Damas, (SANA) Dans une démarche considérée comme l’un des tournants financiers majeurs depuis le déclenchement de la guerre en 2011, la Banque centrale de Syrie (BCS) a annoncé l’achèvement du règlement de ses relations bancaires avec la Réserve fédérale de New York et la réouverture de son compte auprès de celle-ci.
Cette décision marque une avancée stratégique dans le processus de réintégration de la Syrie au système financier international après plus d’une décennie d’isolement bancaire et de sanctions économiques.
Cette étape intervient à l’issue d’efforts techniques et institutionnels intensifs, menés en coordination avec le département du Trésor américain et la Réserve fédérale, afin de satisfaire aux exigences juridiques et de conformité internationales.
I. Contexte de l’isolement financier durant la guerre
Depuis 2011, le secteur bancaire syrien a subi un isolement quasi total du système financier international, en raison des sanctions occidentales et de la rupture des relations avec les banques correspondantes.
Principales caractéristiques de cette période :
- Déconnexion de plusieurs banques syriennes du système mondial de transferts financiers (SWIFT).
- Gel ou restriction de comptes à l’étranger.
- Hausse du coût des transferts commerciaux et financiers en raison du recours à des canaux indirects.
- Forte diminution des réserves en devises étrangères par rapport à la période d’avant-guerre.
- Taux d’inflation élevés ayant dépassé, certaines années, 70 % selon des estimations internationales.
Cet isolement a eu un impact direct sur le commerce extérieur, le taux de change, la capacité de la Banque centrale à gérer ses réserves et la confiance globale dans le système bancaire national.
II. Que signifie la réouverture du compte à New York ?
La réouverture du compte auprès de la Réserve fédérale de New York constitue une mesure technique aux implications stratégiques majeures :
- Rétablissement d’un canal de paiement international officiel et sécurisé.
- Amélioration de la gestion des réserves en devises étrangères.
- Facilitation du règlement des paiements liés au commerce extérieur.
- Renforcement de la crédibilité du secteur bancaire syrien auprès des institutions financières internationales.
Disposer d’une relation directe avec une institution de l’envergure de la Réserve fédérale représente un point d’ancrage essentiel pour reconstruire progressivement un réseau de correspondants bancaires à l’échelle mondiale.
III. Le Gouverneur de la BCS : c’est une étape stratégique
Le Gouverneur de la Banque centrale de Syrie, Abdelkader Al-Husriyah, a déclaré : « L’achèvement du règlement des relations bancaires avec la Réserve fédérale de New York et la réouverture du compte de la Banque centrale auprès de celle-ci constituent une étape stratégique dans le processus de réintégration de la Syrie dans le système financier international ».
Il a précisé que cette mesure : « Ne se limite pas à une dimension technique, mais revêt une portée économique profonde, car elle renforce la confiance des institutions financières internationales et des banques correspondantes dans le secteur bancaire syrien, et ouvre la voie à la reconstruction d’un réseau de relations financières extérieures, pilier fondamental de toute reprise économique ».
Il a également souligné que La réactivation des canaux de transferts et de règlements internationaux de manière officielle contribuera à réduire les coûts du commerce extérieur, à améliorer la gestion des réserves en devises et à faciliter les virements des Syriens résidant à l’étranger par des voies légales, soutenant ainsi la stabilité du taux de change et limitant le recours aux marchés parallèles ».
Concernant la reconstruction, il a ajouté : « L’existence d’une relation bancaire directe et active avec une institution de l’importance de la Réserve fédérale renforce la capacité de la Syrie à recevoir, à l’avenir, des financements et des investissements étrangers, qu’ils proviennent d’institutions financières internationales, de fonds d’investissement ou de partenariats bilatéraux, tout en offrant aux investisseurs une garantie essentielle : la libre circulation des capitaux et la facilité des règlements financiers».
IV. Importance du rétablissement des liens bancaires pour la reconstruction
Des estimations internationales antérieures soulignent que le coût de la reconstruction de la Syrie atteint plus de 200 milliards de dollars à long terme, ce qui rend indispensable l’existence de canaux financiers internationaux efficaces.
La réintégration au système financier mondial pourrait contribuer à :
- Attirer des investissements directs étrangers ;
- Financer des projets d’infrastructure (énergie, transport, eau, logement) ;
- Permettre au secteur privé d’accéder à des crédits documentaires et à des financements commerciaux directs;
- Réduire les coûts d’importation et améliorer la balance commerciale ;
- Canaliser officiellement les transferts des expatriés, l’une des principales sources de devises.
La normalisation des flux financiers pourrait également réduire la pression sur le marché parallèle et renforcer la stabilité monétaire.
V. Conditions pour une exploitation optimale de cette avancée
Afin de tirer pleinement parti de cette évolution, plusieurs exigences demeurent essentielles :
- Poursuivre la modernisation du dispositif de lutte contre le blanchiment d’argent ;
- Renforcer la transparence et la gouvernance bancaire ;
- Mettre en œuvre des réformes structurelles dans le secteur financier ;
- Améliorer l’environnement juridique et réglementaire des investissements ;
- Élargir progressivement le réseau des banques correspondantes.
La réouverture du compte ne constitue pas une fin en soi, mais le début d’un processus de reconstruction de la confiance internationale.
La réouverture du compte de la Banque centrale de Syrie auprès de la Réserve fédérale de New York représente un tournant significatif après des années d’isolement financier.
Au-delà de son caractère technique, cette décision symbolise une tentative de rétablissement de la confiance, d’amélioration de la gestion des réserves et de préparation du terrain à l’accueil des financements et investissements nécessaires à la reconstruction.
En dépit des défis persistants, cette évolution pourrait marquer le début d’un repositionnement financier progressif de la Syrie sur la scène internationale, ouvrant la voie à une phase de croissance plus stable et durable dans les années à venir.
André Chatta