Damas, (SANA) Le secteur textile syrien retrouve progressivement son statut de l’un des principaux piliers de l’économie nationale. Cette dynamique est soutenue par la relance de la culture du coton, l’élargissement des investissements et le lancement de projets destinés à moderniser les industries textiles.
L’inauguration par le président de la République, Ahmad al-Charaa, du Salon international du textile de Syrie « NASTEX 2026 » illustre la détermination des autorités à reconstituer l’ensemble de la chaîne de valeur de cette filière.
Un secteur historique qui retrouve son rôle dans l’économie nationale
L’histoire de la Syrie est étroitement liée à l’industrie textile, qui a fait la renommée de Damas et d’Alep sur les marchés internationaux grâce à des produits emblématiques tels que le brocart, le damas et les étoffes de coton de haute qualité. Pendant des décennies, cette industrie a constitué l’un des principaux moteurs de l’emploi et des exportations.
À l’heure où le pays entre dans une phase de reprise économique, le textile apparaît comme une filière intégrée couvrant toutes les étapes de la production : de la culture du coton aux usines d’égrenage, de filature et de tissage, jusqu’aux industries de transformation, à la confection et à l’exportation.
Le président al-Charaa : Le textile fait partie de l’identité de la Syrie
A l’ouverture de NASTEX 2026, le président Ahmad al-Charaa a souligné que l’industrie textile n’était pas seulement une activité économique, mais un élément constitutif de l’histoire et de l’identité syriennes.
« À travers les siècles, les tissus syriens ont été les ambassadeurs de la civilisation syrienne dans le monde entier, contribuant à l’extension du commerce et au développement de l’économie », a-t-il déclaré.

Le président al-Charaa a estimé que la renaissance de cette industrie marquait un nouveau départ dans la lutte contre la pauvreté, dans le renforcement du développement et de la reconstruction, ainsi que dans le retour de la Syrie à sa place de centre d’innovation, d’industrie et de main-d’œuvre qualifiée.
Il a également établi un lien entre la reprise économique et la stabilité, affirmant que la Syrie « tisse son avenir » en consolidant parallèlement la paix civile, l’unité nationale, une diplomatie équilibrée et la croissance économique.
« NASTEX 2026 », une plateforme pour une nouvelle étape
Le Salon international du textile de Syrie « NASTEX 2026 », qui réunit plus de 300 entreprises représentant plus de vingt pays, témoigne de l’intérêt croissant des acteurs régionaux et internationaux pour le marché syrien.
Le salon rassemble l’ensemble des maillons de la filière textile, des matières premières, fils et tissus jusqu’aux machines, aux technologies industrielles de pointe et aux solutions de transformation numérique.
La participation de nombreuses entreprises arabes, notamment d’Égypte, des Émirats arabes unis et du Liban, reflète leur détermination à développer leurs partenariats avec le marché syrien. Leurs représentants ont souligné que le salon constitue une plateforme privilégiée pour le transfert de savoir-faire, l’exposition des technologies les plus récentes et l’ouverture de nouvelles perspectives d’investissement et de coopération industrielle, favorisant ainsi le retour du textile syrien sur les marchés régionaux.

Wael Al-Rihani, représentant d’une entreprise égyptienne, a indiqué à SANA que la participation de son entreprise vise à exposer ses produits, notamment ses mousses à mémoire de forme (memory foam) et son latex naturel, tout en promouvant leur utilisation sur le marché syrien. Il a précisé que le salon représente une opportunité de lancer officiellement les activités de l’entreprise en Syrie et d’y exposer ses dernières innovations.

De son côté, Naya Zaza, représentante d’une société émiratie, a précisé qu’il s’agissait de la première participation de son entreprise à NASTEX. Elle a indiqué que celle-ci souhaitait mettre son expérience dans le domaine de l’ameublement au service du marché syrien, faire connaître les produits qu’elle commercialise à l’international et contribuer au soutien de l’économie ainsi qu’à l’encouragement des investissements.
L’ambition de faire de la Syrie un pôle régional du textile
Dans ce contexte, le ministre de l’Économie et de l’Industrie, Nidal al-Chaar, a affirmé que le gouvernement ambitionne de faire de la Syrie un centre régional de l’industrie textile au cours des dix prochaines années, en s’appuyant sur les nombreux atouts du pays, notamment la qualité du coton syrien, le savoir-faire accumulé au fil des décennies et sa position géographique.
Selon le ministre al-Chaar, la production annuelle potentielle de coton syrien se situe entre 300 000 et 400 000 tonnes, un volume suffisant pour répondre à la demande du marché intérieur tout en permettant l’expansion de l’industrie textile et le renforcement de ses capacités d’exportation.
Le coton syrien, des variétés de grande qualité
Le développement de la culture du coton constitue l’un des principaux axes de la reconstruction de la filière textile. L’Autorité générale de la recherche scientifique agricole est parvenue à développer six variétés nationales homologuées : Raqqa 5, Deir Ezzor 22, Alep 90, Alep 118, Coton 1 et Alep 124, adaptées aux caractéristiques environnementales des principales régions productrices.
Ces variétés se distinguent par leur rendement élevé, la qualité supérieure de leurs fibres, leur maturité plus précoce ainsi que leur résistance au stress thermique et hydrique, aux maladies et aux ravageurs. Elles apparaissent ainsi mieux adaptées aux effets du changement climatique et garantissent un approvisionnement en matière première de haute qualité pour les filatures et les tissages, renforçant la compétitivité des produits syriens sur les marchés internationaux.
Une campagne plus prometteuse après une année difficile
Alors que la saison précédente avait été fortement pénalisée par la sécheresse et le déficit pluviométrique, les perspectives de la saison en cours apparaissent plus favorables grâce à l’amélioration des précipitations, à l’extension des surfaces cultivées en variétés locales améliorées et à l’adoption de pratiques agricoles plus modernes en matière d’irrigation, de fertilisation et de lutte intégrée contre les ravageurs.
Ces perspectives rejoignent les évaluations des organisations internationales. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) estiment en effet que l’investissement dans l’agriculture, en particulier dans les cultures stratégiques, constitue un pilier essentiel de la reprise économique de la Syrie.

André Chatta