Damas, (SANA) Au sein des ruelles ancestrales de la vieille ville de Damas, le Souk Al-Khayatin (marché des tailleurs) continue de confirmer sa présence comme un centre majeur de fabrication textile et de couture traditionnelle. Il fait combinaison entre un héritage séculaire et une situation qui s’adapte avec les transformations contemporaines marquée par l’essor du prêt‑à‑porter, tout en préservant son identité artisanale qui lui confère une place singulière dans le paysage damascène.
Une importance commerciale malgré les transformations économiques
Dans une déclaration au correspondant de SANA, Sadeq Al‑Tayr, propriétaire d’une boutique spécialisée dans les fournitures de couture depuis plus de cinquante ans, a indiqué que l’essence du métier demeure intacte malgré l’évolution des techniques et des outils. Le souk a vu défiler des générations d’artisans, passant des « écheveaux » manuels aux bobines modernes, jusqu’à l’avènement des vêtements prêt-à-porter. Il a ajouté que le marché continue d’attirer les clients de tous les gouvernorats, conservant ainsi son poids commercial malgré les transformations urbaines et économiques.
Al-Tayr a également insisté sur la nécessité de préserver les artisans, de transmettre leur savoir‑faire aux jeunes générations et de soutenir les marchés traditionnels afin de sauvegarder ce patrimoine vivant.
De son côté, le vendeur des tissus patrimoniales, Mohammad Kamal Al‑Noqta, a fait savoir que sa famille exerce ce métier depuis près d’un siècle. Autrefois, le souk constituait un centre essentiel de la couture masculine et de la vente de drap de laine, avant que les activités ne se diversifient avec l’arrivée de nouvelles générations.
Un lieu incontournable pour les passionnés
L’artisane spécialisée dans les broderies palestiniennes, Wafaa Addwan, a fait noter qu’elle fréquente le souk chaque semaine depuis plus de trente ans pour s’approvisionner en matériel de broderie et de couture.
Youssef Al-Halabi, marchand de tissus et visiteur régulier du marché, Youssef Al‑Halabi, a indiqué que l’engouement pour la broderie manuelle a reculé avec la généralisation du prêt‑à‑porter. Toutefois, les pièces artisanales restent populaires en Irak, en Libye et dans les pays du Golfe. Il souligne que le souk propose toutes les matières premières nécessaires à son activité, ce qui l’incite à s’y rendre régulièrement.
Le plus ancien marchésde Damas
Le chercheur en patrimoine, Mazen Sattout, a affirmé que le Souk al-Khayatin est l’un des plus anciens marchés de Damas. Ses origines remontent à l’époque mamelouke, lorsqu’il portait le nom de « souk Al‑Khawassine ». Durant la période ottomane, au XVIᵉ siècle, il devient un centre spécialisé dans la vente de tissus, accueillant un grand nombre de tailleurs, ce qui lui vaut son nom actuel.
Sattout a souligné que ce marché était autrefois surnommé « Père des souks damascènes » vu ses nombreuses branches, dont certaines ont disparu, comme le souk Al‑Qabbaneen, et il est réputé pour ses étoffes de brocart, d’aghabani et de drap anglais, ainsi que pour l’habileté de ses tailleurs dans la confection des vêtements traditionnels avant l’essor du prêt‑à‑porter.
Selon Sattout, ledit souk abrite aujourd’hui des boutiques de fils de soie et de laine, de fournitures de couture féminine, ainsi que des sacs et vêtements populaires prêts à porter, tout en conservant certaines activités artisanales malgré leur recul.
Sattout a également indiqué que le souk avait connu plusieurs transformations architecturales et commerciales, dont l’installation d’une toiture pyramidale en fer reliée à celle du souk Medhat Pacha.
Le marché des tailleurs se situe entre le souk Medhat Pacha et le souk Al‑Harir, à l’est du quartier Al‑Hariqa et il abrite des monuments historiques importants tels que la grande école Nouriya et la tombe du sultan Nour al‑Din Zanki, ce qui lui donne sa valeur historique et architecturale.
Le Souk al-Khayatin reflète l’évolution commerciale et industrielle de Damas où se rencontre le savoir‑faire ancestral des artisans avec les impératifs du monde moderne, offrant une activité diversifiée, tout en préservant son impression artisanale et son identité patrimoniale.








R.Kh/R.B.