Damas (SANA) Dans le cadre d’un événement organisé par le ministère de la Culture pour commémorer l’histoire circassienne, le court métrage documentaire « Le Premier Retour » a été projeté ce dimanche, suivi d’un débat approfondi sur ses thèmes principaux et la perspective visuelle et humaniste qu’il offre sur la communauté circassienne en Syrie et dans le monde.
Le film, qui dure trente minutes et porte une empreinte syro circassienne claire, est réalisé par le journaliste Amjad Al Sari, avec la journaliste Sara Abadi chargée de la préparation et de la recherche.
Les premières scènes ont été tournées en Turquie pendant la période de déplacement forcé, puis le projet a été finalisé après la chute de l’ancien régime, offrant un récit visuel qui documente un parcours marqué par la souffrance et la résilience.
Le film comprend des témoignages directs, notamment celui d’un déplacé du Golan d’origine circassienne qui raconte les débuts de la révolution syrienne en 2011 et son exil forcé avec sa famille vers la Turquie, par crainte des brutalités de l’ancien régime.
Il a évoqué la difficulté de reconstruire sa vie et le rôle essentiel de la communauté circassienne dans son soutien.
Le film montre également des scènes de son retour sur les marchés de Damas après la libération, suivant la joie des Syriens.
Coutumes, traditions et mémoire culturelle
Ce film explore différents aspects de coutumes et traditions circassiennes, notamment la cuisine traditionnelle comme les pâtisseries fourrées au fromage circassien, ainsi que les rituels sociaux liés aux fêtes et aux événements spéciaux.
Il met également en lumière des coutumes disparues, telles que la tradition du chevalier « enlevant la jeune fille à cheval » dans les mariages autrefois.
Le film montre le symbolisme des femmes dans la culture circassienne, perçues comme un symbole de paix : leur présence, par respect pour elles, peut apaiser les conflits.
Il met également en relief la statue d’une femme circassienne érigée au premier point d’entrée des Circassiens en Turquie en 1864, un lieu de recueillement annuel où se commémorent leur déplacement forcé.
Lecture sur l’identité, le déplacement et la mémoire
La séance de discussion, présidée par Dana Saqbani, a été marquée par un débat approfondi autour de l’histoire complexe des Circassiens et de leurs souffrances à travers le temps, avec un accent particulier sur l’expérience des Circassiens syriens durant la révolution syrienne et les vagues d’exil et de dispersion qui ont suivi.
L’équipe de production a évoqué ses motivations pour la réalisation du film, expliquant comment celui-ci, initialement conçu comme un projet de fin d’études universitaires à budget limité, s’est transformé en un document culturel porteur de mémoire collective. Le réalisateur a précisé que le travail a débuté en 2023 dans une université turque, confrontée à des difficultés liées à la rareté des ressources et à l’accès complexe aux archives.
Par la suite, la première version a été enrichie d’images générées par intelligence artificielle afin de pallier les lacunes visuelles et de donner une nouvelle dimension à la mémoire circassienne.
L’identité circassienne : résilience et préservation de la mémoire
La discussion a porté sur l’importance de l’identité circassienne et sa résilience face aux vagues successives de déplacement de population, depuis les déplacements du Caucase au XIXe siècle jusqu’aux déplacements imposés par les pratiques du régime déchu.
Les participants ont souligné que la révolution syrienne avait ouvert une nouvelle ère de rapprochement entre les composantes de la société syrienne. En effet, les Syriens, exilés, ont pu se redécouvrir et prendre connaissance de cultures jusque-là insuffisamment présentes dans la conscience collective.
À l’issue de la discussion, les participants ont souligné que le film vise non seulement à relater les souffrances des Circassiens, mais aussi à promouvoir la compréhension entre les différentes communautés syriennes et à mettre en lumière la richesse culturelle et intellectuelle de la société syrienne, considérant la diversité comme une source de force et la reconnaissant comme une condition préalable à la construction d’un avenir meilleur.
wh/ L.a