Damas, (SANA) Pendant plus de cinq décennies, le régime sécuritaire en Syrie, depuis l’arrivée de Hafez al-Assad au pouvoir en 1970, a constitué une structure fermée fondée sur la répression et le contrôle absolu.
La vie politique y a été restreinte et toute voix d’opposition écartée. Ce régime n’était pas une simple autorité politique traditionnelle, mais un appareil complet utilisant la sécurité et la violence pour assurer sa survie et sa continuité.
Avec la transmission du pouvoir à son fils Bachar dans un État pourtant républicain, cette approche n’a pas connu de changement fondamental. Elle s’est au contraire poursuivie sous des formes plus complexes et modernes, profitant du développement des outils de surveillance et de répression. Avec le déclenchement de la révolution syrienne, cet héritage est apparu clairement, le régime déchu ayant riposté aux revendications pacifiques de changement par une violence massive rappelant les pratiques des décennies précédentes.
Le régime sécuritaire : de la fondation à la continuité
Dès les débuts du pouvoir de Hafez al-Assad, le régime déchu s’est appuyé sur un vaste réseau d’appareils sécuritaires infiltrant tous les aspects de la société, des institutions publiques jusqu’à la vie quotidienne des citoyens. Ces appareils ne se limitaient pas à la surveillance, mais pratiquaient aussi arrestations arbitraires, torture et disparitions forcées, instaurant un climat général de peur.
Ce modèle ne s’est pas transformé sous Bachar al-Assad, mais s’est renforcé en intégrant de nouveaux outils de contrôle, notamment avec l’évolution des moyens de communication.
Avec les manifestations de 2011, ces appareils sont devenus un instrument central de répression, utilisés directement pour étouffer toute mobilisation populaire pacifique, entraînant une escalade sans précédent de la violence.
Le massacre de Hama en 1982 : une plaie ouverte
Le 2 février 1982, les forces du régime déchu Hama ont envahi la ville de Hama lors d’une opération militaire de grande envergure qui a duré 27 jours. La ville a subi un siège étouffant et des bombardements intensifs visant les quartiers résidentiels. Des exécutions sommaires et des arrestations massives ont accompagné ces attaques, faisant des dizaines de milliers de victimes, dans l’un des événements les plus sanglants de l’histoire de la région.
On estime le nombre de morts à près de 40 000, en plus d’environ 17 000 disparus, avec la destruction de quartiers entiers comme Al-Hamidiya, Al-Baroudiya et Al-Sakhana. Ce massacre n’était pas seulement un moyen de réprimer toute opposition, mais aussi un message clair montrant que le régime était prêt à utiliser une violence extrême pour se maintenir au pouvoir.
Selon Fadel Abdul Ghani, directeur du Réseau syrien pour les droits de l’homme : « Le régime déchu a tué des dizaines de milliers d’habitants de Hama et en a fait disparaître des dizaines de milliers d’autres ».
Et de poursuivre : « C’est une illustration terrible de la culture de l’impunité totale. Il est honteux qu’aucun document des Nations unies n’authentifie ce massacre ni ne réclame la révélation du sort des dizaines de milliers de victimes. L’ONU a le devoir de corriger cette erreur historique ».
La révolution syrienne : une répression croissante
Avec le déclenchement de la révolution en 2011, des manifestations pacifiques ont eu lieu dans plusieurs villes, réclamant des réformes et la liberté. La riposte du régime déchu a été rapide et violente, utilisant balles réelles et arrestations massives dès les premiers jours, faisant de nombreuses victimes civiles.
À Homs, cette brutalité s’est illustrée par le « massacre de l’horloge », tandis que d’autres zones comme Tadamon et Jdeidet al-Fadl ont été le théâtre d’exécutions sommaires et de graves violations.
Le massacre de Tadamon en 2013 : une mémoire persistante
Le 16 avril 2013, le quartier de Tadamon à Damas a connu un massacre atroce faisant 288 victimes selon les organisations de défense des droits humains. Des preuves vidéo ont révélé des exécutions collectives.
Malgré le temps, ce massacre reste présent dans la mémoire collective, rappelé chaque année, soulignant l’importance de préserver la vérité.
Le massacre d’Al-Bayda (Tartous)
Un rapport des Nations unies indique qu’entre 150 et 250 civils ont été tués dans le village d’Al-Bayda, dans le gouvernorat de Tartous, au nord-ouest de la Syrie, dont trente femmes retrouvées exécutées dans une même maison en 2013. Il précise qu’il n’y avait alors aucune activité de combattants de l’opposition dans la région.
Le rapport ajoute que les témoignages concordent sur la participation active des milices de la « Défense nationale », affiliées au régime déchu, dans ces attaques, souvent en coordination avec les forces gouvernementales.
Il souligne également que des centaines de civils ont tenté de fuir le village voisin de Ras al-Nabaa, mais ont été renvoyés par des points de contrôle, avant d’être bombardés et attaqués, causant la mort de 150 à 200 civils.
Douma et la Ghouta : des armes interdites au niveau international
La violence a atteint son paroxysme avec l’utilisation d’armes chimiques par le régime déchu, en violation flagrante des lois internationales. Le 7 avril 2018, la ville de Douma a été la cible d’une attaque chimique qui a laissé des scènes tragiques, où des familles entières apparaissaient en train de suffoquer, dans l’une des images les plus choquantes de la révolution en Syrie.
Cette attaque n’était pas un cas isolé, mais s’inscrivait dans un contexte plus large d’utilisation de ces armes dans plusieurs régions, suscitant de vastes condamnations internationales. Malgré cela, ces crimes sont restés un témoignage du niveau d’escalade atteint par le conflit et de l’ampleur des souffrances subies par les civils.
Six jours sous le feu à Jdeidet al-Fadl : un exemple de destruction systématique
La ville de Jdeidet al-Fadl a été bombardée et assiégée pendant six jours consécutifs, transformant les quartiers résidentiels en zones totalement détruites.
191 civils ont été tués, dont 9 enfants et 8 femmes, 120 personnes arrêtées et des dizaines portées disparues.
Les zones sous contrôle du régime avant le 8 décembre
Selon Human Rights Watch, avant la chute du régime déchu, les forces de sécurité continuaient à détenir arbitrairement des civils, les faire disparaître et les maltraiter. Les violations visaient particulièrement ceux considérés comme opposants.
Depuis début 2024, des mesures telles que le gel illégal d’actifs ont été imposées à des centaines de personnes, constituant une forme de punition collective.
Un rapport de la Commission d’enquête internationale de l’ONU (septembre 2024) a également authentifié des violations permanentes sans véritable responsabilité des auteurs.
L’examen du bilan des massacres et violations en Syrie révèle un schéma récurrent de violence systématique sur plusieurs décennies. Ce passé est indissociable de la nature du régime, qui a fait de la répression un moyen de survie, entraînant des conséquences catastrophiques pour la société et l’État.
André Chatta