Lattaquié, (SANA) Dans un monde où les artistes se tournent naturellement vers la toile ou le papier, l’artiste syrien Zain Rehan a choisi une voie singulière : transformer des pierres en espaces vibrants, chargés d’émotion et de vie. Sous sa marque « Zain Rehan Art », il développe une relation presque spirituelle avec la pierre, qu’il métamorphose d’un matériau brut en support d’histoires humaines.
Début d’une passion…Du bord de mer à l’univers des couleurs
La rencontre de Zain avec cet art remonte à environ trois ans, née d’un hasard total. Alors qu’il marchait sur une plage, la douceur d’un galet et sa forme particulière ont attiré son regard. Il comprend alors que la pierre n’est pas seulement un objet solide, mais un fragment de nature porteur d’une âme. Cette découverte devient le point de départ d’une passion durable.
Autodidacte, Zain n’a suivi aucun cours spécialisé : son apprentissage repose sur l’expérimentation, la pratique et la recherche continue. Chaque erreur, chaque nouvelle pierre tenue en main contribue à affiner son style et à lui donner maturité et maîtrise.

Une technique minutieuse… Quand le pinceau dialogue avec la roche
Peindre sur pierre ne répond à aucune règle fixe : cela exige une compréhension intime du matériau. Zain privilégie les pierres calcaires lisses, qui absorbent bien les couleurs et offrent une surface propice aux détails.
Il commence par laver soigneusement la pierre, la laisse sécher, puis applique parfois une couche de base avant d’utiliser des peintures acryliques pour leur résistance, des pinceaux de tailles variées pour les détails et des crayons souples pour les esquisses
Pour protéger l’œuvre, il termine par un vernis transparent qui préserve les couleurs de l’humidité et des rayures.
Chaque type de pierre – poreuse ou lisse – impose une technique et un nombre de couches différents

Des œuvres qui palpitent de vie… Nature et humanité en sources d’inspiration
Le style de Zain s’inscrit dans un réalisme simplifié, teinté d’une dimension onirique. Son objectif n’est pas de reproduire une image, mais de transmettre une émotion. Ses sujets s’inspirent de la nature, des relations humaines chaleureuses comme la maternité, de la sérénité des couchers de soleil ou encore du monde animal.
Pour lui, chaque pierre possède une mémoire et une forme propres : le défi consiste à utiliser cette irrégularité pour servir l’idée artistique, et non la subir. Cette interaction entre la matière et le sujet confère à chaque œuvre une singularité impossible à reproduire.
Patience et précision dans un espace réduit
Cet art exige une grande patience. Une seule pièce peut nécessiter plusieurs heures, voire une journée entière, en raison des couches successives et du temps de séchage. La précision sur une surface réduite constitue un défi technique, auquel s’ajoute le risque de casse.

Zain accueille ces aléas avec philosophie : si la pierre se brise, il tente de la réutiliser ou recommence, fort de l’expérience acquise.
Un regard tourné vers l’avenir .. L’art comme message, pas seulement comme artisanat
Comme de nombreux artisans, Zain fait face à des défis de visibilité, notamment en l’absence d’un atelier ou d’une galerie. Il s’appuie donc sur les réseaux sociaux pour présenter son travail et toucher un public plus large.
Son ambition reste intacte : il continue d’explorer de nouvelles techniques, de s’inspirer d’autres artistes et d’expérimenter. Aux débutants, il conseille de ne pas craindre l’erreur et de cultiver la patience. La pierre peut sembler difficile au premier abord, dit-il, mais la persévérance en fait un terrain d’expression exceptionnel.
Par son approche sensible et son travail minutieux, Zain Rehan illustre la capacité de l’art à transformer le simple en extraordinaire, rappelant que la beauté se niche souvent dans les lieux les plus inattendus.



Iman Alzuheiri /M.Ch.