Damas, (SANA) Les récents entretiens syro‑ukrainiens, tenus dimanche dernier à Damas, reflètent une importance croissante accordée au développement des relations économiques entre les deux pays, dans un contexte où la Syrie cherche à diversifier ses partenariats et à renforcer la stabilité de son économie.
Cette coopération apparaît comme une option stratégique pour soutenir la sécurité alimentaire, élargir les échanges commerciaux et attirer des investissements susceptibles de satisfaire les besoins du marché syrien, tout en appuyant les efforts de relance et de reconstruction dans la période à venir.
Plans de relance et de reconstruction
L’économiste Dr Samer Rahal a déclaré au correspondant de SANA que la phase actuelle exige l’élargissement du réseau de relations économiques de la Syrie avec les pays amis, afin de soutenir les plans de relance et de reconstruction et de renforcer la capacité de l’économie nationale à faire face aux défis liés à la production, à l’énergie et à l’approvisionnement alimentaire.
Selon Rahal, l’Ukraine constitue un partenaire stratégique majeur pour la Syrie dans le domaine de la sécurité alimentaire, étant l’un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux de blé. Cette coopération permettrait à la Syrie de diversifier ses sources d’importation et de réduire les risques liés à la dépendance envers un seul fournisseur.
Il a rappelé que la Syrie a besoin chaque année de 2,5 à 3 millions de tonnes de blé pour couvrir la consommation locale, alors que la production nationale ne dépasse pas 1,2 million de tonnes dans les meilleures années. Cela crée un déficit important nécessitant des sources d’approvisionnement stables, d’autant plus que l’Ukraine a récolté près de 23 millions de tonnes de blé en 2025 et exporté 9,6 millions de tonnes depuis le début de l’année.
Réhabilitation des infrastructures et amélioration de l’efficacité énergétique
Rahal a souligné que le secteur de l’énergie représente l’un des principaux défis pour l’économie syrienne. La coopération avec l’Ukraine pourrait contribuer à l’échange d’expertises dans la gestion des crises énergétiques, la réhabilitation des infrastructures et l’amélioration de l’efficacité de la consommation, ce qui soutiendrait la stabilité des secteurs productifs et des services.
Concernant le secteur du phosphate, il a insisté sur l’importance de développer cette ressource en passant de l’exportation de matières premières à une production industrialisée à plus forte valeur ajoutée, en tirant parti de l’expérience industrielle ukrainienne.
Rahal a ajouté que pour obtenir des résultats concrets, tout processus d’ouverture économique doit s’accompagner de plans d’exécution clairs et de mécanismes de suivi rigoureux, garantissant la transformation des accords et des mémorandums en projets productifs et investissements réels, capables de renforcer le développement, de créer des emplois et de soutenir la reprise économique.
Soutien au marché syrien
En parallèle à l’importance des partenariats extérieurs, la nécessité de renforcer la production locale demeure essentielle. L’expert agricole Akram Afif a indiqué que l’Ukraine est riche en ressources agricoles, notamment en blé et en matières fourragères. Il a rappelé que la Syrie assurait autrefois son autosuffisance en blé et exportait même les excédents, mais qu’elle a aujourd’hui besoin de renforcer ses ressources agricoles et d’améliorer la gestion de sa production.
Afif a souligné que l’ouverture économique vers l’Ukraine offre des opportunités importantes pour soutenir le marché syrien, en particulier dans le secteur des fourrages, pilier essentiel de la production animale. La baisse des approvisionnements en fourrages a auparavant entraîné une hausse des prix de la viande et du lait, provoquant des pertes chez les éleveurs.
Une meilleure gestion des ressources
Il a ajouté que la Syrie doit améliorer la gestion de ses ressources dans les différents secteurs agricoles et productifs afin d’augmenter l’efficacité de la production locale. Il a insisté sur l’importance de bénéficier de l’expertise ukrainienne dans le développement de semences et de variétés agricoles à haut rendement, ainsi que dans l’amélioration des variétés locales pour les adapter aux changements climatiques, dans une approche combinant renforcement de la production nationale et recours aux technologies importées.
Afif a affirmé que le renforcement des relations commerciales et des investissements entre les deux pays contribuerait à soutenir la sécurité alimentaire, stabiliser les prix et développer les secteurs végétal et animal, avec un impact positif sur l’économie nationale.
Les relations syro‑ukrainiennes avaient atteint avant 2011 un niveau avancé de coopération commerciale, l’Ukraine étant l’un des principaux partenaires de la Syrie dans les domaines des céréales, de l’acier, du fer et des équipements lourds. Les échanges étaient alors marqués par leur dynamisme et leur diversité.
Les discussions tenues dimanche dernier entre la Syrie et l’Ukraine ont porté sur les moyens de renforcer les relations bilatérales et la coopération économique, ainsi que sur l’importance de sécuriser les chaînes d’approvisionnement alimentaire dans un contexte international tendu.
AM.