Damas, (SANA) L’initiative « Syrie sans camps » entre dans une nouvelle phase de mise en œuvre, les efforts gouvernementaux passant désormais de l’élaboration des plans et des cadres réglementaires à la réhabilitation des zones de retour, parallèlement à la poursuite des convois de retour volontaire depuis les camps du nord vers les villes et villages d’origine.
L’initiative vise à traiter les causes qui prolongent le déplacement des populations, via la réhabilitation des infrastructures et des services, le déminage et l’enlèvement des décombres, la fourniture des besoins essentiels aux personnes de retour et la mobilisation du soutien international, avec pour objectif de parvenir à une Syrie sans camps en septembre 2027.
Première phase : préparer les zones de retour
Les projets de réhabilitation des zones détruites constituent l’axe central de la première phase de l’initiative. Dans ce cadre, le gouvernorat de Hama a lancé un ensemble de 84 projets dans 70 villes et villages, pour un coût d’environ 7,5 millions de dollars. Ces projets couvrent les secteurs de l’éducation, de l’eau et de l’eau usée, de la santé, des routes et des infrastructures.
Le gouverneur de Hama, Abdel Rahman al-Sahyan, a indiqué que d’autres projets complèteraient ce programme afin de poursuivre la réhabilitation des infrastructures de services.
De son côté, le directeur des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes à Hama, Mohammad al-Cheikh Qaddour, a déclaré à SANA que les équipes et les engins de la direction avaient mené, au cours des derniers mois, une vaste campagne d’enlèvement des décombres dans des dizaines de villages et de localités sinistrés.
Décret n° 59 : le cadre institutionnel de l’initiative
Le 10 mars dernier, le président Ahmad al-Charaa a promulgué le décret n° 59 portant création d’un comité national chargé de préparer les infrastructures dans les zones détruites.
Ce comité réunit des ministres, des gouverneurs et les parties publiques concernées afin de coordonner les efforts et d’articuler la réhabilitation des zones avec le processus de retour des populations.
Dans une interview accordée le 11 septembre à la chaîne syrienne Al-Ikhbariya, le ministre des Situation d’urgence et de la Gestion des catastrophes, Raed al-Saleh, a réaffirmé la poursuite des efforts visant à parvenir à une Syrie sans camps en septembre 2027.
Il a indiqué que plus de 200 camps avaient été fermés et qu’environ 141 000 familles vivaient encore dans les camps.
Il a précisé qu’environ 20 % des habitants des camps avaient regagné leurs régions depuis la création du comité, tandis que les préparatifs étaient en cours pour un important convoi de retour comprenant entre 4 000 et 6 000 familles.
Retour volontaire : 22 721 familles depuis le début de 2026
Le processus des convois organisés de retour a débuté le 21 avril 2025 avant de s’étendre progressivement à plusieurs régions.
Selon le dernier bilan du ministère des Affaires sociales et du Travail, 22 721 familles ont regagné leurs régions entre le début de l’année 2026 et le 7 août.
Par ailleurs, la directrice des Affaires sociales et du Travail à Idleb, Ahlam al-Rachid, a annoncé le 6 juillet qu’environ 174 000 familles avaient quitté les camps du nord pour regagner leurs villes et villages depuis le 8 décembre 2024.
Le nombre de familles vivant dans les camps est ainsi passé d’environ 266 000, réparties dans 1 146 camps, à près de 91 000 familles dans quelque 736 camps.
Les convois se sont poursuivis au cours du mois d’août. Parmi les plus récents figure le convoi « Idleb 217 », composé de 217 familles, soit 1 077 personnes, provenant de 79 camps de la zone de Dana. Par ailleurs, 61 familles ont quitté les camps d’Azaz pour regagner leurs régions d’origine dans les zones rurales d’Alep, de Hama, d’Idleb, de Raqqa et de Homs.
Le directeur adjoint des Affaires sociales et du Travail à Alep, Hassan Nader, a expliqué que ces convois s’inscrivaient dans le cadre des efforts du gouvernorat pour concrétiser la vision d’une « Syrie sans camps » et assurer les besoins essentiels des familles de retour.
Déminage : une condition indispensable à un retour sûr
Le déminage et l’élimination des déchets explosifs de guerre constituent un pilier essentiel de l’initiative. Un retour durable ne peut en effet être assuré sans offrir un environnement sûr aux habitants et rendre les terres accessibles aux activités agricoles et aux projets de développement.
Selon le dernier bilan officiel, plus de 110 000 mines et déchets explosifs de guerre ont été éliminés depuis le début de l’année 2026. Le ministre des Situations d’urgences et de la Gestion des catastrophes, Raed al-Saleh, a par ailleurs indiqué que le ministère de la Défense avait retiré environ 130 000 mines au cours de l’année 2025.
Le gouvernement œuvre pour l’élaboration d’un cadre national pour la gouvernance du dossier du déminage et à l’introduction de technologies modernes, notamment l’utilisation de drones pour les opérations de relevé, avec pour objectif de disposer, d’ici à la fin de 2027, d’une cartographie claire des zones contaminées par les mines.
Enlèvement des décombres et réhabilitation des zones
Parallèlement aux opérations de déminage, environ trois millions de mètres cubes de décombres ont été retirés au cours des huit premiers mois de 2026, selon le ministre des Situation d’urgence. L’objectif est d’en enlever une quantité similaire au cours des quatre mois suivants, sur un volume total estimé à environ 50 millions de mètres cubes.
Des travaux sont également menés afin de recycler les décombres en matériaux de construction et d’utiliser les matériaux restants pour la réhabilitation des routes, faisant ainsi de l’enlèvement des gravats une composante du processus de reconstruction et de préparation des zones de retour.
Banque mondiale : soutien aux services essentiels
Le financement international constitue un autre pilier de soutien à l’initiative, notamment dans les secteurs directement liés à la stabilité des familles de retour.
Le ministre des Finances, Mohammed Yisr Barnieh, a fait savoir que la Banque mondiale avait approuvé le financement de projets portant sur l’électricité, à hauteur de 146 millions de dollars, la gestion des finances publiques pour 20 millions de dollars, l’eau pour 150 millions de dollars et la santé pour 75 millions de dollars.
Les projets relatifs à l’eau et à la santé contribuent notamment à améliorer les services essentiels dans les régions accueillant les personnes de retour.
D’autres projets sont également en préparation dans les domaines de l’éducation, de l’énergie, de la transformation numérique, du secteur financier et de la protection sociale, pour un montant avoisinant 1,4 milliard de dollars.
En avril, le comité national a également examiné, avec une délégation des Nations unies présidée par Tom Fletcher et Alexander De Croo, les priorités nationales et le soutien aux projets de développement. Le directeur de la coopération internationale au ministère des Affaires étrangères et des Expatriés, Qutaiba Qadich, a indiqué que la réunion avait porté sur la vision nationale de la reprise ainsi que sur la vision «Syrie sans camps».
L’initiative « Syrie sans camps » évolue ainsi progressivement d’un plan destiné à répondre au déplacement des populations vers un programme national intégré de rétablissement de la stabilité, combinant la réhabilitation des zones détruites, l’organisation du retour volontaire, le déminage et l’enlèvement des décombres, l’amélioration des services ainsi que la mobilisation des financements et des partenariats internationaux.
André Chatta