Damas, (SANA) Alors que la Syrie cherche à passer des années de réponse humanitaire d’urgence à une phase de rétablissement et de reconstruction, la visite en Syrie d’une délégation regroupant des représentants de 23 pays donateurs du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a porté des messages politiques et humanitaires de soutien.
La visite, qui a débuté le 11 mai 2026 par le poste-frontière de Nassib dans le gouvernorat de Daraa avant d’arriver à Damas, s’est apparentée à une tentative de définir les contours de la prochaine étape dans le pays, au milieu de discussions axées sur la réorganisation de l’action humanitaire et sa liaison avec des projets de développement et de stabilité.
La délégation internationale comprenait des représentants des principaux pays contributeurs aux programmes humanitaires des Nations unies. Sa visite visait à évaluer les besoins sur le terrain et à suivre les projets soutenus par l’ONU, tout en examinant les priorités du gouvernement syrien en matière de rétablissement précoce, alors que les Nations unies soulignent que des millions de Syriens ont encore besoin d’aide humanitaire.
De Daraa à Damas : visites de terrain et rencontres politiques
La délégation a commencé sa visite dans le gouvernorat de Daraa, où elle a pris connaissance des besoins humanitaires et des services dans le sud de la Syrie, avant de se rendre à Damas pour une série de réunions avec des responsables du ministère des Affaires étrangères et des Expatriés, ainsi que de la Direction de la coopération internationale, en plus de rencontres avec des organisations onusiennes et des partenaires humanitaires.
La visite ne s’est pas limitée à une simple tournée de terrain, mais a revêtu une dimension politique et de développement claire. Les discussions ont porté sur l’avenir de l’action humanitaire en Syrie et sur les mécanismes permettant de passer de l’aide d’urgence à des projets de reprise durable, notamment dans les régions connaissant un retour croissant des déplacés.
Lors des réunions tenues le 12 mai au siège du ministère des Affaires étrangères à Damas, le gouvernement syrien a évoqué sa nouvelle vision de l’action humanitaire, fondée sur la réduction de la dépendance prolongée à l’aide extérieure et sur l’orientation du soutien international vers la réhabilitation des infrastructures et des services essentiels.
« Une Syrie sans camps » : le mot d’ordre de la nouvelle phase
L’initiative « Une Syrie sans camps » est apparue comme le principal thème des rencontres entre la délégation internationale et les responsables syriens. Le gouvernement syrien cherche à transformer la question des déplacés d’une situation d’assistance ouverte à un projet de retour et de stabilisation, basé sur la réhabilitation des villes et localités touchées, ainsi que sur la fourniture de services de base.
Dans ce contexte, Mohammad Battehich, chef de la section de la coopération onusienne au sein de la direction de la coopération internationale du ministère des Affaires étrangères et des Expatriés, a déclaré à l’agence SANA le 12 mai 2026 que la Syrie estime que la reprise doit être « conduite et pleinement maîtrisée au niveau national ». Il a indiqué que le gouvernement avait publié une « Déclaration des priorités du rétablissement pour la coopération internationale » afin de servir de cadre organisant la coopération avec les partenaires internationaux durant la prochaine période.
Battehich a précisé que la priorité ne se limite plus à la distribution d’aides, mais concerne désormais la reconstruction des conditions de vie dans les zones de retour. Il a souligné que des villes comme Maaret al-Nou’man connaissent un retour accéléré des habitants, alors que les services de base restent insuffisants pour répondre aux besoins de la population.
Selon le responsable syrien, cette situation impose d’accélérer les projets de réhabilitation des hôpitaux, des écoles ainsi que des réseaux d’eau et d’électricité. Il a estimé que le rétablissement de ces services constitue une forme d’action humanitaire vitale, et non simplement un projet de développement à long terme.
Nations unies : la crise n’est pas encore terminée
En dépit des discussions sur la reprise, les chiffres avancés par les Nations unies montrent que les défis humanitaires demeurent considérables. Début avril dernier, le Secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires, Tom Fletcher, a affirmé qu’environ 16 millions de Syriens avaient encore besoin d’aide, bien qu’il y ait un « progrès encourageants » au cours des quinze derniers mois.
Dans un message publié sur la plateforme X, Fletcher a indiqué que la prochaine phase connaîtrait une intensification des efforts humanitaires, y compris le déminage, parallèlement à une transition progressive vers le développement à long terme, afin de traiter les causes profondes de la crise et de parvenir à la stabilité.
La question du déminage occupe une place cruciale dans tout débat relatif au retour des populations. De vastes zones agricoles et localités détruites par le régime déchu continuent de représenter un danger pour les civils, faisant du déminage et de la réhabilitation une condition essentielle à tout retour massif et durable.
Réorganisation de l’action humanitaire
Les rencontres entre la délégation internationale et les autorités syriennes ont également porté sur la réorganisation des mécanismes de l’action humanitaire à l’intérieur du pays. Battehich a précisé à SANA le 11 mai que la coopération avec la délégation vise à mettre en place un mécanisme unifié de coordination en Syrie et à relier les interventions humanitaires aux véritables priorités des Syriens, avec un accent particulier sur la protection, la réinstallation et le rétablissement précoce.
Il a également indiqué que le gouvernement syrien avait approuvé jusqu’à présent l’enregistrement de plus de 90 organisations non gouvernementales internationales et locales, dans le but d’améliorer l’environnement de travail humanitaire et de renforcer la coordination entre les différentes parties.
De son côté, le directeur régional du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Michel Saad, a affirmé que la délégation internationale cherchait à écouter les personnes touchées, les partenaires locaux et le gouvernement syrien afin de « dessiner une vision commune pour la prochaine étape et œuvrer avec le gouvernement syrien pour soutenir le peuple syrien ».
La visite de la délégation internationale révèle que le dossier syrien entre progressivement dans une nouvelle phase, où la priorité absolue n’est plus uniquement la réponse d’urgence, mais la recherche d’un équilibre entre la poursuite de l’aide humanitaire et le lancement de projets de reprise et de reconstruction.
André Chatta