Damas, (SANA) Le président Ahmad Al‑Charaa a annoncé ce vendredi un large ensemble de mesures économiques et de services, dont une augmentation de 50 % des salaires et rémunérations publiques, ainsi que des hausses pour plusieurs secteurs spécialisés. Il a affirmé que la fin du problème des camps, le retour des citoyens dans leurs villages et localités détruits, et l’amélioration des services figurent en tête des priorités pour la prochaine étape.
Le président Al‑Charaa a déclaré, après avoir reçu les félicitations à l’occasion de l’Aïd al‑Fitr au Palais du Peuple à Damas : Les interrogations sont nombreuses concernant la situation de l’État durant l’année écoulée et la trajectoire de la reconstruction et du développement. Tout le monde sait que la situation était dégradée et que, numériquement, le PIB en 2010 était d’environ 60 milliards de dollars, avant que les choses ne se détériorent.
Croissance économique et excédent budgétaire
Il a ajouté : Les dépenses publiques en Syrie ont atteint 2 milliards de dollars en 2024. En 2025, nous avons réalisé un taux de croissance d’environ 30 à 35 %, le PIB atteignant près de 32 milliards de dollars, et les dépenses s’élevant à 3,5 milliards de dollars. Pour la première fois en Syrie, un excédent budgétaire a été enregistré.
Il a expliqué que le budget approuvé pour l’année 2026 est estimé à 10,5 milliards de dollars, soit une augmentation d’environ trois fois par rapport à 2025 et cinq fois par rapport au budget de 2024, un accomplissement majeur réalisé en un an et quelques mois.
Reconstruction et fin des camps
Le président Al‑Charaa a souligné que la priorité absolue est de mettre fin au problème des camps et de permettre aux habitants de retourner dans leurs villages et localités détruits par l’ancien régime. Il a indiqué qu’un plan et un financement conséquent ont été alloués pour réhabiliter les infrastructures dans les zones dévastées, notamment dans les campagnes d’Idleb, d’Alep, du nord de Hama, du nord de Lattaquié, ainsi que dans certaines zones de la Ghouta orientale, de Daraa et de Deir Ezzor. Il a précisé qu’un fonds d’au moins 3 milliards de dollars sera consacré au soutien des infrastructures, provenant exclusivement des dépenses publiques, sans aides ni prêts.
Soutien aux régions de l’Est
Il a indiqué qu’un montant spécifique sera alloué aux régions de l’Est — Deir Ezzor, Hassaké et Raqqa — afin d’améliorer les services tels que les hôpitaux, les écoles, les routes. Il a précisé que ce travail se fera parallèlement à l’amélioration des infrastructures et des services dans les autres villes, et que 40 % du budget de cette année seront consacrés aux services, notamment la santé et l’éducation.
Le président Al‑Charaa a expliqué que les zones récemment libérées, représentant environ 25 % du territoire syrien, ont restitué à l’État de nombreuses ressources, ce qui renforcera l’économie syrienne en matière d’énergie, d’alimentation et d’eau.
Défis et rythme accéléré
Il a indiqué que la société syrienne fait face à de nombreuses difficultés et que les besoins sont immenses. Il est du devoir de l’État d’y répondre autant que possible. Il a ajouté que la réforme du secteur des services en Syrie nécessite du temps en raison de son effondrement profond, mais que les progrès avancent à un rythme très rapide.
Augmentations salariales
Le président Al‑Charaa a déclaré : Nous avons fixé un salaire minimum après les recommandations du ministère des Finances, en tenant compte des taux de pauvreté. Nous avons également approuvé une augmentation de 50 % des salaires et rémunérations publiques pour tous les employés, ainsi que des augmentations spécifiques pour les médecins, les ingénieurs et certaines institutions spécialisées comme l’inspection.
Il a ajouté : À notre arrivée à Damas, nous avons constaté que les salaires étaient extrêmement bas. Nous avions annoncé une augmentation de 400 %, et aujourd’hui, avec l’amélioration du taux de change et les dernières hausses, nous avons atteint environ 550 %. Certaines augmentations spécifiques ont même atteint 1 200 %.
Autonomisation du citoyen
Le président Al‑Charaa a poursuivi : La mission et le devoir de l’État sont d’autonomiser le citoyen autant que possible. Ce n’est qu’un début ; nous travaillons jour et nuit pour atteindre un niveau digne du peuple syrien, afin qu’il garde toujours la tête haute, fier de son pays et de son État, et qu’il ressente un véritable sentiment d’appartenance. Le rôle de l’autorité et celui du citoyen doivent se compléter pour garantir la participation de tous à la construction.
Rôle de l’Assemblée du peuple
Le président Al‑Charaa a souligné que l’Assemblée du peuple porte une grande responsabilité et que le retard de sa première session était dû à l’attente de la fin des élections dans les zones récemment libérées. Il a expliqué que le peuple place beaucoup d’espoir dans l’Assemblée du peuple pour qu’elle soit sa voix dans la transmission de ses préoccupations, et un outil efficace pour clarifier la réalité de l’État, en examinant ses programmes et ses plans stratégiques, et en les supervisant régulièrement et directement. Les recommandations doivent ensuite être transmises afin de prendre les décisions appropriées dans l’intérêt du peuple.
Politique équilibrée
Concernant la situation régionale, le président Al‑Charaa a déclaré : La Syrie a toujours été une zone de conflit et de rivalité au cours des quinze dernières années et même avant. Il est utile de rappeler que nous ne pouvons pas garantir qu’elle restera totalement à l’écart des conflits. Mais globalement, sa position actuelle face aux tensions en cours, grâce à de bonnes décisions en matière de politique internationale et régionale, nous place en harmonie avec tous nos voisins, tant au niveau régional qu’international. En même temps, nous sommes pleinement solidaires des pays arabes.
La Syrie est aujourd’hui relativement à l’écart du conflit en cours, ce qui est très bénéfique, car elle a longtemps été une boîte aux lettres pour les grandes puissances en lutte dans la région. Toutes ces forces étaient présentes en Syrie et se disputaient l’influence et les prérogatives sur son territoire au détriment de son peuple. Aujourd’hui, nous sommes passés à une nouvelle étape : la Syrie s’est transformée d’un champ de conflit en un acteur influent œuvrant pour la stabilité, la sécurité et la durabilité, en cohérence avec la situation interne et les perturbations régionales.
Il a ajouté : Ce qui se passe actuellement est un événement majeur, rare dans l’histoire, que nous n’avons pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale. Nous avançons avec une extrême précision, en pesant chaque position de la Syrie au gramme près. Nous suivons la bonne voie et nous essayons d’éloigner la Syrie autant que possible de tout conflit susceptible de raviver ses douleurs et ses blessures, afin qu’elle puisse poursuivre sa trajectoire de développement et de reconstruction. Les chiffres que nous avons mentionnés ne représentent pas nos objectifs finaux ; l’ambition de l’État est bien plus grande. Ce ne sont que des débuts, et, les prochaines années verront des chiffres plus élevés et un champ d’action plus large, jusqu’à ce que chaque citoyen syrien puisse vivre dans une pleine autosuffisance.
M.Ch.