Tartous, (SANA) Sur la côte syrienne, au sud du gouvernorat de Tartous, se trouve la localité de Al‑Hamidiyah, une bourgade qui témoigne de l’une des histoires de migration et d’intégration les plus remarquables de la Syrie contemporaine.
Al-Hamidiyah est Fondée à la fin du XIXe siècle, plus précisément en 1898 sous le règne du sultan ottoman Abdul Hamid II, et a accueilli des migrants musulmans venus de l’île grecque de Crète pour s’installer sur la côte syrienne et commencer une nouvelle vie dans un environnement arabe accueillant où ils ont été socialement et culturellement intégrés.
Aujourd’hui, Al Hamidiyah n’est pas seulement une paisible ville côtière, mais un lieu qui préserve l’histoire unique de générations arrivées avec une langue, une mémoire et des coutumes d’une île lointaine, et qui ont reconstruit leur vie au sein de la société syrienne sans renier leurs racines.
Langue qui a traversé les siècles
L’une des caractéristiques les plus remarquables d’Al Hamidiyah est que certains de ses habitants parlent encore le grec crétois ancien, une langue qui est restée vivante dans les foyers et les mémoires familiales malgré plus d’un siècle écoulé depuis la migration.
« Je parle le grec crétois comme je parle l’arabe », a confié un habitant à la chaîne syrienne Al Souriya, expliquant que les musulmans de Crète avaient été contraints de quitter l’île suite aux changements politiques qu’a connus la région, et que certains s’étaient installés dans divers pays, dont la Syrie.
Il a ajouté que les relations entre les habitants d’Al Hamidiyah et leurs environs ont toujours été empreintes de cordialité et de proximité. « Il y avait des mariages mixtes et d’excellentes relations sociales, que nous perpétuons encore aujourd’hui », a-t-il affirmé.
Coexistence et intégration sociale
L’une des histoires les plus marquantes est celle des habitants d’Al Hamidiyah revenus en Crète après des décennies d’absence en raison de la guerre en Syrie. Parmi eux, le réfugié syrien Ahmad Terzalakis, arrivé sur l’île grecque avec sa famille, et qui s’est retrouvé dans un lieu qu’il connaissait déjà à travers les histoires familiales et les anciennes chansons que lui racontaient ses parents et ses grands‑parents.
Ahmad Terzalakis, entre Syrie et Crète
Ahmad, 42 ans, est né à Al Hamidiyah, où sa famille vivait depuis la fin du XIXe siècle. Il a grandi en parlant arabe et grec crétois et a appris de sa famille de nombreuses coutumes crétoises, des danses et des poèmes folkloriques appelés « mantiadis » et des plats traditionnels comme les escargots frits.
« Nous sommes nés et avons grandi en Syrie. Nous avons appris l’arabe à l’école, mais à la maison, nous parlions toujours le grec crétois avec la famille, ce qui a permis de préserver la culture crétoise parmi nous », explique Ahmad.


Wh/ rf.