Damas, (SANA) Après de longues années de guerre, de destructions et de déplacements forcés, les écoles syriennes rouvrent progressivement leurs portes, porteuses d’un espoir longtemps confisqué à des millions d’enfants privés de leur droit fondamental à l’éducation.
Là où s’élevaient hier des bâtiments éventrés et des cours transformées en ruines, s’esquisse aujourd’hui une lente mais déterminée renaissance du système éducatif, symbole de la victoire de l’enfance sur la guerre et de la résilience d’une société décidée à se relever malgré les blessures profondes.
Une destruction méthodique de l’éducation sous le régime déchu
La destruction des écoles en Syrie ne fut ni accidentelle ni uniquement le dommage collatéral de la guerre. Dans de nombreuses régions, elle a pris la forme d’une stratégie systématique visant directement les infrastructures éducatives.
Des milliers d’établissements scolaires ont été totalement ou partiellement mis hors service : bombardés, transformés en casernes militaires ou en centres de détention, ou encore réquisitionnés comme abris pour les populations déplacées. Cette réalité a privé des générations entières d’un accès régulier à l’enseignement.
Sous le régime déchu, la catastrophe éducative ne s’est pas limitée à la destruction matérielle. Elle s’est accompagnée d’un abandon de l’éducation comme priorité nationale et de l’absence de toute vision réelle visant à protéger les écoles ou à garantir la continuité de l’apprentissage dans les zones touchées par les combats. Les conséquences ont été lourdes : explosion du décrochage scolaire, augmentation du travail des enfants et des mariages précoces, en particulier dans les régions les plus éprouvées.

La corruption, une autre plaie du secteur éducatif
À cette destruction s’est ajoutée la corruption endémique qui gangrenait les institutions du régime déchu, entravant toute tentative sérieuse de réforme.
Des budgets ont été alloués à la réhabilitation d’écoles qui n’ont jamais été reconstruites, tandis que de nombreux projets de rénovation se sont transformés en opérations opaques profitant aux réseaux de pouvoir plutôt qu’aux élèves et aux enseignants.
Cette corruption a accentué les inégalités territoriales, institutionnalisé l’exclusion et privé des milliers d’enfants d’un environnement scolaire sûr et adapté, faisant de l’éducation l’une des victimes majeures des politiques défaillantes du régime déchu.
Reconstruire les écoles, reconstruire la vie
Aujourd’hui, dans le cadre des efforts de reconstruction, la réhabilitation des écoles s’impose comme une priorité absolue du processus de rétablissement national. Le retour des enfants sur les bancs de l’école dépasse la simple question éducative : il constitue un pilier essentiel de la stabilité sociale, du retour des familles déplacées et de la restauration de la confiance dans l’avenir.
Le ministère de l’Éducation, en coopération avec des organisations locales et internationales, œuvre à la remise en état des établissements endommagés, à la création d’un environnement d’apprentissage sûr, à travers la rénovation des bâtiments, la fourniture de mobilier et de manuels scolaires, ainsi que la formation des enseignants. Ces initiatives contribuent à encourager les familles à renvoyer leurs enfants à l’école, notamment dans les zones marquées par un exode massif.

L’éducation, socle de la construction d’une nouvelle génération
L’éducation demeure la pierre angulaire de la formation d’une génération consciente, capable de pensée critique et apte à suivre les développements scientifiques et technologiques rapides. Les enfants privés d’enseignement durant des années ont aujourd’hui un besoin urgent de programmes de rattrapage, mais aussi d’un accompagnement psychologique et social leur permettant de surmonter les traumatismes de la guerre et de se réinsérer pleinement dans la société.
Investir dans l’éducation, c’est investir dans une paix durable : elle contribue à prévenir l’extrémisme, à diffuser les valeurs de citoyenneté et de tolérance, et à permettre à la jeunesse de jouer un rôle actif dans la reconstruction de son pays.
Réformer les programmes, une nécessité incontournable
La refondation du système éducatif ne saurait être complète sans une révision en profondeur des programmes scolaires.
Longtemps marqués par la politisation et l’immobilisme, ces programmes doivent aujourd’hui être modernisés afin d’intégrer les avancées scientifiques les plus récentes, de promouvoir l’esprit d’analyse, la recherche et l’innovation, et de rompre avec les méthodes fondées sur la mémorisation.

L’introduction des technologies modernes dans l’enseignement et l’adoption de nouvelles méthodes pédagogiques sont devenues indispensables pour préparer une génération susceptible de s’insérer dans un monde en mutation rapide et pour combler le retard cognitif accumulé au fil des années de conflit.
Le retour de la vie dans les écoles syriennes ne se résume pas à la réouverture de portes longtemps fermées par la guerre. Il marque l’entrée dans une nouvelle phase, placée sous le signe de l’espoir et de la reconstruction.
Réhabiliter les écoles, lutter contre la corruption, moderniser les programmes et garantir le droit de chaque enfant à l’éducation constituent les fondements d’une Syrie en devenir, où l’on n’enseigne plus seulement aux enfants comment survivre, mais comment rêver, créer et participer à la renaissance de leur pays. Lorsque l’éducation triomphe, c’est la vie elle-même qui l’emporte.




André Chatta