Banlieue de Damas, (SANA) Dès l’aube, les agriculteurs du village d’Al-Marah se dirigent vers les champs. Ils cueillent avec délicatesse la rose de Damas, dont le parfum emplit les ruelles de pierre et les plaines montagneuses.
Dans la région du Qalamoun est, dans la banlieue de Damas, le village d’Al-Marah conserve une histoire qui s’étend sur plusieurs siècles. Il rassemble à la fois l’authenticité du lieu et la richesse d’un patrimoine agricole et culturel, devenant ainsi l’un des berceaux de la rose de Damas et un symbole d’un savoir-faire traditionnel qui lui est associé. Cette pratique a été reconnue au niveau mondial en 2019, avec l’inscription des pratiques et compétences liées à sa culture, sa récolte et sa distillation sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, consacrant ainsi sa valeur en tant qu’héritage humain à protéger et à préserver.
Un village de montagne, berceau de la rose de Damas
Le village d’Al-Marah, rattaché administrativement à la zone d’Al Nabk, se trouve à environ 1 500 mètres d’altitude et à quelque 70 kilomètres au nord de Damas, entre deux chaînes montagneuses, au sud de la localité d’Al-Qastal. Cette position géographique, caractérisée par un climat tempéré et des sols propices, offre un environnement idéal au développement de la rose de Damas, devenue l’emblème le plus connu du village.
Historiquement, le village portait le nom de « Qaldoun », tandis qu’ « Al-Marah » en constitue une forme arabisée, renvoyant à l’idée d’un lieu de pâturage ou de halte.
Un patrimoine agricole transmis des parents aux enfants
L’historien, Mohammad Zabdieh, affirme dans une déclaration à SANA que le village d’Al-Marah, ou Qaldoun, compte parmi les plus anciens villages du Qalamoun est et l’un des principaux foyers de culture de la rose de Damas à l’échelle mondiale.

Zabdieh a souligné que, malgré la rareté des ressources en eau, les habitants du village ont réussi à faire de la rose de Damas une véritable ressource économique. Ils en tirent aujourd’hui de multiples produits : eau de rose, huiles essentielles, confitures, sirops, infusions florales et autres dérivés naturels aux propriétés alimentaires, médicinales et aromatiques.
Il a ajouté que l’inscription des pratiques et savoir-faire liés à la rose de Damas sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO a contribué à renforcer la place du village, en tant que gardien de cet héritage agricole et humain unique.
La saison de la récolte, un temps de célébration de l’identité locale
La saison de la récolte de la rose de Damas à Al-Marah ne représente pas seulement une activité agricole saisonnière, mais une véritable occasion sociale qui se renouvelle chaque année. Dès l’aube, à la fin du printemps, les fleurs sont cueillies avant que la chaleur du soleil ne s’intensifie, afin de préserver au mieux leurs huiles essentielles et leur parfum.
De la fleur à l’eau de rose

Après la récolte, débute l’étape de la distillation, l’un des plus anciens savoir-faire traditionnels du village. Les pétales de rose sont placés dans des alambics avec de l’eau, puis chauffés lentement jusqu’à ce que la vapeur, chargée d’huiles essentielles, s’élève. En se refroidissant et en se condensant, elle donne naissance à l’eau de rose et aux huiles essentielles naturelles. Il s’agit d’un processus qui rassemble savoir-faire ancestral et précision, tout en préservant les propriétés uniques de la rose de Damas.
Une architecture qui raconte l’histoire du lieu
Des études documentaires consacrées au village d’Al-Marah indiquent que ses spécificités ne se limitent pas à la culture de la rose de Damas. Elles s’étendent également à son architecture traditionnelle, caractérisée par des maisons construites en pierre calcaire sèche, et par l’usage de poutres en bois pour la toiture. Ce mode de construction reflète un savoir-faire architectural transmis de génération en génération, parfaitement adapté aux conditions de la région montagneuse.
Les défis du présent et la détermination à préserver
En dépit des défis auxquels est confrontée la culture de la rose de Damas, notamment le recul des précipitations, le changement climatiques et l’augmentation des coûts de production, les habitants d’Al-Marah poursuivent l’entretien de leurs terres agricoles. Ils sont animés par la conviction que préserver la rose de Damas ne signifie pas seulement protéger une production économique, mais aussi sauvegarder une part essentielle de la mémoire culturelle de la région.


a.h. / A.Ch.