Banlieue de Damas, (SANA ) – Sur les pentes des montagnes du Qalamoun, au nord de la capitale syrienne Damas, s’élève la ville de Maaloula, l’un des villages les plus anciens et les plus beaux d’Orient, une icône chrétienne unique qui préserve encore aujourd’hui la langue araméenne, la langue de Jésus-Christ, que certains de ses habitants continuent de parler et d’utiliser dans leurs prières.
Maaloula se distingue par son caractère architectural unique : ses maisons blanches s’accrochent aux montagnes dans un paysage à couper le souffle, semblant former un tableau suspendu entre les roches bleutées et le ciel.
On pense que le nom « Maaloula » dérive du mot araméen Ma‘la, qui signifie « l’entrée », en référence à son emplacement montagneux qui ressemble à une porte ouvrant sur un monde de spiritualité et d’histoire.
Importance historique et spirituelle
Maaloula est l’un des sites chrétiens les plus importants du Levant, refuge des chercheurs de foi depuis les premiers siècles du christianisme. La ville abrite plusieurs monastères et églises anciens, parmi lesquels :

- Le monastère de Saints Serge et Bacchus : l’un des plus anciens monastères du monde, datant du IVᵉ siècle, qui conserve des vestiges anciens et un autel de pierre original.
- Le monastère de Sainte-Thècle : dédié à sainte Thècle, disciple de saint Paul, qui, selon la tradition, se réfugia à Maaloula pour échapper aux persécutions. Dieu aurait ouvert une faille dans la montagne pour lui permettre de fuir ses poursuivants.

La faille miraculeuse
La faille de Sainte-Thècle est l’un des sites les plus remarquables de la ville. Il s’agit d’une étroite ouverture naturelle dans la roche, longue d’environ 200 mètres, traversée par des eaux douces descendant des hauteurs. Les habitants racontent que cette faille s’est ouverte par miracle en réponse aux prières de sainte Thècle, et elle est aujourd’hui un lieu de pèlerinage et de visite pour des fidèles venus du monde entier.
L’araméen… un écho vivant du passé
Ce qui distingue particulièrement Maaloula, c’est que certains de ses habitants parlent encore l’araméen, la langue que parlait Jésus-Christ il y a plus de deux mille ans. Des efforts locaux et internationaux sont déployés pour préserver cette langue de l’extinction : elle est enseignée dans certaines écoles, utilisée dans les rites religieux des églises et monastères, et fait l’objet d’initiatives de documentation orale et écrite avec son alphabet originel.
À Maaloula et dans les villages voisins de Jubbadin et Bakha, l’araméen demeure vivant dans les chants, les récits, les prières et les conversations quotidiennes. Depuis des années, les habitants œuvrent à préserver ce patrimoine linguistique en dispensant des cours et en enregistrant du matériel éducatif afin de transmettre la langue aux nouvelles générations.

Parmi ces initiatives se distingue le travail du professeur Joseph Zarour, l’un des plus fervents défenseurs contemporains de l’araméen à Maloula, que SANA a interviewé dans sa maison transformée en salle de classe.
Zarour a consacré des décennies à documenter les expressions locales, à recueillir le vocabulaire traditionnel et à enseigner la langue aux enfants comme aux adultes, convaincu que sa préservation est essentielle pour maintenir l’identité culturelle de la région. Ses cours, mêlant histoire, grammaire et musique populaire, sont devenus une référence pour ceux qui souhaitent se rapprocher de la langue de leurs ancêtres.
En plus de son travail pédagogique, Zarour a participé à des projets internationaux de revitalisation linguistique et a donné des conférences sur l’importance de l’araméen occidental en tant que patrimoine immatériel menacé.
Ses efforts ont contribué à sensibiliser, en Syrie comme à l’étranger, à la nécessité de protéger une langue qui, bien que minoritaire, représente un héritage unique de la civilisation syrienne.
Lors des festivités locales, comme la célébration de Sainte‑Thècle en septembre, il est courant d’entendre des chants et des prières dans cette langue ancestrale, dont beaucoup ont été recueillis et réintroduits par des chercheurs comme Zarour.
Symbole de diversité et de paix
Maaloula demeure un symbole de coexistence entre musulmans et chrétiens en Syrie, ainsi qu’une destination pour les touristes et les chercheurs en quête d’histoire et de spiritualité.

La coexistence harmonieuse entre chrétiens et musulmans est l’un des traits les plus distinctifs de Maloula. Histoires partagées, liens familiaux et célébrations communes ont tissé un tissu social qui a perduré au‑delà des guerres et des circonstances difficiles.
Depuis des générations, les habitants participent ensemble aux festivités religieuses. Les musulmans visitent le sanctuaire de Sainte‑Thècle pour demander guérison ou protection, tandis que les chrétiens prennent part aux traditions locales célébrées par la communauté musulmane. La vie quotidienne, marquée par le respect et les relations familiales croisées, offre un exemple éloquent de coexistence pacifique dans une région connue pour sa diversité culturelle et religieuse.


André Chatta