Damas, (SANA) Le Salon international du livre de Damas, dans son édition exceptionnelle actuelle, a marqué le retour de maisons d’édition et d’ouvrages longtemps interdits sous le régime déchu, au milieu d’un grand afflux public de lecteurs qui ont trouvé dans le Salon l’occasion de découvrir des titres qui étaientr inaccessibles pendant des décennies.
Des ouvrages absents depuis 1963
Dr Ataf Namous, directeur de la maison d’édition « Zoqaq », autrefois interdite, a précisé à SANA que la société syrienne a soif des livres qui en ont été interdits depuis longtemps. Beaucoup d’entre eux n’étaient pas entrés dans le pays depuis près de 63 ans, alors que le régime déchu jugeait les citoyens simplement pour les avoir lus.

« La censure se contentait parfois à examiner les titres sans lire les contenus : certains sont bloqués, d’autres autorisés. Des ouvrages ont été interdits uniquement à cause de leurs titres, bien que leur contenu ne contredise pas les politiques de publication imposées », a-t-il précisé.
Namous a rappelé l’exemple du roman « Le Moulin des démons », qui est entré en Syrie en 1993 à la suite de l’admission du ministère de l’Information et de la Bibliothèque nationale, présenté comme une œuvre littéraire.
En réalité, le livre décrivait de manière symbolique le massacre de Hama et les crimes commis par Hafez et Rifaat al‑Assad, ce qui entraîna l’arrestation de tous les responsables ayant vu le roman sans le lire.
Selon lui, l’objectif principal de cette politique d’interdiction suivie par le régime déchu était un obscurantisme systématique : alors que ces ouvrages circulaient dans le monde, ils ne pouvaient pas franchir les frontières syriennes, bloqués pour un simple titre, une idée ou le nom de leur auteur.
Les livres kurdes présents après des décennies d’oppression culturelle
Mohammad Suleiman, coordinateur du pavillon kurde, a expliqué que le régime déchu interdisait de nombreux ouvrages, notamment liés à la langue et à l’identité kurdes, soulignant que depuis 1958 et jusqu’à la fuite de Bachar al‑Assad, il était interdit d’imprimer des livres en kurde ou d’enseigner cette langue dans les écoles.

Les publications kurdes paraissaient clandestinement et se distribuaient dans des caves, tandis que la participation aux activités culturelles sous le nom kurde était interdite.
Aujourd’hui, les pavillons du salon s’ornent de livres patrimoniaux, historiques, littéraires et artistiques. Suleiman y voit « un nouveau jour » après des décennies d’oppression culturelle.
Le retour des livres à leur terre
Pour Jalal al‑Tawil, représentant des maisons « Al‑Multaqa » et « La Pensée libre », le retour des livres sur leur terre et leur accès au citoyen syrien revêt une importance majeure. Certaines maisons furent interdites au cours des dernières décennies, y compris durant les années de la révolution. « La Pensée libre » avait été fermée en 2017 à la suite d’un rapport sécuritaire, pour avoir publié à l’étranger des ouvrages opposés à l’ancien régime.
Quant à « Al‑Multaqa », son directeur fut emprisonné après la publication de brochures dénonçant l’injustice.
Al‑Tawil a déclaré que la liberté est un pilier angulaire pour bâtir une société saine, et que le retour des livres autrefois interdits permet aux Syriens de retrouver une richesse intellectuelle dont ils ont été privés trop longtemps.
Les ouvrages intellectuels et islamiques
L’avocat Imad al‑Naddaf, visiteur du salon, a souligné que de nombreux livres intellectuels et islamiques étaient interdits, et que les lecteurs ne trouvaient parfois que des pages arrachées, alors que la lecture devrait être la base de la connaissance. L’accès à l’information était difficile, mais il est désormais possible de consulter ces ouvrages autrefois bannis.

Ainsi, cette édition exceptionnelle du Salon du livre offre aux visiteurs et aux lecteurs la possibilité d’accéder à des ouvrages censurés pendant cinq décennies de règne de l’ancien régime, victimes d’une censure arbitraire, la Syrie marque clairement son entrée dans une ère de culture libre.







R.S./L.Arafi