Damas, (SANA) Depuis la libération, la Syrie s’emploie à redéfinir sa position sur les scènes régionale et internationale, en fondant ses relations extérieures sur la souveraineté nationale et l’équilibre des intérêts, loin de toute logique de rupture ou de dépendance à l’égard d’une quelconque partie.
Les relations avec la Russie constituent l’un des exemples les plus marquants de cette politique. Damas s’est engagé à les réorganiser de manière à renforcer sa souveraineté sur son territoire et à redéfinir la nature de la coopération entre les deux pays sur la base de leurs intérêts communs.
Dans ce contexte, après près de 18 mois de négociations et de discussions intensives, Damas et Moscou sont parvenus, le 9 août 2026, à un mémorandum d’entente visant à réorganiser la présence russe sur le littoral syrien.
Le mémorandum prévoit que la Syrie reprenne la gestion des installations à caractère civil, notamment l’aéroport de Hmeimim et le quatrième quai commercial du port de Tartous. Les installations militaires seront réorganisées et transformées, de bases militaires, en centres conjoints d’entraînement et de qualification, selon de nouvelles modalités préservant les intérêts mutuels de Damas et de Moscou.
Le texte fixe également un délai maximal de trois mois pour achever cette transformation, après quoi les nouveaux arrangements entreront en vigueur.
Ces dispositions revêtent une importance particulière compte tenu de la position stratégique des installations concernées. Depuis l’intervention militaire russe aux côtés de l’ancien régime en 2015, l’aéroport de Hmeimim constituait un centre majeur des opérations aériennes russes en Syrie, tandis que le port de Tartous offrait à Moscou un accès maritime stratégique à la Méditerranée.
La portée de cet accord dépasse la simple réorganisation d’infrastructures stratégiques et englobe également ses implications politiques. Les relations entre Damas et Moscou évoluent, passant des arrangements propres à la phase précédente à une nouvelle formule par laquelle la Syrie cherche à consolider sa souveraineté et à instaurer une coopération fondée sur des intérêts mutuels.
Un nouveau partenariat
La coopération entre Damas et Moscou remonte à 1944 et a connu, au fil des décennies suivantes, plusieurs phases. L’ancien régime avait toutefois mis ces relations au service de ses intérêts particuliers, comme l’a notamment illustré l’intervention militaire russe à ses côtés en 2015, qui s’est accompagnée d’un renforcement de la présence russe dans plusieurs installations stratégiques syriennes, en particulier sur le littoral.
Depuis la libération, Damas a entrepris de réévaluer la nature de cette présence et les arrangements qui l’encadrent, dans le cadre d’une volonté de refonder ses relations avec Moscou. La réorganisation de la présence russe s’inscrit dans ce cadre et marque une transition d’arrangements liés aux circonstances de la période précédente à une nouvelle formule où l’État syrien détermine la nature et les domaines de coopération en fonction de ses intérêts nationaux.
Dans une déclaration à SANA, l’analyste et chercheur spécialisé dans les affaires politiques russes, Dmitry Bridzhe, estime que l’accord constitue un tournant important dans l’histoire des relations syro-russes. Il traduit, selon lui, le passage d’arrangements qui, durant les années de guerre, étaient liés à des circonstances exceptionnelles, à une relation plus équilibrée, fondée sur la négociation, le dialogue, le respect de la souveraineté et les intérêts mutuels.
Il souligne que Damas gère désormais ses relations extérieures en toute souveraineté, déterminant la nature de ses partenariats et les domaines de coopération conformes à ses intérêts.
Un processus de négociation pour redéfinir les relations
La nouvelle formule des relations entre Damas et Moscou n’est pas apparue soudainement, mais est le fruit d’un processus de négociation entamé le 29 janvier 2025, lorsque le président Ahmad Al-Charaa a reçu une délégation russe présidée par le représentant spécial du président russe pour le Moyen-Orient, Mikhaïl Bogdanov.
Le président Al-Charaa avait alors souligné que la restauration des relations devait permettre de corriger les erreurs du passé, respecter la volonté du peuple syrien et servir ses intérêts.
Cette rencontre a été suivie, en février, d’un entretien téléphonique entre le président russe Vladimir Poutine et le président Al-Charaa, au cours duquel Moscou s’est déclaré disposé à réexaminer les accords conclus avec l’ancien régime.
Le dialogue s’est poursuivi avec la visite du ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés, Assaad Hassan al-Chaibani, à Moscou en juillet 2025, puis avec les deux visites du président Al-Charaa à Moscou, en octobre 2025 et en janvier 2026.
Les discussions se sont poursuivies avec l’arrivée à Damas, le 4 février dernier, d’une délégation russe de haut niveau, venue examiner la présence militaire russe ainsi que les perspectives de coopération militaire et économique entre les deux pays, jusqu’au mémorandum d’entente conclu le 9 août.
La poursuite des négociations pendant plus d’un an et demi témoigne de la volonté de Damas de réorganiser ses relations avec Moscou plutôt que de les rompre, tout en refusant de maintenir les anciens arrangements sous leur forme précédente. Cette démarche ouvre ainsi la voie à un nouveau modèle de coopération entre les deux pays.
Une politique étrangère tous azimuts
La réorganisation des relations avec Moscou s’inscrit dans le cadre plus large de la politique étrangère syrienne depuis la libération. Celle-ci repose sur la diversification des partenariats et l’ouverture à l’environnement arabe, aux États-Unis et aux pays occidentaux, tout en maintenant des canaux de coopération avec les autres puissances internationales.
L’objectif est de construire un réseau de relations qui ne dépende pas d’un alignement sur un acteur international contre un autre, mais sur la définition, avec chaque partenaire, de domaines de coopération répondant aux intérêts nationaux, aux exigences de la reconstruction et à la consolidation de la stabilité.
Les résultats de cette politique se sont notamment traduits par un soutien international croissant aux efforts de reconstruction et de stabilisation. À l’occasion du premier anniversaire de la libération, les représentants des 15 États membres du Conseil de sécurité ont effectué une visite en Syrie, la première du genre depuis la création du Conseil en 1945.
rf.