Damas, (SANA) Le drame historique en Syrie n’est plus seulement un moyen de divertissement ou de rappel d’événements passés, mais s’est transformé en un projet culturel intégral qui remodèle la conscience collective et soulève des questions profondes sur l’identité et l’histoire, à une époque où l’image dramatique est devenue l’un des outils d’influence les plus répandus dans les sociétés arabes.
Dans ce contexte, le théâtre historique syrien s’est imposé comme l’une des expériences arabes les plus marquantes, car il a su, grâce à des œuvres de qualité, présenter l’histoire avec une vision humaniste et critique, loin de toute simplification ou glorification, pour établir ce que l’on peut considérer comme une école artistique et intellectuelle intégrée.
Le drame comme lecture critique de l’histoire, et non comme simple récit
Le drame historique ne se contente pas de narrer les événements, mais les réinterprète dans un contexte humain et social, ce qui rejoint la vision de l’écrivain Mamdouh Adwan, qui soulignait que l’histoire n’est « pas innocente », mais plutôt sujet de réécriture et de falsification, ce qui place l’art devant la responsabilité de révéler les mensonges accumulés dans la conscience collective.
Dans son ouvrage « Al-Zeer Salem », le héros entre biographie, histoire et construction dramatique, Adwan considère l’art, et en particulier le drame historique, comme responsable du démantèlement des récits dominants et de la révélation de toute distorsion ou dissimulation qu’ils peuvent contenir, en présentant une lecture humaniste critique qui réinterprète le passé à la lumière du présent et contribue à construire une conscience plus équilibrée et plus profonde chez le destinataire.
Cette approche s’est clairement incarnée dans les œuvres du réalisateur Hatem Ali, telles que « Al-Zeer Salem », « Salaheddin Al-Ayyubi » et « Saqr Quraich », qui présentaient des personnages historiques complexes et s’éloignaient de l’image stéréotypée, pour ouvrir la voie à une lecture plus équilibrée et plus profonde du passé.
L’évolution du drame historique syrien
Des études, notamment celles citées par Imad al-Naddaf dans son ouvrage « Le développement des scénarios télévisés en Syrie », indiquent que le drame historique syrien a débuté dans les années 1960 avec des œuvres telles que « Rabia al-Adawiya », « Contes des Arabes », « La Mort de Hallaj » et « Urwa ibn al-Ward », qui ont jeté les bases de l’adoption de l’histoire comme source principale pour les textes dramatiques.
Dans les années 1970 et 1980, cette approche s’est poursuivie à travers des ouvrages traitant de figures littéraires et historiques, telles que Yaqut al-Hamawi, al-Zabbaa et Zuhair ibn Abi Salma.
Quant aux années 90, elles ont connu un essor de la production avec des œuvres telles que « Al-Ababid », et le drame historique syrien a atteint son apogée au nouveau millénaire grâce à des œuvres marquantes, notamment « Salaheddin », « Al-Hajjaj bin Yusduf Al-Thaqafi », « La Source de Cordoue », « Les Rois de Taïfa », « Khalid bin Al-Walid » et « Al-Zahir Baybars », où l’intérêt pour la documentation visuelle et l’exactitude historique s’est accru.
Malgré cette évolution, Al-Naddaf souligne que des exagérations dramatiques peuvent parfois déformer le tableau historique si elles ne sont pas contrôlées dans un cadre scientifique précis.
L’expérience de l’acteur… une double épreuve culturelle et artistique
Dans une déclaration à SANA, l’artiste Hussein Mahmoud a expliqué que travailler dans un drame historique représente un double défi pour l’acteur, car cela ne se limite pas à la performance, mais exige une connaissance approfondie du contexte historique et linguistique.
Il a souligné que, dans ce type d’œuvre, le langage n’est pas seulement un moyen de communication, mais un outil pour comprendre la période historique et en saisir les dimensions, notant que sa maîtrise se reflète directement sur la sincérité de l’interprétation et fait de l’œuvre dramatique un véritable moyen de transmettre des connaissances et des valeurs.
Il a ajouté : « Les drames historiques donnent un grand poids artistique aux pays producteurs », soulignant que la Syrie est à la pointe dans ce domaine dans le monde arabe grâce à ses œuvres de grande qualité.
Le docu-fiction… une nouvelle expérience visuelle de narration historique
Concernant son expérience personnelle, Mahmoud a mentionné sa participation à une œuvre historique koweïtienne intitulée « Une partie du texte manque », qui appartient au style « docu-fiction », où chaque épisode traite un événement historique incarné par les acteurs, tandis que le narrateur fournit le contexte narratif.
Il a expliqué que le « drame déco » repose fortement sur des éléments visuels, tels que le décor, les costumes et l’éclairage, qui deviennent une partie essentielle du récit, au même titre que les effets sonores et visuels, conférant à l’œuvre une dimension artistique intégrée.
Le drame historique est l’une des formes les plus anciennes du drame, car il repose sur la reconstitution d’événements passés et reflète souvent les conflits entre le pouvoir, les élites et la société, comme l’a noté l’historien espagnol Francisco Ruiz Ramon dans ses études sur le drame historique.
Dans ce sens, le drame n’est pas séparé de la réalité, mais en constitue plutôt un prolongement, et devient un outil pour comprendre le présent à travers la lecture du passé, ce qui lui confère un rôle qui dépasse le simple divertissement pour influencer la formation de la conscience culturelle et sociale.
L.Arfi


