Damas, (SANA) Depuis la libération du pays, le 8 décembre 2024, le secteur syrien du pétrole et du gaz connaît une phase accélérée de réhabilitation et de reprise de la production, parallèlement à son ouverture aux investissements arabes et internationaux.
14,8 millions de barils en six mois
Les données du ministère de l’Énergie montrent que la production syrienne au cours du premier semestre de l’année a atteint 14,8 millions de barils de pétrole brut, soit une moyenne d’environ 81 800 barils par jour, auxquels s’ajoutent 1,429 milliard de mètres cubes de gaz brut et 1,252 milliard de mètres cubes de gaz traité.
La production de produits pétroliers a atteint 3,5 millions de tonnes, tandis que celle de gaz de pétrole liquéfié à usage domestique s’est élevée à 35 500 tonnes.
Cette évolution s’est accompagnée de la remise en service de 152 puits, de la mise en production de 10 nouveaux puits et de la réparation de 21 autres, tandis que les opérations de forage ont atteint 3 460 mètres. Le principal groupe de pompage de Homs a également été remis en service après une interruption de 12 ans.
Le gaz, pilier de l’électricité et de l’énergie
Le gaz naturel constitue un axe essentiel de la stratégie énergétique syrienne en raison de son lien direct avec la production d’électricité. Au cours du premier semestre de 2026, les centrales électriques ont été approvisionnées en 2,059 milliards de mètres cubes de gaz et 859 251 tonnes de fioul.
En 2025, le ministère de l’Énergie avait annoncé que les quantités de gaz fournies avaient atteint environ 9 millions de mètres cubes par jour, soit une hausse de 35 %.
ConocoPhillips et Novaterra : de l’entente à la mise en œuvre
Le 18 novembre 2025, la compagnie syrienne du pétrole a signé un mémorandum d’entente avec ConocoPhillips et Novaterra en vue de développer les champs gaziers, d’accroître la production et d’explorer de nouveaux gisements.
Le même jour, le directeur général de la compagnie syrienne du pétrole, Youssef Qablawi, a déclaré à SANA que le mémorandum visait à augmenter la production et à tirer parti de l’expertise internationale.
Le 16 juin dernier, ce mémorandum s’est concrétisé par un contrat d’exécution portant sur le développement de plusieurs champs existants et l’augmentation de leur production.
Dans une déclaration à SANA le même jour, le ministre de l’Énergie, Mohammad al-Bachir, a indiqué que ce contrat constituait une étape importante dans le redéveloppement du secteur énergétique et dans la valorisation des ressources nationales et de l’expertise internationale.
Le directeur général de Novaterra Energy Syria, Jamil Akili, a affirmé dans des déclarations rapportées par SANA le 16 juin que les travaux seraient menés aux côtés des experts syriens afin de mettre en œuvre des technologies modernes et d’accélérer la production.
Partenariat saoudien : développement des champs et formation du personnel
Les entreprises saoudiennes ont fortement investi le secteur pétrolier et gazier syrien. Le 9 décembre 2025, la la compagnie syrienne du pétrole a signé des accords avec ADES, Taqa, ARGAS et Arabian Drilling portant sur le développement des champs pétroliers et gaziers, le forage et la maintenance des puits, les services géophysiques et la formation.
Youssef Qablawi a déclaré à SANA à cette date que l’accord avec ADES visait à augmenter de 25 % la production de gaz des champs existants au cours des six premiers mois, puis à atteindre une hausse de 50 %, avec la possibilité de créer environ 2 000 emplois pour des ingénieurs et techniciens syriens.
Le 3 juillet dernier, les travaux d’exécution du contrat avec ADES ont commencé. Le directeur général adjoint de la compagnie syrienne du pétrole, Walid al-Youssef, a indiqué à SANA que le projet comprenait un transfert de technologies et la formation des cadres nationaux, avec pour objectif de porter la production de gaz à environ 4 millions de mètres cubes par jour.
Exploration offshore : de nouvelles ressources potentielles
En 2026, la Syrie a ouvert un nouveau domaine d’investissement à travers l’exploration offshore. Le 4 février dernier, la compagnie syrienne du pétrole a signé un mémorandum d’entente avec Chevron et Power International portant sur l’investissement, l’exploration et la prospection de pétrole et de gaz dans les eaux territoriales syriennes.
Youssef Qablawi a déclaré à SANA le 4 février que ce mémorandum constituait une étape importante dans le domaine de l’exploration offshore et du développement des compétences techniques et d’ingénierie.
Le 10 avril 2026, Qablawi a annoncé que le site d’exploration offshore avait été déterminé en coopération avec Chevron et la société qatarie UCC, ouvrant la voie au lancement des opérations techniques.
Le 12 mai dernier, la coopération dans le domaine offshore s’est élargie avec la signature d’un mémorandum d’entente avec ConocoPhillips, TotalEnergies et QatarEnergy afin de réaliser les études techniques relatives au bloc offshore n° 3.
Pétrole : l’objectif de 200 000 barils par jour
Les plans prévoient également d’accroître la production pétrolière des champs existants. Le 4 août dernier, le directeur général de la compagnie syrienne du pétrole, Youssef Qablawi, et le directeur général de la société américaine HKN Energy, Mark Rollins, ont annoncé, lors d’une conférence de presse organisée dans les champs de Rmeilan, un plan visant à porter progressivement la production à environ 200 000 barils par jour.
Les infrastructures de transport, indispensables à l’augmentation de la production
L’augmentation de la production ne peut se faire sans la reconstruction du réseau de transport. Le 12 mars dernier, le directeur de l’administration de la région centrale chargée du transport du pétrole brut, Ali Qarnfal, a indiqué à SANA que les équipes de maintenance travaillaient à la réhabilitation de l’oléoduc de pétrole lourd reliant la centrale de Tell Adas, situé Rmeilan, à Homs, sur une longueur de 560 kilomètres, afin de faciliter l’acheminement du pétrole vers les raffineries de Homs et de Banias.
Le 23 juin dernier, Youssef Qablawi a examiné avec les sociétés émiraties ENOC et Horizon Terminals les possibilités de réhabilitation et de développement des oléoducs et des installations pétrolières.
Au cours du premier semestre de 2026, cinq kilomètres du gazoduc de Conoco ont également été réhabilités, tandis que des équipes syriennes ont remis en service des équipements pétroliers et des appareils de forage à la suite de travaux de maintenance réalisés grâce à l’expertise nationale.
Le 18 juillet dernier, la Syrie a signé des mémorandums d’entente avec l’Irak et un consortium d’entreprises internationales pour la réhabilitation de l’oléoduc Haditha-Baniyas, ouvrant la voie à la reprise du transport du pétrole irakien à travers le territoire syrien.
Le mémorandum prévoit une capacité initiale de transport pouvant atteindre deux millions de barils par jour, renforçant ainsi la possibilité pour la Syrie de devenir un corridor énergétique régional.
Les compétences syriennes, fondement de la durabilité
En dépit de l’importance des investissements étrangers, les compétences syriennes demeurent un élément essentiel de la réussite du secteur. Le 3 juillet dernier, Walid al-Youssef a souligné l’importance du transfert de compétences et de technologies modernes ainsi que de la formation du personnel national dans le cadre du contrat avec ADES. Le 16 juin, Jamil Akili avait également souligné la nécessité de travailler aux côtés des experts syriens.
La remise en service de l’appareil de forage « Uralmash 2 », le 9 juin dernier, après 15 jours de travaux de maintenance réalisés par des équipes nationales, illustre la capacité des compétences syriennes à réhabiliter et à exploiter les équipements.
Cette capacité contribue à réduire les coûts et à renforcer l’autonomie du secteur.
André Chatta