Damas, (SANA) Dans le souk des artisans à Hama, un rythme répétitif s’échappe d’un vieux métier à tisser en bois. Derrière lui est assis l’artisan Mohsen Dbeik, qui fait glisser ses mains avec légèreté entre les fils de coton colorés suspendus comme les nerfs du temps lui‑même. Ses yeux ne surveillent pas seulement le métier : ils ravivent aussi les visages de ceux qui ont traversé cette profession jadis, maîtres, ouvriers et marchés.
Lors de sa participation au Festival du village syrien à Damas, Dbeik déclare à SANA : “Dans les années 1950, Hama comptait environ 3 500 métiers à tisser manuels, et chaque maître travaillait avec plusieurs ouvriers. Aujourd’hui, seuls deux artisans préservent encore cette profession”.

Dbeik a hérité cet art de son père dès sa petite enfance, lorsqu’il l’accompagnait à l’atelier et observait le mouvement des mains et des pieds sur le métier traditionnel creusé dans le sol. Peu à peu, l’observation est devenue passion, puis une profession qui s’est attachée à son cœur avant ses mains ».
Le parcours de fabrication de la pièce
L’artisan sexagénaire ne se contente pas de tisser : il assure lui‑même toutes les étapes de production, depuis les fils de coton provenant des filatures nationales jusqu’à la broderie finale à l’aiguille et au fil métallique.
Malgré son attachement à l’identité traditionnelle du métier, Dbeik cherche à développer ses produits pour suivre l’évolution des goûts. Il a ainsi ajouté, aux burnous et serviettes, de nouvelles pièces comme les draps de bain, les chemises en soie et les jellabas brodées, profitant de sa longue expérience dans l’alliance entre savoir‑faire traditionnel et touches modernes ».
Un métier qui résiste aux défis
Son expérience ne s’est pas limitée au marché local de Hama : dans les années 1980, les produits de Dbeik ont atteint de grands hôtels à Damas et Alep, après l’exécution de commandes spéciales pour des établissements réputés, ce qui a donné à ce métier une large présence sur le marché syrien à l’époque.
Mais les années de guerre ont laissé de lourdes traces sur les artisans et leurs marchés : la demande a fortement reculé, et beaucoup d’habitants de la ville ignorent désormais l’existence de ces métiers traditionnels dans le souk des professions manuelles à Hama.

Dbeik indique : “En 2009 et 2010, le marché était bondé de visiteurs. Aujourd’hui, beaucoup de gens y entrent pour la première fois et ne savent rien de ces métiers”.
Malgré cela, Dbeik reste attaché à son métier à tisser et continue chaque jour de travailler parmi les fils et les couleurs, animé par la conviction profonde que préserver cette profession est une responsabilité pour sauvegarder le patrimoine.
Transmettre le métier aux nouvelles générations
L’artisan Dbeik ne s’est pas limité à pratiquer le métier et à l’enseigner à ses enfants : il s’efforce de le transmettre à la nouvelle génération en formant plusieurs jeunes hommes et femmes. Cependant, les conditions économiques et la difficulté d’obtenir les matières premières, notamment le fil de coton national, ont poussé beaucoup d’entre eux à abandonner le métier pour se tourner vers d’autres activités.
Dbeik affirme que le principal défi auquel les artisans sont confrontés aujourd’hui réside dans l’approvisionnement en fils et dans le soutien nécessaire à la survie de ces industries patrimoniales. Il ajoute : “Nous ne demandons que le soutien des matières essentielles pour que ce métier continue d’exister”.


mch