Damas, (SANA) Située au cœur de la vieille ville de Damas, la Grande Mosquée des Omeyyades constitue l’une des grandes mosquées les plus anciennes de type arabe conservée jusqu’à présent. Édifiée sous le règne du calife omeyyade Al-Walid ibn Abd Al-Malik entre 705 et 715, elle s’est imposée comme un modèle inaugural de l’architecture islamique.
Treize siècles d’histoire ininterrompue
La mosquée des Omeyyades s’est construite sur un site marqué par des strates civilisationnelles successives. À son emplacement se trouvait un temple voué à Jupiter dans l’Antiquité romaine, puis une église chrétienne dédiée à saint Jean-Baptiste au IVe siècle.
Cette merveille architecturale fait du monument un véritable registre vivant de l’histoire religieuse et urbaine de Damas.
Les mosaïques : une identité artistique singulière
L’édifice se distingue par des mosaïques exceptionnelles, considérées comme l’un des trésors majeurs de l’art islamique primitif.
Les mosaïques recouvrent la partie supérieure de nombreuses parois, tandis que la partie inférieure est habillée de marbre blanc et gris. Réalisées en verre coloré et parfois incrustées de feuilles d’or, elles représentent des paysages naturels et imaginaires, témoignant d’un dialogue artistique entre héritage byzantin et esthétique islamique.
L’architecture islamique
La mosquée des Omeyyades est le premier grand projet architectural de l’histoire islamique. On y retrouve les éléments caractéristiques de l’architecture omeyyade : vastes portiques, colonnes de marbre, et une cour très vaste ouverte et entourée en plein cintre (semi-circulaires).


Trois minarets dominent l’ensemble, devenus des références dans l’architecture islamique.
Le minaret de la Fiancée, au nord, est le plus ancien. Sa base carrée remonte aux IXᵉ ou Xᵉ siècles.
Le responsable de l’accueil des délégations à la mosquée, Kamal Ziyad Hussein, a affirmé à SANA en Français que ce minaret doit son nom à sa position centrale sur le mur nord et à l’éclat de ses pierres blanches lorsqu’il est illuminé la nuit, lui donnant l’apparence d’une « Fiancée resplendissante ».
Le minaret de Jésus, au sud-est, repose sur une base carrée surmontée d’un corps octogonal. Il porte l’empreinte ottomane des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles.
Le troisième, au-dessus de la salle de prière, à l’ouest, le minaret octogonal de Qa’it Bay, du nom du sultan mamelouk qui en a demandé la reconstruction au XVe siècle après l’incendie de 1401.



Au centre du long mur sud de la cour, trois hautes arcades en plein cintre, surmontées de trois fenêtres et d’un fronton triangulaire, permettent d’accéder à la salle de prière.
Dans la cour, on y trouve un petit édifice octogonal couvert d’une coupole, datant de l’époque abbasside, qui servit à conserver documents et fonds avant de devenir une bibliothèque de manuscrits, combinant ainsi fonction religieuse et rôle culturel.
Un petit monument près du mihrab abriterait, selon la tradition, les reliques du saint Jean-Baptiste, le prophète Yahya en islam, déjà présentes dans l’ancienne église byzantine.

Un centre religieux, culturel et touristique
Inscrite sur les listes de l’ICESCO et répertoriée dans le registre du patrimoine architectural arabe, la mosquée des Omeyyades est l’un des principaux centres religieux du monde islamique.
Au-delà de son rôle spirituel, elle est devenue une destination culturelle prisée par les chercheurs et amateurs d’histoire, attirés par ses mosaïques, son architecture omeyyade et ses strates civilisationnelles.
Elle constitue également un pôle touristique majeur, accueillant chaque année des milliers de visiteurs syriens et étrangers.
Un regain touristique notable
Le monument connaît un regain touristique marqué, avec une hausse de fréquentation de 45 %.
Selon la guide touristique Noha Amer, citée par l’agence SANA en français, la mosquée reçoit près de huit mille visiteurs par jour, venus de Turquie, de Malaisie, des États-Unis, du Canada, de Pologne ou encore d’Allemagne, attirés par la valeur historique, religieuse et architecturale du lieu, devenu une étape incontournable de toute visite à Damas.

Elle souligne que cet afflux témoigne du statut du monument comme l’un des sites historiques les plus importants de la région.
La Grande Mosquée des Omeyyades n’est pas seulement le plus ancien grand édifice religieux de style arabe encore debout : elle incarne l’âme de Damas, où se rencontrent les cultures qui ont façonné son histoire millénaire.
Rim Al Fawaz
