Damas, (SANA) Le dossier des armes chimiques en Syrie est revenu au premier plan de l’actualité internationale, après l’annonce par les autorités syriennes et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) de la découverte de munitions et de matériaux liés au programme chimique du régime déchu.
Ce développement est considéré comme la découverte la plus importante depuis l’annonce par Damas de son adhésion à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques en 2013.
Ces nouvelles découvertes ne remettent pas seulement en lumière l’un des crimes les plus graves du régime déchu, mais ouvrent également la voie à de nouvelles procédures judiciaires visant à poursuivre les responsables de l’utilisation d’armes interdites au niveau international contre des civils, à l’ombre de revendications croissantes des organisations de défense des droits humains pour mettre fin à des décennies d’impunité.
De nouveaux progrès dans le démantèlement de l’héritage des armes chimiques
Le ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés, Assaad Hassan al-Chaibani, a indiqué que les équipes nationales spécialisées avaient réalisé « de nouveaux progrès » dans le dossier de l’élimination des vestiges des armes chimiques appartenant au régime déchu.

Il a précisé que les opérations de recherche et d’enquête avaient permis de découvrir des munitions et des matériaux entrant dans la fabrication du gaz sarin, ainsi que des équipements de mélange et de stockage qui ont été sécurisés et transférés vers des installations spécialisées en vue de leur destruction.
Al-Chaibani a indiqué que ces progrès étaient le résultat de « plusieurs mois de travail national, de renseignement et technique », en coopération avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, affirmant que la Syrie œuvre pour éliminer totalement l’héritage du programme chimique et garantir que de tels crimes ne se reproduisent plus.

Selon un communiqué de la mission syrienne auprès de l’OIAC, 54 bombes aériennes similaires à celles utilisées lors des attaques de Latamné en 2017 ont été découvertes, ainsi que 25 missiles sol-sol semblables à celles employées lors de l’attaque de la Ghouta orientale en 2013.
Des matières premières entrant dans la fabrication du gaz sarin ainsi que des milliers de documents liés à l’ancien programme chimique ont également été retrouvés.
Les autorités syriennes ont par ailleurs annoncé l’arrestation de 18 personnes liées au programme chimique, parmi lesquelles des officiers de haut rang et d’anciens experts du Centre de recherches scientifiques, ce qui constitue un véritable début pour révéler la « chaîne de commandement » responsable de l’utilisation d’armes chimiques contre les Syriens.
Des épisodes sanglants dans l’histoire des armes chimiques
Les attaques chimiques survenues en Syrie durant les années de guerre figurent parmi les crimes authentifiés par les organisations de défense des droits humains et les mécanismes internationaux d’enquête.
Parmi ces attaques les plus meurtrières figure celle de la Ghouta orientale, le 21 août 2013, lorsque l’utilisation du gaz sarin a provoqué la mort et la blessure de nombreux civils, majoritairement des femmes et des enfants, dans des scènes qui ont choqué le monde et suscité une vaste vague de condamnations internationales.

En dépit de l’annonce ultérieure par le régime déchu concernant la remise de son arsenal chimique et son adhésion à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques, les attaques utilisant des gaz toxiques se sont poursuivies dans plusieurs régions, notamment à Khan Cheikhoun dans le gouvernorat d’Idleb en 2017, à Latamné la même année, ainsi qu’à travers des dizaines d’attaques au chlore dans les banlieues de Damas, Alep et Idleb.
L’organisation Human Rights Watch a affirmé qu’au moins 85 attaques chimiques utilisant le gaz sarin et le chlore ont été authentifiées entre 2013 et 2018.
L’organisation a également authentifié l’utilisation de barils explosifs chargés de gaz chlore contre des zones civiles, soulignant que les victimes souffraient de symptômes d’asphyxie et de brûlures chimiques, tandis que des médecins ont rapporté l’arrivée de familles entières dans les hôpitaux souffrant de graves difficultés respiratoires et dégageant des odeurs similaires à celle du chlore.
La justice et le processus de poursuites judiciaires
Le bâtonnier des avocats syriens, Mohammad Ali al-Tawil, a estimé que la découverte de munitions et de matériaux liés au sarin constitue « une preuve matérielle d’une importance capitale » dans la constitution des dossiers judiciaires concernant les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité perpétrés contre les Syriens.
Al-Tawil a fait savoir que les nouvelles preuves pourraient aider à établir le lien direct entre l’infrastructure technique du programme chimique et les parties ayant exécuté les attaques, soulignant que l’arrestation d’anciens officiers et experts ouvre la voie à la révélation de la « chaîne de commandement » ayant donné les ordres d’utiliser des armes chimiques.
Le bâtonnier des avocats syriens a affirmé que les crimes liés à l’utilisation d’armes chimiques sont « imprescriptibles », et que les poursuites contre les responsables doivent continuer tant au niveau national qu’international jusqu’à ce que justice soit rendue aux victimes.
Il a ajouté que la coopération actuelle avec l’OIAC renforce les opportunités de constituer des dossiers judiciaires solides devant les juridictions nationales et internationales.
De son côté, le directeur du Réseau syrien des droits de l’homme, Fadel Abdel Ghani, a indiqué à SANA que les récentes découvertes de munitions et de matériaux chimiques liés au sarin constituent une « nouvelle preuve » que le régime déchu n’a pas pleinement respecté ses engagements concernant le démantèlement de son programme chimique.
Il a assuré que ce qui s’était produit en 2013 n’était pas simplement une déclaration incomplète, mais « une dissimulation systématique et calculée » d’une partie de l’arsenal chimique.
La redécouverte des vestiges du programme chimique du régime déchu ne représente pas seulement une évolution sécuritaire ou technique ; elle ravive également l’une des pages les plus douloureuses et les plus atroces de l’histoire syrienne contemporaine. Ces munitions et ces documents ne sont pas de simples vestiges d’armes, mais des preuves de crimes qui ont bouleversé la conscience du monde et laissé des milliers de victimes entre morts, blessés et survivants portant encore aujourd’hui les retombées des agents toxiques.
André Chatta