Damas, (SANA) En 2026, le système des paiements électroniques en Syrie connaît une transition accélérée, passant de la phase de préparation et de mise en place à celle de l’application effective, après plus de quinze années d’interruption de l’utilisation des cartes internationales dans le pays.
Des accords à la mise en service effective
Le processus de reconstruction d’un système moderne de l’e-paiement a commencé par une série d’accords et de mémorandums d’entente visant à mettre en place une infrastructure capable de répondre aux normes internationales.
Le 23 septembre 2025, la Banque centrale de Syrie a annoncé la signature d’un mémorandum d’entente avec Mastercard afin de coopérer au développement de l’infrastructure des systèmes de paiement numérique en Syrie, d’échanger des expertises et de renforcer l’inclusion financière.
La Banque centrale a précisé que ce partenariat visait à élargir l’accès aux services financiers, à renforcer l’intégration entre les banques et les institutions financières, ainsi qu’à assurer le transfert de connaissances, la formation technique et le développement d’une expertise locale dans les domaines des paiements numériques et des technologies financières.
Le 4 décembre 2025, la Banque centrale de Syrie a également annoncé la conclusion d’un accord de partenariat avec Visa pour mettre en œuvre une feuille de route stratégique destinée à accélérer l’intégration de la Syrie dans l’économie numérique mondiale.
La première phase s’est concentrée sur la mise en place d’une infrastructure de paiement solide et sécurisée, comprenant l’émission de cartes de paiement et l’activation de portefeuilles numériques selon les normes internationales, ainsi que la possibilité pour les commerçants d’accepter les paiements à l’aide de technologies telles que Tap to Phone et les codes QR.
Mastercard : le retour de la Syrie dans le réseau mondial des paiements
La mise en œuvre du partenariat avec Mastercard s’est poursuivie en 2026. Le 7 mai dernier, l’entreprise a annoncé avoir achevé les préparatifs techniques nécessaires au traitement des transactions effectuées avec des cartes bancaires internationales en Syrie.
Cette étape, la première du genre depuis plus de quinze ans, ouvre la voie à la reconnexion du marché syrien au réseau mondial des paiements.
Cette disponibilité technique a permis d’effectuer des transactions sur des terminaux de paiement avec des cartes Mastercard émises à l’étranger et de relier les institutions financières locales au réseau mondial, contribuant ainsi à la modernisation du secteur bancaire, au développement du système national de paiement et au renforcement de l’inclusion financière.
Le 27 août 2026, cette disponibilité s’est concrétisée lorsque le gouverneur de la Banque centrale de Syrie, Safwat Reslan, a effectué le premier paiement avec une carte Mastercard après plus de quinze années d’interruption.
L’opération a été réalisée en coopération entre la Banque centrale de Syrie, le groupe QNB Syrie et Mastercard, à l’occasion d’un achat dans un commerce local. Il s’agissait de la première mise en œuvre effective du service d’acceptation des paiements internationaux.
Reslan a souligné que cette étape constituait un pas important dans la modernisation du système de paiement en Syrie et qu’elle ouvrait la voie à une extension progressive de l’acceptation des cartes internationales ainsi qu’à une diversification des moyens de paiement, de manière à soutenir l’activité commerciale et économique et à renforcer le recours aux canaux de paiement officiels et électroniques.
Visa : de la feuille de route au premier paiement
Parallèlement au processus engagé avec Mastercard, la Banque centrale de Syrie a travaillé avec Visa pour passer de la phase des accords et de la planification à celle de la mise en œuvre concrète.
Le 13 février dernier, Visa a organisé deux ateliers de travail en Syrie pour soutenir les efforts visant à développer les services de paiement électronique et à renforcer la disponibilité du secteur bancaire.
L’entreprise a organisé un atelier avec plusieurs banques syriennes afin de présenter ses services et leurs mécanismes de mise en œuvre, tandis qu’un autre atelier, tenu avec la Banque centrale de Syrie, a porté sur les étapes pratiques nécessaires au lancement des services de paiement électronique, avec l’annonce de l’ouverture prochaine des activités de Visa en Syrie.
Environ six mois plus tard, le 27 août 2026, une nouvelle étape concrète a été franchie le lendemain de la levée de la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme, lorsque le président Ahmad al-Charaa a effectué le premier paiement électronique avec une carte Visa, marquant le début de l’utilisation effective des moyens de paiement électronique en Syrie.
Diversifier les moyens de paiement : une nécessité pour l’économie syrienne
L’importance de l’entrée de Visa et Mastercard sur le marché syrien ne se limite pas à la possibilité d’utiliser des cartes internationales. Elle est également liée à la construction d’un système financier plus diversifié et mieux à même de répondre aux besoins des particuliers, des entreprises, du commerce et de l’investissement.
Dans ce contexte, le professeur de finance et de banque à la faculté d’économie de l’Université de Hama, Dr Abdel Rahman Mohammad, a estimé dans une déclaration à l’agence SANA que les paiements numériques peuvent contribuer à atténuer une partie de la crise de liquidités en réduisant la nécessité de manipuler d’importantes quantités de billets de banque et en diminuant la pression sur les retraits effectués auprès des banques et des distributeurs automatiques.
Il également précisé que les e-paiements renforcent la sécurité des virements, réduisent les risques relatifs au transport d’argent liquide, facilitent la réception des transferts de fonds et élargissent l’inclusion financière, notamment au bénéfice des catégories de population qui ne disposent pas de comptes bancaires ou qui vivent dans des zones insuffisamment desservies par les services bancaires.
Les portefeuilles électroniques : le maillon complémentaire
La transformation numérique ne se limite pas aux cartes internationales. La Syrie s’oriente également vers le développement des portefeuilles électroniques, considérés comme un moyen de paiement et de transfert susceptible de toucher des catégories plus larges de la population.
Le 13 juillet dernier, le professeur de finance et de banque Dr Abdel Rahman Mohammad a expliqué qu’un portefeuille électronique permet de conserver un solde financier sur un téléphone, d’effectuer des paiements et des transferts, de recevoir de l’argent, de régler des factures et d’acheter en ligne, faisant ainsi du téléphone un outil financier intégré.
Une infrastructure numérique plus large
Le développement du secteur bancaire s’inscrit parallèlement dans le cadre des efforts du ministère des Télécoms et des Technologies de l’information visant à moderniser l’environnement numérique en Syrie.
Le 11 février dernier, le ministère a signé un accord de coopération avec Mastercard Moyen-Orient et Afrique pour renforcer les infrastructures numériques et financières, soutenir l’innovation et les technologies financières, développer les compétences et les talents et encourager l’entrepreneuriat.
Le ministre des Télécoms et des Technologies de l’information, Abdel Salam Haykal, a souligné que l’infrastructure numérique ne se limitait pas aux câbles et aux centres de données, mais comprenait également les législations, les réglementations et les pratiques permettant de créer un environnement plus favorable aux affaires et aux transactions.
De son côté, Adam Jones, président régional de Mastercard pour l’ouest du monde arabe, a indiqué que cette coopération visait à permettre aux particuliers et aux entreprises de participer à l’économie numérique, tout en soutenant les objectifs de développement national, la croissance durable et l’élargissement de l’accès aux services financiers.
Du mémorandum d’entente signé avec Mastercard le 23 septembre 2025 à la feuille de route conclue avec Visa le 4 décembre 2025, en passant par les ateliers de disponibilité technique en février, l’achèvement de la préparation de Mastercard en mai, puis les deux premiers paiements effectifs effectués avec Visa et Mastercard le 27 août 2026, la Syrie a clairement franchi plusieurs étapes, passant de la planification à la mise en œuvre.
André Chatta