Bruxelles, (SANA) Le retour des menaces que fait peser la milice houthie sur la navigation en mer Rouge place l’Union européenne face à un nouveau défi pour sa mission navale « Aspides », alors que les demandes de protection et d’escorte, formulées par les navires commerciaux se multiplient, tandis que le nombre de pièces navales et les capacités nécessaires pour assurer cette protection restent insuffisants, notamment à proximité du détroit de Bab el-Mandeb.
Alors que la mission européenne est censée protéger la liberté de navigation et faire face aux attaques visant les navires commerciaux, les nouvelles pressions montrent que l’élargissement de la portée des menaces de la milice impose désormais aux pays européens de fournir des moyens navals supérieurs à ceux actuellement disponibles.
La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, a indiqué que la force ne dispose même pas du nombre de bâtiments initialement prévu lors de son lancement, fixé à dix navires de guerre.
Menace renouvelée
Les demandes européennes visant à renforcer « Aspides » interviennent dans un contexte de préoccupations croissantes concernant l’impact des attaques de la milice houthie sur le trafic maritime en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, ce qui a conduit des entreprises commerciales à demander davantage de protection lors de leurs transits.
L’agence Reuters a rapporté que Kaja Kallas, à son arrivée à la réunion des ministres de la Défense des pays de l’Union européenne à Bruxelles lundi, avait déclaré que l’Union européenne recevait un nombre croissant de demandes d’escorte de la part de navires commerciaux.
Elle a souligné la nécessité de disposer de davantage de bâtiments navals, tandis que les données européennes indiquent que la réponse des États membres reste inférieure aux besoins exprimés.
Le problème ne se limite toutefois pas au nombre de navires. La mission a besoin de frégates capables d’escorter les navires commerciaux, ainsi que de capacités de défense aérienne et de lutte contre les mines.
Le renforcement de la mission dépend donc autant de la nature et des capacités des bâtiments disponibles que de leur nombre.
Une capacité sous pression
Ces évolutions révèlent un écart entre l’élargissement de la mission européenne et les capacités que les États membres mettent à sa disposition.
Lancée en février 2024 en réponse aux attaques houthies contre les navires commerciaux, la mission doit désormais maintenir une présence navale permanente dans une zone particulièrement sensible pour la navigation internationale.
Alors que Bruxelles demande des contributions supplémentaires, Kaja Kallas a déclaré que deux pays européens avaient indiqué être en mesure de fournir des unités navales, sans que des engagements définitifs n’aient encore été formulés.
Des sources européennes ont indiqué que la Belgique envisageait d’envoyer une frégate supplémentaire et que les Pays-Bas examineraient favorablement une demande de renforcement de la mission, tandis que l’Italie œuvre à renforcer ses capacités.
Les contributions d’autres pays restent en revanche limitées en raison de leurs engagements navals dans différentes régions.
Cela montre que faire face à la menace que la milice houthie fait peser sur la navigation ne dépend pas uniquement de la présence d’une force européenne en mer Rouge, mais nécessite également de lui fournir en permanence des bâtiments capables d’assurer des missions d’escorte et de protection et de répondre aux menaces aériennes et maritimes.
Le détroit de Bab el-Mandeb au premier plan
L’importance de ces capacités est encore plus grande dans le détroit de Bab el-Mandeb, qui constitue une voie majeure pour les échanges commerciaux entre l’Asie et l’Europe.
Les attaques contre les navires au cours de la période écoulée ont poussé des compagnies maritimes à modifier leurs itinéraires en contournant le cap de Bonne-Espérance, ce qui a allongé la durée des voyages et augmenté les coûts de transport et d’assurance.
Dans ce contexte, le problème européen ne semble pas être lié au seul nombre de navires. La nature de la menace posée par la milice houthie, qui comprend des missiles, des drones et des risques maritimes, exige la mise en place d’un système de protection intégré. Cela explique l’accent mis par les responsables européens sur la nature des bâtiments et les capacités nécessaires.
Ormuz élargit la mission
Les réflexions européennes dépassent désormais la mer Rouge, avec des propositions visant à ce que « Aspides » joue un rôle dans la sécurisation de la navigation dans le détroit d’Ormuz, notamment en participant au déminage lorsque les conditions le permettront.
Un document consulté par Reuters en juin dernier a révélé que le service diplomatique de l’Union européenne avait proposé que la mission « Aspides » joue « le rôle principal » dans le déminage du détroit d’Ormuz.
L’Union européenne avait prolongé la mission « Aspides » jusqu’en février 2027, tandis que toute extension de son champ d’action reste liée aux décisions des États membres et à leurs capacités militaires.
La mission « Aspides » semble ainsi entrer dans une phase qui exige de maintenir une présence navale capable de faire face à la menace que la milice houthie fait peser sur la navigation en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, tout en garantissant les ressources et les capacités nécessaires à l’accomplissement des missions de protection et d’escorte, alors que les engagements navals des pays européens se multiplient et que les défis sécuritaires s’étendent à d’autres zones de la région.
R.s/ L.Arfi