Damas, (SANA) Le président Ahmad Al-Charaa a affirmé que la phase actuelle que traverse la Syrie exige l’élaboration de stratégies claires et une concentration sur les priorités nationales majeures, soulignant que les élites de la société ont un rôle essentiel dans l’orientation du parcours de l’État lorsque les politiques s’écartent de ces objectifs.
Lors d’une rencontre tenue mardi au Palais du Peuple à Damas avec des journalistes et des représentants de la société civile, le président Al-Charaa a déclaré que se perdre dans les détails au détriment des objectifs principaux conduit à perdre la direction générale, appelant à maintenir l’intérêt sur les grandes priorités, en particulier dans les périodes de crise. Il a ajouté que la société doit apprendre à s’accorder sur les questions stratégiques, même lorsque les opinions divergent sur les détails.
Le président a également évoqué la situation de l’État syrien après des années de guerre et les défis liés à la reconstruction des institutions publiques. Il a indiqué que les réalisations obtenues jusqu’à présent restent modestes face à l’ampleur des défis, expliquant que les institutions de l’État travaillent dans des conditions complexes après la destruction d’une grande partie de leurs infrastructures durant les années de guerre.
Il a précisé que le gouvernement s’est trouvé face à deux options lorsqu’il est arrivé à Damas : laisser l’État s’effondrer complètement ou préserver ses institutions comme symbole de continuité en attendant le lancement d’un processus de reconstruction qui nécessite du temps. Les premières priorités ont donc été de réformer le secteur de l’énergie, de rétablir les relations internationales et de lever les restrictions et sanctions qui entravent la relance économique, tout en misant sur l’investissement pour dynamiser l’économie.

Le président Al-Charaa a souligné que la reconstruction des appareils sécuritaires et militaires constituait également un défi central, car la sécurité reste une condition indispensable à toute reprise économique. Il a ajouté que des efforts sont en cours pour surmonter les divisions héritées des années de révolution et de guerre et pour instaurer un climat de consensus entre les différentes composantes de la société syrienne.
Concernant l’économie, il a précisé que la réforme du secteur bancaire est particulièrement complexe en raison de l’ancienneté de sa structure, de son enchevêtrement avec des pratiques de corruption et de l’impact de la dévaluation de la livre syrienne, ce qui a considérablement affaibli sa capacité de financement.

Il a également évoqué les difficultés rencontrées dans le secteur de l’énergie, indiquant que la remise en service de l’électricité a été l’un des dossiers les plus complexes en raison des besoins de maintenance des centrales, du manque d’approvisionnement en gaz, des difficultés d’importation et des sanctions internationales, ainsi que des infrastructures endommagées. Malgré cela, il a souligné que l’alimentation en électricité s’est nettement améliorée en un an et atteint parfois entre seize et vingt heures par jour, un résultat que peu d’experts prévoyaient.
Le président a également indiqué que la résolution de dossiers sensibles, tels que les camps de déplacés et la reconstruction des zones détruites, exige du temps et une planification rigoureuse, soulignant qu’il n’est pas réaliste de répondre à toutes les demandes des citoyens dans un délai court.
Au sujet des libertés politiques et médiatiques, le président Al-Charaa a estimé que le niveau de liberté d’expression en Syrie est aujourd’hui relativement élevé par rapport à certains pays de la région, tout en reconnaissant l’existence d’un certain désordre médiatique lié à l’absence de règles claires.
Il a expliqué que l’exercice des libertés nécessite une culture sociale et un cadre juridique qui l’organise, annonçant qu’une loi sur les partis politiques sera adoptée après la formation du Parlement et qu’elle sera élaborée par des juristes de manière adaptée à la réalité de la société syrienne.
Il a insisté sur le fait que les libertés ne constituent pas une fin en soi, mais un moyen d’améliorer la performance de l’État et de favoriser la circulation d’idées utiles, mettant en garde contre leur utilisation pour attiser les divisions confessionnelles ou semer le chaos.
Évoquant la reconstruction, le président Al-Charaa a rappelé l’ampleur des destructions dans plusieurs villes syriennes, notamment Alep, Deir Ezzor, Daraa, Homs et certaines zones de la Ghouta.
Il a indiqué que l’État travaille selon deux approches complémentaires : la première consiste à réhabiliter les villages et les petites localités en réparant les infrastructures, en déblayant les décombres et en rouvrant les écoles et les hôpitaux afin de permettre le retour progressif des habitants, même si cela commence par des habitations temporaires sur leurs terres.

Dans les grandes villes où la destruction atteint parfois 90 à 100 %, il a reconnu que la reconstruction complète par l’État seul serait extrêmement difficile en raison des coûts très élevés. La solution envisagée repose donc sur un modèle d’investissement associant des entreprises locales et internationales, dans lequel les propriétaires des maisons détruites recevraient de nouveaux logements équivalents à la superficie de leurs anciens biens, tandis que les investisseurs pourraient exploiter les surfaces supplémentaires dans le cadre de nouveaux plans urbains comprenant des routes larges et des services modernes.
Selon le président, ce modèle pourrait contribuer à stimuler l’économie, à réduire le chômage et à attirer des investissements étrangers, ajoutant que plusieurs grandes entreprises internationales ont déjà manifesté leur intérêt pour participer aux projets de reconstruction en Syrie. Il a précisé que le gouvernement poursuit actuellement l’élaboration des études et des cadres juridiques nécessaires avant l’annonce officielle de ces projets, afin d’éviter toute confusion ou propagation de rumeurs parmi les citoyens.
Le président Al-Charaa a conclu en soulignant que la reconstruction des logements des citoyens doit progresser parallèlement aux grands projets d’investissement visant à construire de nouvelles villes résidentielles et à moderniser les infrastructures du pays, dans le cadre d’un processus global de reconstruction et de développement de la Syrie.

A.Ch.