Damas, (SANA)– Les Kurdes sont l’une des composantes sociales et culturelles les plus importantes de la société syrienne et le deuxième groupe ethnique du pays après les Arabes. Tout au long de l’histoire, ils ont participé activement à la vie nationale, économique et culturelle, faisant partie de la mosaïque humaine qui a caractérisé la Syrie comme un espace de diversité et de coexistence.
Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles précises, la plupart des estimations situent le nombre de kurdes en Syrie autour de deux millions de personnes, concentrées principalement dans le nord et le nord-est du pays, ainsi que dans certains quartiers de grandes villes comme Damas et Alep.
Racines historiques profondes
La présence kurde en Syrie remonte à des siècles. Depuis le Moyen Âge, les Kurdes se sont installés dans différentes régions du pays, en particulier au cours de la période ayyoubide, mamelouke et ottomane, où ils ont exercé des fonctions militaires, administratives et sociales importantes.
Parmi les figures historiques kurdes les plus marquantes, Saladin al-Ayyoubide « Ṣalāḥ ad-Dīn al-Ayyūbī » dont le nom est étroitement lié à la défense du Levant et à l’unité de la région face aux croisades. Son héritage demeure au centre de la mémoire historique syrienne et régionale.
Répartition géographique
La présence kurde est principalement concentrée dans le nord et le nord-est de la Syrie, en particulier dans les gouvernorats suivants :
– Hassaké, avec des villes et localités telles que Qamishli, Amuda, Derbasiya et Malikiyah
– Alep, en particulier dans la région d’Afrin et dans les quartiers urbains tels que Cheikh Maqsoud.
– Raqqa, dans le nord du gouvernorat
En outre, il existe des communautés kurdes à Damas, notamment dans le quartier de Ruken al-Din ainsi que dans d’autres villes du pays. Dans ces régions, les Kurdes coexistent historiquement avec les communautés arabes, syriaques, assyriennes et autres, ce qui a conduit à une intégration sociale et culturelle soutenue.
Diversité linguistique et culturelle
Les Kurdes en Syrie parlent la langue kurde dans plusieurs dialectes, le kurmanji étant le plus répandu. En même temps, l’arabe est largement utilisé comme langue officielle de l’Etat, de l’éducation et de la vie publique. Ce bilinguisme a facilité l’interaction culturelle et sociale entre les Kurdes et d’autres secteurs de la société syrienne, ce qui a renforcé les liens nationaux.
Intégration dans la société syrienne
Historiquement, les Kurdes ont été profondément intégrés dans la société syrienne. Ils ont participé aux institutions de l’État, à la vie politique et économique et ont contribué dans des domaines tels que l’agriculture, le commerce, l’armée, l’éducation et la culture.
En dépit des difficultés rencontrées à certaines époques, l’identité nationale syrienne est restée un facteur de cohésion pour la majorité des Kurdes du pays. Même les Kurdes ont participé activement à la révolution syrienne depuis 2011.
Vêtements traditionnels
Le vêtement traditionnel kurde est une expression visible de son identité culturelle. Il se caractérise par des couleurs vives et des broderies élaborées.
Les hommes portent généralement la tenue connue sous le nom de « Chal et Chabak », tandis que les femmes portent des robes longues brodées, accompagnées de bijoux traditionnels. Cette tenue est toujours présente lors des mariages, des célébrations sociales et des fêtes nationales et culturelles.
Norouz : symbole de renouveau et d’espoir
La fête de Norouz (Norouz), qui signifie « nouveau jour », marque le nouvel an kurde et coïncide avec l’équinoxe de printemps, le 21 mars. Il s’agit d’une célébration partagée par plusieurs peuples de la région et commémorée dans des pays comme l’Iraq, la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan et l’Azerbaïdjan, entre autres.
En Syrie, les Kurdes célèbrent le Norouz dans diverses régions, notamment à Hassaké, Raqqa, Alep et Damas. Torches, danses folkloriques, chants traditionnels et réunions de famille marquent la fête.
Décret présidentiel : cadre juridique et constitutionnel
Dans une étape importante, le président syrien Ahmad al-Charaa a promulgué un décret reconnaissant les citoyens kurdes comme partie essentielle du peuple syrien, soulignant que leur identité culturelle et linguistique fait partie intégrante de l’identité nationale.
Le décret prévoit la protection par l’État de la diversité culturelle et linguistique, garantit le droit des Kurdes à préserver leur patrimoine et permet la promotion de leur langue maternelle dans le cadre de la souveraineté nationale. Parmi ses dispositions les plus importantes figure la reconnaissance officielle de la langue kurde en tant que langue nationale, ce qui permet son enseignement dans des écoles publiques et privées situées dans des zones à forte population kurde.
Le décret abroge également les dispositions découlant du recensement de 1962 le gouvernorat de Hassaké et accorde la nationalité syrienne aux Kurdes précédemment considérés comme « non-inscrits ».
Le décret reconnaît officiellement la fête de Norouz, le 21 mars, comme jour férié national, symbole de fraternité et de renouveau.
Conclusion
En définitive, les Kurdes constituent une composante active et enracinée du tissu social syrien. Son histoire, sa culture et sa présence sociale font partie intégrante de l’identité diversifiée de la Syrie, construite sur des siècles de coexistence, d’échange et de destin partagé.






Fady Marouf /R.kh / L.S.