Damas, (SANA) Le dossier des détenus et des disparus de force en Syrie constitue l’un des dossiers humanitaires les plus douloureux et complexes, après de longues années de violations commises par le régime déchu et ayant touché des dizaines de milliers de Syriens.
Durant cette période, les prisons et centres de détention se sont transformés en lieux échappant à toute légalité, des espaces fermés marqués par de terribles souffrances qui ont duré des années, laissant des effets profonds tant chez les victimes que dans l’ensemble du tissu social syrien.
Au fil du temps, les répercussions de ce dossier ne se sont pas limitées à ceux qui ont vécu l’expérience à l’interne des prisons du régime déchu, mais se sont également étendues à leurs familles, restées prisonnières entre la peur et l’attente, à la recherche de la moindre information révélant le sort de leurs proches.
Des chiffres qui témoignent de l’ampleur de la tragédie
Selon les données du Réseau syrien des droits de l’homme, le régime déchu est responsable de l’arrestation de 160 123 personnes, parmi lesquelles 8 014 femmes et 3 736 enfants. Malgré la libération de milliers de détenus, le sort de la majorité demeure inconnu, alors que de nombreuses indications montrent que de nombreux d’entre eux sont morts sous la torture ou dans des conditions de détention extrêmement dures.
La tragédie ne se limite pas aux chiffres : elle inclut aussi des témoignages authentifiés de torture et de privation des droits fondamentaux, faisant de ce dossier l’une des violations les plus étendues et les plus marquantes pour la société syrienne.
La souffrance des familles… une attente sans fin
Des milliers de familles syriennes ont enduré un long et éprouvant parcours de recherche, passant d’une prison à une autre et d’une branche sécuritaire à une autre. Beaucoup ont été contraintes de verser d’importantes sommes d’argent à des intermédiaires en échange d’informations souvent trompeuses.
Dans d’autres cas, les familles ont reçu de brèves notifications de mort sans explication sur les causes ni sur les lieux d’inhumation, aggravant ainsi les blessures psychologiques et sociales et laissant les proches enfermés dans un cercle de douleur et d’incertitude.
Une nouvelle initiative juridique : une commission pour suivre le dossier
Début mai, le Barreau syrien a annoncé la création d’une commission juridique chargée de suivre et de représenter les familles des victimes de détention arbitraire, de disparition forcée et d’exécutions extrajudiciaires. Le Barreau a affirmé que « le droit de connaître la vérité sur le sort des disparus et les circonstances de leur disparition est un droit fondamental des familles ainsi qu’un droit collectif de la société », soulignant que ce dossier constitue un pilier essentiel de la justice transitionnelle et de la réconciliation nationale.
Le Barreau a également indiqué que la Syrie a connu des violations graves et systématiques ayant conduit à la disparition de centaines de milliers de personnes, ce qui fait du traitement de ce dossier une nécessité nationale et humanitaire.
Human Rights Watch : une opportunité pour rendre des comptes
Dans un rapport publié en 2025, l’organisation Human Rights Watch a estimé que l’effondrement du régime déchu « a créé une opportunité de demander des comptes aux responsables de plusieurs années de crimes et de violations », appelant les nouvelles autorités à protéger les preuves liées aux prisons, aux centres de détention et aux fosses communes, et à garantir que les responsables ne restent pas impunis.
L’organisation a souligné que la révélation du sort des disparus et la préservation des preuves constituent une étape essentielle dans tout processus de justice transitionnelle et de réconciliation sociétale.
En dépit des récentes avancées juridiques et en matière de droits humains, le chemin vers la justice reste encore long pour les familles des détenus et des disparus de force, qui considèrent que la révélation de la vérité représente la première étape vers la reconnaissance des victimes et la fermeture de l’une des pages les plus tragiques de l’histoire contemporaine de la Syrie.
Entre espoirs de justice et revendications pour connaître le destin des disparus, ce dossier demeure un témoignage de l’ampleur des souffrances vécues par les Syriens, ainsi que du besoin urgent d’une véritable justice garantissant que de telles violations ne se reproduisent plus à l’avenir.
André Chatta