Damas , (SANA) La littérature d’enfance en Syrie constitue un besoin éducatif, culturel et national fondamental. Elle est le pont entre savoir et imagination, et inculque les valeurs humaines dans la conscience des jeunes générations. Depuis des décennies, cette littérature a contribué à forger la conscience de l’enfant syrien, à affiner sa maîtrise de la langue arabe et à renforcer son appartenance culturelle et nationale.
Selon plusieurs spécialistes, la littérature d’enfance requiert aujourd’hui un soutien institutionnel plus large, notamment après le recul de l’intérêt qui lui était porté durant les années de guerre, et face à l’accélération de la transformation numérique qui a imposé de nouveaux défis à l’industrie du livre destiné à l’enfant.

Une mémoire qui se renouvelle
Ramez Haj Hussein, directeur des publications pour enfants à l’Autorité générale syrienne du livre et rédacteur en chef du magazine Oussama, a expliqué à SANA que le lancement de ce magazine en 1969 fut le fruit d’un effort collectif mené par des artistes, écrivains et pionniers qui ont posé les bases d’un système intégré de littérature et d’art pour l’enfant en Syrie, faisant de cette revue une référence nationale.

Haj Hussein a expliqué que le magazine Oussama suit le rythme des transformations numériques rapides aujourd’hui grâce à son édition électronique, permettant aux enfants d’accéder plus facilement à son contenu et de bénéficier des technologies modernes en matière de présentation et d’interaction.
Haj Hussein a souligné l’importance de développer la littérature d’enfance pour suivre le rythme des évolutions des sujets, des intérêts humains et du progrès humain, précisant que cette littérature nécessite encore un soutien institutionnel accru, notamment sur le plan académique, en introduisant des spécialisations claires telles que le livre illustré, la conception de personnages animés et les arts de l’animation, afin de former des cadres qualifiés capables d’intégrer le marché du travail .
Des défis accélérés
Hajj Hussein a ajouté que le principal défi réside aujourd’hui dans les conditions imposées par la guerre, qui ont affecté la littérature en général et celle de l’enfant en particulier, ainsi que dans les transformations numériques rapides. « Le fait d’attirer l’enfant vers le livre papier est devenu plus difficile face à la domination des technologies modernes et de l’intelligence artificielle », a-t-il fait savoir, précisant que la solution consiste à les utiliser intelligemment, en renforçant le rôle de la bibliothèque à la maison, à l’école et dans les centres culturels, et en se tournant vers des plateformes numériques dédiées à l’enfant syrien, telles que des chaînes YouTube et des plateformes éducatives reflétant sa langue, son identité et sa réalité.
Pour sa part, l’écrivaine Alaa Abou Zarrar a affirmé qu’il est impossible de traiter la littérature d’enfance en Syrie comme un bloc homogène, car elle se divise en plusieurs tranches d’âge, chacune ayant son langage, ses centres d’intérêt et ses spécificités, de la petite enfance jusqu’à la littérature des adolescents. Elle a souligné que les auteurs syriens de littérature d’enfance ont affronté de multiples défis, allant des contraintes thématiques aux difficultés d’édition, en passant par une faible présence dans les salons internationaux ces dernières années.

Signes de reprise
De son côté, Wael Cheikh al-Chabab, propriétaire d’une maison d’édition spécialisée dans les histoires pour enfants et les supports éducatifs, a noté une amélioration de l’impression en Syrie par rapport aux années précédentes, grâce à l’introduction de machines modernes qui ont réduit les coûts et amélioré la qualité, permettant au produit local de rivaliser avec les impressions réalisées à l’étranger. « Mais il a encore besoin de plus de soutien », a-t-il indiqué.

Dans le même sens, Moussa Hafez, directeur administratif d’une maison d’édition, a confirmé que l’édition de livres pour enfants en Syrie connaît une reprise après une longue période de stagnation, mais qu’elle requiert encore davantage de soutien à travers l’intensification des activités culturelles, le renforcement du lien avec les familles et la création de plateformes permanentes pour l’enfant, que ce soit à la Bibliothèque nationale ou via des activités organisées en coopération avec le ministère de la Culture.

Les spécialistes s’accordent à dire que le développement de la littérature d’enfance en Syrie ne peut être réalisé par des efforts individuels, mais par un partenariat entre la famille, l’auteur, l’éditeur et les institutions culturelles et éducatives, dans le cadre d’une vision à long terme visant à bâtir une génération lectrice, équilibrée, capable de rêver et de construire un avenir plus lumineux.


R.S./R.B.