Berlin, (SANA) Les médecins syriens en Allemagne constituent l’une des plus grandes communautés médicales étrangères, avec un nombre estimé à près de dix mille praticiens travaillant dans les hôpitaux et centres de santé. Parallèlement, ils continuent de maintenir un lien étroit avec la Syrie à travers des initiatives et associations bénévoles, tandis que des interrogations persistent quant aux perspectives de retour et à leur contribution à la reconstruction du secteur de la santé après la libération.
Plusieurs de ces médecins expliquent que leur parcours a commencé avec la révolution syrienne et les transformations qui ont suivi, les poussant à l’exil avant de s’établir durablement et de s’imposer dans les institutions médicales allemandes.

Dans ce contexte, Dr Houssam Al-Moustafa, cardiologue à Berlin, a indiqué dans une déclaration au correspondant de SANA qu’il a été diplômé de l’Université d’Alep en 2011, au début de la révolution. Il a travaillé dans des points médicaux à Alep, dans sa campagne et à la frontière syro‑turque, avant de s’installer en Allemagne en 2013.
Il précise que son travail à Berlin comprend des responsabilités liées à la cathétérisation cardiaque, à l’implantation de stimulateurs et aux interventions cardiaques, ainsi que la formation des médecins en spécialisation. Il souligne que la présence syrienne dans le secteur de la santé en Allemagne est devenue si importante qu’il est difficile de trouver un hôpital sans médecins syriens, ajoutant que son service compte trois médecins syriens.
Initiatives bénévoles et associations professionnelles
En parallèle de leur travail en Allemagne, de nombreux médecins syriens s’orientent vers le soutien de leur pays à travers des initiatives bénévoles et des associations professionnelles.
Al‑Moustafa indique qu’un certain nombre de médecins, notamment après la chute de l’ancien régime, travaillent sur deux axes : poursuivre leurs missions en Allemagne tout en organisant des visites médicales en Syrie pour réaliser des interventions dans diverses spécialités, en plus d’activités de formation et d’ateliers, en présentiel ou en ligne, destinés aux étudiants en médecine et aux médecins en spécialisation.
Expérience professionnelle et engagement communautaire

De son côté, Heba Al‑Naïf, pédiatre syrienne en Allemagne, explique qu’elle s’est installée en Allemagne fin 2016 pour poursuivre sa spécialisation, profitant du besoin du pays en personnel médical. En parallèle de son travail, elle a fondé une plateforme de sensibilisation sur les réseaux sociaux visant à renforcer la culture sanitaire chez les mères, notamment en exil, où la barrière linguistique complique la communication entre les familles et les médecins.
Elle évoque des compétences acquises en Allemagne qu’elle souhaite transmettre à la Syrie, telles que la culture des examens pédiatriques réguliers, les programmes prénataux et la sensibilisation structurée des mères. Elle exprime également son souhait de créer en Syrie un centre spécialisé pour la mère et l’enfant, combinant soins, éducation et formation.
Entre stabilité en exil et désir de retour
Avec le début des discussions sur la phase post‑libération, des médecins syriens estiment que la décision de retour ne dépend pas uniquement de la volonté, mais aussi de facteurs liés aux conditions de vie, à la sécurité et à l’éducation. Beaucoup se sont installés en Allemagne avec leurs familles, dont les enfants sont scolarisés.
Al‑Moustafa souligne qu’en plus de la stabilité familiale et scolaire, d’autres défis persistent, notamment la sécurité, les services essentiels et le logement, surtout pour ceux qui ont perdu leurs maisons durant la guerre. Il affirme que l’amélioration rapide de la situation en Syrie encourage un plus grand nombre à envisager le retour et à participer à la reconstruction du pays.
Pour sa part, Al‑Naïf exprime le sentiment que la stabilité en exil n’efface pas l’appartenance. Malgré son adaptation et la construction d’une vie en Allemagne, elle considère toujours le retour comme un objectif auquel elle aspire.
AM.