Paris, (SANA) Alors que les répercussions de la guerre au Moyen‑Orient s’intensifient sur les marchés de l’énergie et de la finance, les réunions des ministres des Finances du G7 à Paris prennent des allures de véritable salle d’opérations économiques internationales. L’objectif est d’empêcher la crise de se propager du détroit d’Ormuz à l’ensemble de l’économie mondiale, au moment où les effets du conflit commencent déjà à frapper les prix du pétrole, les marchés obligataires et les chaînes d’approvisionnement, ravivant le spectre de l’inflation et de la récession.
Les réunions de ce lundi interviennent dans un contexte d’extrême sensibilité, marqué par la persistance des perturbations dans le détroit d’Ormuz, la flambée des prix du pétrole au‑delà de 110 dollars le baril, ainsi qu’une vaste vague de ventes sur les marchés obligataires mondiaux, qui a propulsé les rendements américains, japonais et européens à leurs plus hauts niveaux depuis des années.
Ormuz au cœur des discussions
Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, a affirmé que la guerre et le blocus imposé au détroit d’Ormuz constituent une menace grave pour l’économie mondiale, estimant que le G7 représente le forum approprié pour examiner les moyens de mettre fin durablement à la crise.
Participent aux réunions, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des grandes économies industrielles, avec un accent particulier sur les répercussions du conflit américano‑israélo‑iranien et son impact sur l’inflation mondiale, les prix de l’énergie et le commerce international.
Le commissaire européen aux Affaires économiques, Valdis Dombrovskis, a également insisté sur la nécessité de rouvrir le détroit d’Ormuz dans les plus brefs délais, avertissant que la poursuite des perturbations maritimes accentuerait encore les pressions sur l’économie mondiale.
Le G7 regroupe les États‑Unis, le Canada, le Royaume‑Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie et le Japon, avec la participation permanente de l’Union européenne.
Craintes d’une nouvelle vague inflationniste
Les gouvernements occidentaux redoutent que la poursuite de la hausse des prix du pétrole ne compromette les efforts déployés par les banques centrales au cours des deux dernières années pour contenir l’inflation, d’autant que les marchés recommencent à intégrer la possibilité de nouvelles hausses des taux directeurs.
Selon l’outil « FedWatch », la probabilité que la Réserve fédérale américaine relève ses taux avant la fin de l’année dépasse désormais 50 %, tandis que les marchés anticipent des mesures similaires de la Banque centrale européenne et de la Banque d’Angleterre.
Des divergences au sein du G7
Malgré un consensus sur la gravité de la situation, les réunions révèlent des divergences notables au sein du G7 quant à la manière de gérer la crise. Les États‑Unis poussent à renforcer les pressions économiques sur l’Iran : le secrétaire américain au Trésor, Scott Besant, a annoncé son intention d’appeler le groupe à adopter un régime de sanctions élargi pour empêcher le financement de la machine de guerre iranienne .
Les pays européens, en revanche, semblent davantage concentrés sur la maîtrise des retombées économiques et la prévention d’un glissement vers une récession généralisée, dans un contexte déjà marqué par de fortes pressions inflationnistes.
Le Japon apparaît particulièrement préoccupé par les turbulences sur les marchés obligataires et de la dette, après des informations évoquant l’intention du gouvernement d’émettre de nouveaux instruments d’endettement pour financer des mesures de soutien économique liées aux conséquences de la guerre.
Le ministre français des Finances, Roland Lescure, a déclaré que l’économie mondiale fait face à des déséquilibres non durables », évoquant la surconsommation américaine, la faiblesse de la consommation en Chine et le recul de l’investissement en Europe — autant de facteurs qui rendent l’économie mondiale plus vulnérable aux chocs géopolitiques.
Métaux rares et chaînes d’approvisionnement
L’agenda du G7 ne se limite pas au pétrole et à l’inflation ; il inclut également le dossier des métaux rares et des terres rares stratégiques, alors que les pays occidentaux cherchent à réduire leur dépendance vis‑à‑vis de la Chine dans les chaînes d’approvisionnement essentielles.
La France a confirmé que les grandes puissances industrielles examinent des mécanismes communs pour surveiller les marchés et sécuriser des sources alternatives pour les métaux indispensables aux industries de la défense, de la technologie et des énergies renouvelables.
Cette démarche intervient dans un contexte de perturbations croissantes des chaînes d’approvisionnement mondiales, dues à la hausse des coûts du transport maritime et de l’énergie, ainsi qu’à la désorganisation de certaines routes commerciales liées au Moyen‑Orient.
Le monde face à une nouvelle épreuve économique
Avec la flambée des prix du pétrole, l’escalade des tensions géopolitiques et le retour des craintes inflationnistes, le G7 semble confronté à l’un de ses défis économiques les plus difficiles depuis des années.
Et tandis que les grandes puissances tentent d’éviter un nouvel effondrement des marchés, l’avenir de l’économie mondiale reste largement tributaire du sort du détroit d’Ormuz, qui est passé d’un simple corridor énergétique à un nœud stratégique dictant le rythme de l’économie internationale.
AM.