Damas – SANA / Aux environs de la vieille ville de Damas, près de la zone de Bab Charqi, l’attention des passants est attirée par la profusion d’objets en argile aux formes harmonieuses, aux motifs raffinés et aux couleurs éclatantes, semblables à de véritables œuvres d’art.
Derrière le lieu d’exposition de ces œuvres en argile, s’étend l’atelier où se façonnent les blocs d’argile. Les mains des artisans expérimentés, héritières d’un savoir-faire ancestral et guidées par un goût raffiné, s’y plongent pour transformer la matière en créations et objets que les hôtels, restaurants et maisons les plus prestigieux sont fiers de posséder.
De l’effort manuel aux machines
Dans une déclaration au correspondant de SANA, patron de l’artisanat de poterie, Nabil Seifeddine, a indiqué que cet artisanat reposait auparavant sur un grand effort manuel pour façonner, fondre et préparer les matières premières, mais les ateliers dépendent aujourd’hui principalement des machines électriques, du pétrissage et du broyage automatiques, ce qui s’est soldé par une augmentation de la production et à une réduction du taux de dommages.

Et de poursuivre : « Le matériel utilisé dans l’industrie de la poterie est entièrement naturel. L’argile est extraite du sous-sol ou des flancs des montagnes, puis mélangée à un type particulier de terre volcanique avec des proportions soigneusement étudiées. Le mélange est ensuite pétri avec de l’eau, façonné et laissé reposer dans un endroit sombre pendant deux jours avant d’être introduit dans les fours. La cuisson des pièces se déroule en deux étapes : une première à 700 °C, puis une seconde, après la décoration et le glaçage, à 1100 °C.
Une large gamme d’outils artisanaux
Seifeddine a indiqué que l’atelier produit actuellement une vaste gamme d’objets domestiques et artistiques, allant des pichets et des pots en argile, en passant par des figurines et des décorations murales, faisant noter que la demande pour ces produits ne cesse d’accroître, aussi bien sur les marchés locaux qu’à l’étranger, notamment au Liban et au Koweït.
Le patron a rappelé que l’Organisation mondiale de la santé a récemment recommandé l’usage de la poterie pour la préparation des repas, en raison de l’absence de substances chimiques cancérigènes présentes dans certains ustensiles modernes. Cette recommandation a encouragé plusieurs restaurants à adopter les plats en terre cuite comme alternative plus saine.
Seifeddine a appelé à la nécessité d’apporter un soutien gouvernemental à cette profession, par l’organisation régulière d’expositions visant à promouvoir ces produits, et à établir des incubateurs artisanaux pour stimuler la production et réduire le fardeau fiscal, contribuant ainsi à la préservation de ce précieux patrimoine culturel.
Une capacité à la compétitivité mondiale
Seifeddine a affirmé que les artisans syriens disposent d’un véritable potentiel pour la compétitivité à l’échelle régionale et internationale, à condition de bénéficier du soutien nécessaire, indiquant que la qualité des produits syriens continue d’avoir la confiance sur les marchés étrangers, malgré les difficultés traversées par le pays.
De son côté, l’artisan, Bilal Mohammad Yasser Al-Youssef, a indiqué que les étapes de la fabrication de la poterie commencent par la collecte de terre dans les montagnes. On utilise plusieurs types d’argile, noire, jaune et blanche, mélangés selon des proportions précises afin d’obtenir la cohésion recherchée et la couleur souhaitée. La phase suivante consiste à broyer l’argile dans un moulin spécialisé, puis à la tamiser pour obtenir une poudre fine, semblable à celle utilisée dans les industries de haute précision.

Et d’ajouter : « Cette poudre fine est d’abord pétrie avec de l’eau puis laissée à fermenter pendant une demi‑heure, avant d’être enfermée dans des sacs hermétiques durant une semaine afin d’assurer une fermentation complète et d’améliorer ses propriétés de fabrication. Les pièces sont ensuite façonnées sur le tour, où chaque détail est contrôlé grâce au poids pour garantir la taille et l’homogénéité. Cette précision est particulièrement cruciale pour les grandes pièces, comme les jarres capables de contenir jusqu’à vingt litres d’eau, et qui nécessitent environ quinze kilos d’argile ».
Al-Youssef a fait savoir qu’après la formation des pièces en argile, celles-ci sont cuites dans des fours spécialisés, avant d’être mises sur le marché local, où elles suscitent l’intérêt des amateurs de produits artisanaux traditionnels.
Al-Youssef a affirmé que la pratique du métier pendant des années confère à l’artisan la capacité à maîtriser les mesures et l’épaisseur de manière instinctive, ce qui contribue à produire des pièces équilibrées en termes de forme et de taille.
La poterie est l’un des métiers les plus anciens connus en Syrie depuis des milliers d’années. Elle servait autrefois dans la vie quotidienne à conserver l’eau et la nourriture, avant de se transformer en un art décoratif reflétant l’identité et la culture du lieu.











R.khallouf / A.Ch.