la Syrie avec la Banque mondiale, parallèlement à ces initiatives, contribueraient à garantir les mécanismes de refinancement et à permettre à l’économie de poursuivre sa reprise.
Il a ajouté que l’amélioration de l’efficacité et de la transparence de ce secteur favoriserait la stabilité et renforcerait le partenariat recherché par la Syrie et la France.
Nouveau départ pour la coopération syro-française
Pour sa part, le ministre de l’Économie et de l’Industrie, Nidal Al-Chaar, a affirmé que la visite du président français Emmanuel Macron en Syrie constitue une étape importante dans le processus de rétablissement de relations normales entre les deux pays, ainsi que le début d’une nouvelle phase de coopération fondée sur la confiance, les intérêts communs et le respect mutuel.
Il a ajouté que le président Emmanuel Macron, par son engagement en faveur du dialogue et de l’ouverture, a démontré sa ferme conviction que le rapprochement entre les nations constitue la voie la plus courte vers la paix et la prospérité. Une conviction que la Syrie partage et qu’elle entend aujourd’hui traduire par l’établissement d’un partenariat économique solide entre les deux pays.
Le ministre de l’Économie a expliqué que l’objectif du gouvernement ne se limitait pas à reconstruire ce qui a été détruit, mais consistait également à bâtir une économie plus compétitive et ouverte, capable de s’intégrer à l’économie mondiale.
Il a souligné les efforts déployés pour moderniser la législation, simplifier les procédures, renforcer la gouvernance et la transparence, ainsi que créer un environnement d’investissement fondé sur la confiance, la stabilité et l’égalité des chances.
CMA CGM : un partenariat stratégique
Le président-directeur général de CMA CGM, Rodolphe Saadé, a exprimé sa satisfaction d’être présent en Syrie et de prendre part à cette réunion. Il a indiqué que le groupe poursuivait ses efforts pour relancer l’activité du port de Lattaquié conformément aux objectifs définis précédemment, tout en affirmant son ambition de développer des partenariats majeurs avec Damas dans différents secteurs.
Il a ajouté que l’activité du groupe en Syrie vise à contribuer à la consolidation de la stabilité en Syrie et dans la région.
Pour sa part, le directeur de l’Autorité des investissements en Syrie, Talal Al-Hilali, a affirmé que cette rencontre reflétait une volonté commune d’ouvrir de nouveaux horizons de coopération économique et d’investissement entre la Syrie et la France.
Il a souligné qu’elle constituait une étape importante dans le processus engagé par la Syrie pour bâtir une économie moderne et renforcer ses partenariats d’investissement.


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