Damas, (SANA) L’intérêt pour la coopération économique entre la Syrie et le Royaume d’Arabie saoudite se renouvelle à la suite des entretiens récemment tenus à Riyad entre le président Ahmad al-Charaa et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Ces discussions ont porté sur la reconstruction de la Syrie, l’attraction des investissements et le renforcement du rôle des secteurs privés des deux pays, notamment dans le domaine de l’énergie.
Dans le secteur énergétique, les experts estiment que les principales opportunités de partenariat et d’investissement entre la Syrie et l’Arabie saoudite se situeraient dans les domaines du pétrole, du gaz, du raffinage, du transport et du stockage, avec des possibilités de développer également la coopération dans l’exploration, le transfert de technologies et la formation des personnels.
Quels bénéfices pour les champs pétroliers ?
L’expert en économie de l’énergie Assaad al-Achchi estime que l’expertise saoudienne dans les domaines de l’exploration, de la production et du forage pourrait contribuer à la réhabilitation du secteur pétrolier syrien. Il explique que des technologies modernes, telles que le forage horizontal, pourraient améliorer l’accès aux ressources et accroître l’efficacité de leur extraction, en fonction de la nature des réservoirs et des conditions techniques.
Dans une déclaration à SANA, al-Achchi souligne que le développement du secteur ne se limite pas à la reprise de la production, mais comprend également l’amélioration de l’efficacité opérationnelle, ainsi que la réhabilitation des installations et des services associés, ce qui permettrait d’élargir les domaines de partenariat technique et d’investissement.
De son côté, le professeur à la Faculté d’économie, Dr Hassan Khazouri, estime que la coopération syro-saoudienne pourrait se concentrer sur le développement des champs pétroliers et gaziers, le forage et la maintenance des puits, la réalisation de levés géophysiques et géologiques, la réhabilitation des infrastructures endommagées, ainsi que le transfert de technologies et de savoir-faire aux personnels syriens.
Khazouri indique que les accords conclus avec des sociétés saoudiennes spécialisées, parmi lesquelles ADES, TAQA, ARGAS et Arabian Drilling, portent sur les services de forage, le développement et la maintenance des puits, l’exploration, les levés techniques, ainsi que la fourniture des équipements et services nécessaires, contribuant ainsi à améliorer l’efficacité opérationnelle des champs.
Cinq accords entre la Syrie et l’Arabie saoudite
La Syrian Petroleum Company a signé en décembre 2025 quatre accords avec les sociétés précitées. En avril 2026, elle a également conclu un contrat d’exécution avec la société ADES pour le développement de plusieurs champs gaziers. En juillet, elle a commencé à lui remettre les sites concernés et à lancer la phase opérationnelle du projet, qui comprend notamment le transfert de technologies et la formation des personnels nationaux.
Le projet de développement des champs gaziers mené avec ADES vise à porter progressivement la production à environ 4 millions de mètres cubes par jour, parallèlement au transfert de technologies et à la formation des personnels syriens.
Lors de la signature des accords en décembre 2025, la Syrian Petroleum Company avait annoncé son objectif d’augmenter la production de gaz de 25 % au cours des six premiers mois, puis d’atteindre une hausse de 50 % au fil des différentes phases de développement des champs.
Dans une déclaration le mois dernier, le ministre syrien de l’Énergie, Mohammad al-Bachir, a indiqué devant l’Assemblée du peuple que la production gazière syrienne s’élevait à environ 8 millions de mètres cubes par jour, pour une demande estimée à près de 24 millions de mètres cubes par jour. L’augmentation de la production nationale constitue ainsi l’un des domaines d’investissement prioritaires.
Investir pour reconstruire les capacités de raffinage
Les perspectives de coopération ne se limitent pas à l’augmentation de la production de pétrole et de gaz. Selon le chercheur en économie Abdel Azim al-Meghrbel, la modernisation des raffineries, la réhabilitation des réseaux de transport du pétrole et du gaz ainsi que le développement des activités d’exploration et de production pourraient contribuer à restaurer les capacités opérationnelles du secteur et à réduire la facture des importations de produits pétroliers.
Il souligne que la coopération pourrait également s’étendre au transfert de technologies et de compétences techniques ainsi qu’au développement de capacités nationales durables.
Pour sa part, al-Achchi estime que l’expertise saoudienne dans le domaine du raffinage pourrait être mise à profit pour moderniser les équipements, améliorer l’efficacité opérationnelle et optimiser les procédés de raffinage.
Le ministre de l’Énergie avait indiqué devant l’Assemblée du peuple, en septembre dernier, que la capacité de raffinage de la Syrie s’élevait à environ 150 000 barils par jour, tandis que les importations de produits pétroliers représentaient environ 150 000 barils par jour et que la production pétrolière nationale atteignait quelque 112 000 barils par jour.
Le ministre avait précisé à cette occasion que la raffinerie de Homs poursuivait son activité malgré son état technique, tandis que la raffinerie de Baniyas avait fait l’objet d’une révision générale. Les travaux de réhabilitation visent à porter sa capacité d’environ 80 000 à 130 000 barils par jour.
Les plans annoncés prévoient de préserver et de développer les raffineries existantes, d’accroître les capacités de raffinage et de créer un complexe pétrochimique. Ces domaines pourraient offrir des opportunités d’investissement supplémentaires, en fonction des besoins des installations et des études techniques et économiques.
La réhabilitation des oléoducs ouvre de nouvelles perspectives
Les experts considèrent la modernisation des réseaux de transport du pétrole et du gaz ainsi que des installations de stockage comme des domaines susceptibles de prendre de l’ampleur dans le cadre du partenariat syro-saoudien. Ces infrastructures jouent en effet un rôle essentiel dans l’amélioration de l’efficacité du réseau, la réduction des pertes et le renforcement de la capacité de la Syrie à participer aux flux énergétiques régionaux.
Khazouri explique que le développement des réseaux de transport et des capacités de stockage pourrait améliorer la gestion des produits pétroliers. Al-Meghrbel estime, pour sa part, que la position géographique de la Syrie, ses réseaux de transport et ses ports offrent des possibilités de transit régional, sous réserve de la réhabilitation des infrastructures et de l’achèvement des études techniques et économiques nécessaires.
Le ministère de l’Énergie a achevé 80 % des travaux de maintenance de l’oléoduc de transport de pétrole lourd, après avoir supprimé plus de 1 400 branchements clandestins. Les réservoirs de stockage de pétrole nécessitent toutefois encore des travaux de réhabilitation.
Les travaux du forum « Sirpetro 2026 » ont également porté sur le développement des réseaux de transport et des oléoducs, la construction de nouvelles lignes ainsi que la mise en place de capacités stratégiques de stockage.
La Syrie peut-elle retrouver son rôle de pays de transit ?
Dans le cadre d’un projet lié au transit régional, la Syrie a signé en juillet 2026 deux protocoles d’accord avec l’Irak et un consortium de sociétés internationales afin de réhabiliter et de remettre en service l’oléoduc historiquement associé à l’axe Kirkouk–Baniyas.
La Syrie pourrait tirer parti de cet oléoduc en tant que pays de transit s’il est remis en service, après l’achèvement des travaux de réhabilitation et des études techniques et financières, selon le ministre de l’Énergie.
Al-Achchi propose également d’étudier à l’avenir des itinéraires permettant de relier la Syrie à l’Arabie saoudite via la Jordanie ou l’Irak, sous réserve de leur faisabilité technique et économique et de la conclusion des accords nécessaires. Il souligne toutefois que ces options restent à l’étude et ne constituent pas des projets en cours d’exécution.
Financement et transfert de technologies
Al-Meghrbel souligne que la transformation des opportunités de coopération en investissements productifs nécessite de définir les projets prioritaires, d’achever les études techniques et économiques, d’établir des modèles clairs de financement et de contractualisation, et de lier les investissements au transfert de technologies ainsi qu’à la formation des personnels syriens.
De son côté, al-Achchi estime que la réussite des projets nécessite des compétences techniques capables de les mettre en œuvre et de les exploiter, des partenariats de financement et d’investissement, ainsi que des études permettant de déterminer les coûts, les retombées et les parties bénéficiaires, de manière à assurer un bénéfice économique mutuel.
En août 2025, le ministère syrien de l’Énergie a signé un accord et six protocoles d’accord avec des sociétés saoudiennes dans les domaines des services aux champs pétroliers, du forage, de la maintenance, des levés techniques et de la formation. Cette étape a contribué à élargir le champ de la coopération technique et des investissements entre les deux pays dans le secteur de l’énergie.
am