Raqqa, (SANA) Situé sur les rives de l’Euphrate, le Musée archéologique de Raqqa offre une fenêtre sur des milliers d’années d’histoire humaine. Depuis ses débuts en tant que bâtiment administratif ottoman en 1861 jusqu’à son rôle actuel de haut lieu culturel, le musée abrite des pièces allant du VIIᵉ millénaire av. J.-C. à la période islamique médiévale.
Du siège ottoman au repère culturel
Selon la plaque historique du musée, l’édifice fut construit en 1861 comme saray, siège administratif sous la domination ottomane.
Il faisait partie du réseau de gouvernance locale de Raqqa. Durant le mandat français (1924–1928), la structure fut réorganisée dans le cadre d’un effort plus large visant à établir des bureaux gouvernementaux dans les villes syriennes.

En 1946, le bâtiment à deux étages, doté d’un jardin arrière, devint la résidence du gouverneur français, décorée de carreaux colorés probablement importés de France.
Au fil des décennies, l’édifice a abrité diverses fonctions administratives : siège de la police (1946–1963), puis bâtiment du gouvernorat (1963–1981). En octobre 1981, il fut inauguré comme Musée archéologique de Raqqa, à l’occasion du Symposium international sur l’histoire de Raqqa. Le jardin du musée fut transformé en espace d’exposition en plein air, tandis que des bureaux administratifs, des zones de service et des espaces de stockage furent aménagés à l’étage supérieur.
Collections à travers les âges
Aujourd’hui, le musée expose des artefacts issus de plus de dix projets archéologiques internationaux menés dans le gouvernorat de Raqqa. La collection couvre la période néolithique précéramique (VIIᵉ millénaire av. J.-C.) jusqu’à l’époque islamique médiévale (XIIᵉ-XIIIᵉ siècles apr. J.-C.).
Les visiteurs sont accueillis par trois grandes mosaïques provenant de Tell Halawa, témoins remarquables du patrimoine artistique régional. Le rez-de-chaussée abrite des découvertes de sites le long de l’Euphrate, tels que Tell Munbaqa, Tell Cheikh Hassan, Hammam al-Turkman et Tell Sabi Abyad.

Une exposition spéciale présente une réplique du trésor d’argent de Resift ainsi que cinq vases de l’époque des Croisades, supposés avoir été enfouis avant les invasions historiques.
Le premier étage expose des pièces du Proche-Orient ancien, notamment de Tell Bi‘a, de la Raqqa antique, de Tell Halawa et de Tell al-Abd. Le deuxième étage met en lumière la vie urbaine islamique précoce, avec des objets provenant des palais abbassides, de la grande mosquée de Raqqa, du Qasr al-Banat et de zones industrielles telles que Tell Aswad et Tell al-Fukhar.
Restauration et préservation
En 2019, le musée a bénéficié d’une vaste opération de réhabilitation menée par l’association française La Guilde Européenne du Raid, en coopération avec les organisations locales Ru’ya et IMPACT, et en coordination avec le Conseil civil de Raqqa, grâce au financement de la Fondation ALIPH.
En 2022, des mesures de conservation ont été mises en œuvre pour préserver la collection, incluant le catalogage des artefacts restants, l’amélioration des conditions de stockage et l’organisation d’expositions temporaires afin de reconnecter la communauté à son patrimoine. Le musée a rouvert ses portes au public en novembre 2023, après cinq années de restauration et de collaboration.

Un témoignage du patrimoine de Raqqa
Le musée archéologique de Raqqa se dresse aujourd’hui comme un témoignage de la créativité et de la résilience humaines. Ses collections révèlent la vie le long de l’Euphrate à travers les millénaires, des premières sociétés agricoles aux centres urbains sophistiqués du Moyen Âge islamique. Au-delà de la préservation de l’histoire matérielle, le musée permet aux visiteurs de découvrir l’héritage durable des civilisations de Raqqa, reliant le passé au présent.




R.S./ M.Ch.