Bakou –Ankara – (SANA) Au milieu de transformations géopolitiques rapides et face à la hausse mondiale des prix de l’énergie, les corridors du Sud-Caucase reliant l’Azerbaïdjan à la Turquie se sont imposés comme l’un des piliers stratégiques pour le transport du pétrole et du gaz vers l’Europe et les marchés régionaux.
Ces corridors ne sont plus de simples lignes de transport, mais des outils essentiels dans l’équation énergétique régionale et internationale, notamment après la guerre russo‑ukrainienne. La région est devenue une porte d’accès majeure reliant l’Asie centrale à l’Europe, non seulement par le commerce, mais aussi par des voies énergétiques d’importance stratégique.
Une importance accrue au milieu de la guerre régionale
Dans les circonstances actuelles, les corridors du Sud‑Caucase (Azerbaïdjan‑Turquie) gagnent en importance en tant qu’axes vitaux reliant l’Asie centrale à l’Europe, à l’écart des sphères d’influence russe et iranienne. Ils ne constituent pas seulement des routes de transport d’énergie et de marchandises, mais des outils géopolitiques permettant de réduire la dépendance aux approvisionnements russes et iraniens, tout en assurant la stabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales face aux conflits régionaux et aux guerres commerciales.
Ces corridors offrent également à la Turquie et à l’Azerbaïdjan l’occasion de renforcer leur rôle de puissances régionales capables de servir de médiateurs entre l’Est et l’Ouest, au moment où le monde connaît d’importantes fluctuations sur les marchés énergétiques et de concurrence accrue entre grandes puissances pour le contrôle des routes commerciales et des ressources stratégiques.
Corridors du Sud‑Caucase et détroit d’Ormuz
Les corridors du Sud‑Caucase peuvent être comparés au détroit d’Ormuz : des points de passage vitaux pour le transport du pétrole, du gaz et des marchandises depuis la mer Caspienne et l’Asie centrale vers l’Europe. Tout comme Ormuz garantit la continuité des flux énergétiques mondiaux malgré les tensions dans le Golfe, ces corridors offrent des alternatives stratégiques pour le commerce et l’énergie, permettant à la Turquie et à l’Azerbaïdjan de jouer un rôle clé dans la stabilité des approvisionnements mondiaux.
Le Nakhitchevan, par exemple, constitue un passage terrestre et aérien étroit qui permet les mouvements entre l’Europe et l’Asie. Ces voies ont acquis une importance particulière à l’ombre de la guerre en Ukraine et la concurrence énergétique, car elles réduisent la dépendance européenne au gaz russe et ouvrent des itinéraires alternatifs pour le transport du pétrole, du gaz et des marchandises stratégiques.
Azerbaïdjan : la porte maritime et terrestre du pétrole et du gaz
L’Azerbaïdjan joue un rôle central dans le transport du pétrole et du gaz de la mer Caspienne vers l’Europe, notamment via l’oléoduc Bakou‑Tbilissi‑Ceyhan (BTC), long de 1 768 km, qui débouche sur le port turc de Ceyhan. Le Corridor gazier sud (SGC), reliant le champ de Shah Deniz au réseau gazier européen via les gazoducs TANAP et TAP, constitue une étape stratégique pour réduire la dépendance de l’Europe au gaz russe.
Sur le plan tarifaire, le pétrole transporté via BTC est généralement de 2 à 3 dollars moins cher par baril que les prix mondiaux, tandis que le gaz acheminé via SCP se situe autour de 10 à 12 dollars par MMBtu, contre plus de 14 dollars en Europe, renforçant l’attractivité du gaz azerbaïdjanais.
Le “corridor Trump” et la compétition régionale
En août 2025, le président américain Donald Trump a annoncé le projet du « Trump International Peace and Prosperity Corridor » (TRIPP), reliant l’Azerbaïdjan à l’Arménie puis à la Turquie jusqu’à l’Europe, comme itinéraire alternatif contournant les territoires russes et iraniens.
Bien que court, ce corridor s’inscrit dans un réseau plus vaste reliant l’Asie centrale à l’Europe, en faisant un outil géopolitique majeur en plus de son rôle économique, et reflétant une stratégie américaine visant à redessiner les cartes du commerce eurasiatique tout en consolidant l’Azerbaïdjan comme allié clé de Washington.
Qui est le grand gagnant en matière de connectivité régionale ?
La Turquie bénéficie directement de ces corridors, avec des revenus attendus d’environ 4 milliards de dollars par an issus des échanges liés au corridor, dont 3 milliards provenant du commerce avec l’Arménie et un milliard du corridor lui‑même. Ces routes renforcent la position d’Ankara comme centre stratégique pour le transit de l’énergie et des marchandises entre l’Asie centrale et l’Europe.
Défis sécuritaires et géopolitiques
La montée des tensions entre l’Azerbaïdjan et l’Iran, après des frappes de drones visant le Nakhitchevan, met en lumière la fragilité sécuritaire de la région. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a affirmé que son pays répondrait fermement à toute agression.
Sur le plan sécuritaire, Bakou bénéficie d’un soutien américain et israélien pour protéger ses infrastructures vitales, notamment l’oléoduc BTC, ce qui renforce son rôle dans les équilibres régionaux.
Alliances et partenariats économiques
Turquie et Azerbaïdjan : un axe défensif et économique solide qui renforce la position régionale de Bakou et réduit l’influence russe traditionnelle, avec un soutien englobant les drones, la formation militaire et les équipements modernes.
Partenariats européens : L’importance de l’Azerbaïdjan, en tant que fournisseur alternatif d’énergie pour l’Europe, s’est accrue, réduisant la dépendance au gaz russe et offrant à l’Union européenne un éventail plus large d’options.
Caucase du Sud : le corridor stratégique qui redessine les cartes de l’énergie
Les corridors du Sud‑Caucase apparaissent comme des instruments stratégiques redéfinissant les rapports de force mondiaux :
Le corridor médian (China–Europe) : reliant la Chine et l’Asie centrale à l’Azerbaïdjan et à la Turquie, en contournant la Russie et l’Iran avec un accent particulier sur les routes, les lignes ferroviaires et les oléoducs et gazoducs.
Le corridor économique Inde – Moyen‑Orient – Europe : renforçant le rôle du Golfe comme hub mondial de transit énergétique et commercial, en concurrence avec l’initiative chinoise « Belt and Road ».
Le rapprochement entre le Moyen‑Orient et le Sud‑Caucase traduit une volonté de diversifier les partenariats, d’accroître l’autonomie économique et de sécuriser l’énergie, faisant de la région un théâtre de compétition entre grandes puissances, et transformant l’Azerbaïdjan et la Turquie en acteurs clés du flux énergétique et commercial entre l’Asie et l’Europe.
R.S./R.B.