Damas (SANA) Le mémorandum d’entente entre la Syrie et la Russie, portant sur la réorganisation de la présence russe sur le littoral syrien, constitue une nouvelle étape dans les relations bilatérales. Il intervient après près d’un an et demi de négociations intensives et vise à reformuler les relations de manière conforme à la nouvelle phase que traverse la Syrie, en consacrant le respect de sa souveraineté et de ses intérêts nationaux.
Selon le mémorandum annoncé ce dimanche, le processus de réorganisation de la présence russe sur le littoral syrien commence, l’État syrien assumant la gestion des installations à caractère civil — notamment l’aéroport de Hmeimim et le quatrième quai commercial du port de Tartous — afin de les intégrer progressivement dans le système de gestion civile.
Cette étape couronne un processus de contacts et de discussions entamé après la libération de la Syrie de l’ancien régime, fondé sur la nécessité de redéfinir la nature des relations avec les différents États selon le respect de la souveraineté nationale et des intérêts communs. Parmi ces relations figurent celles avec la Russie, longtemps liées sous le régime déchu à des accords et arrangements ayant suscité de nombreuses interrogations quant à leur nature et à leur compatibilité avec l’intérêt national syrien.
Un processus graduel de reconstruction des relations
Les contours du nouveau parcours des relations syro-russes ont commencé à apparaître lorsque le président Ahmad al-Charaa a accueilli, le 29 janvier 2025, une délégation russe conduite par Mikhaïl Bogdanov, envoyé spécial du président russe pour le Moyen-Orient.
Le président al-Charaa a affirmé que la restauration des relations avec la Russie doit corriger les erreurs du passé, respecter la volonté du peuple syrien et servir ses intérêts, soulignant que la Syrie traitera avec toutes les parties prenantes de manière principielle pour bâtir un avenir fondé sur la justice, la dignité et la souveraineté.
La partie russe a exprimé son soutien aux changements positifs en cours en Syrie, et le dialogue a mis en lumière le rôle de la Russie dans la reconstruction de la confiance avec le peuple syrien grâce à des mesures concrètes telles que les compensations, la reconstruction et le relèvement.
Le 12 février 2025, le président al-Charaa a reçu un appel téléphonique du président russe Vladimir Poutine, qui a réaffirmé le soutien de son pays à l’unité, à la souveraineté et à la stabilité de la Syrie, exprimant la disposition de Moscou à réexaminer les accords conclus avec l’ancien régime.
Le 31 juillet 2025, la visite du ministre des Affaires étrangères et des Expatriés, Assaad Hassan al-Chaibani, à Moscou a constitué une étape importante. La rencontre historique avec le président Poutine a marqué le début d’une nouvelle phase de compréhension politique et militaire entre les deux pays, fondée sur le respect de la souveraineté syrienne et le soutien à l’unité de son territoire.
Le président Poutine a réaffirmé le rejet catégorique par la Russie de toute intervention israélienne ou tentative de division de la Syrie, soulignant l’engagement de Moscou à soutenir la Syrie dans la reconstruction et la restauration de la stabilité.
La même position a été réitérée lors de la rencontre entre al-Chaibani et son homologue russe Sergueï Lavrov, qui a affirmé le soutien de son pays à l’unité, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Syrie, ainsi que la disposition de Moscou à apporter son soutien aux efforts de relèvement économique et de reconstruction.
Le 9 septembre 2025, le président al-Charaa a accueilli une délégation russe de haut niveau conduite par le vice-premier ministre Alexandre Novak, et les deux parties ont discuté des moyens de développer les relations et la coopération dans divers domaines.
Lors de sa rencontre avec la délégation russe, al-Chaibani a expliqué que les relations syro-russes ont traversé plusieurs phases d’amitié et de coopération, mais ont parfois manqué d’équilibre. Il a souligné que la libération de la Syrie a permis d’ouvrir une nouvelle page fondée sur le respect mutuel, et que toute présence étrangère sur le sol syrien doit avoir pour objectif d’aider le peuple syrien à construire son avenir.
Redéfinition de la nature de la présence russe
Avant la visite du président al-Charaa à Moscou à la mi-octobre 2025, le ministre russe des Affaires étrangères a affirmé que le président Poutine avait déclaré à plusieurs reprises que la Russie ne resterait pas en Syrie si la direction syrienne s’y opposait. Il a également évoqué la possibilité que l’une des missions de la présence russe soit la création d’un centre humanitaire utilisant le port et l’aéroport pour acheminer l’aide humanitaire.
Le 15 octobre, le président al-Charaa a effectué sa première visite à Moscou et a rencontré le président Poutine au Kremlin, où les deux parties ont discuté des relations bilatérales et des moyens de renforcer la coopération stratégique dans divers domaines.
Le président al-Charaa a affirmé que la Syrie traverse une nouvelle phase visant à reconstruire ses relations politiques et stratégiques avec les pays régionaux et internationaux, au premier rang desquels la Russie. Il a souligné le respect des accords antérieurs et la nécessité de redéfinir la nature des relations afin de garantir l’indépendance de la décision syrienne et la souveraineté nationale.
Pour sa part, le président Poutine a indiqué que les relations syro-russes remontent à plus de 80 ans, soulignant leur importance et la nécessité de reprendre les travaux du comité gouvernemental conjoint et de renforcer la coopération économique entre les deux pays.
Les discussions se sont poursuivies dans les mois suivants : le 24 décembre 2025, le ministre al-Chaibani s’est rendu à Moscou et a discuté avec Lavrov des moyens de soutenir le relèvement en Syrie, la reconstruction et le retour à la stabilité, tout en réaffirmant l’importance de préserver l’unité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie.
Le 28 janvier 2026, le président al-Charaa a effectué sa deuxième visite à Moscou et a tenu une réunion élargie avec le président Poutine en présence de hauts responsables des deux parties.
Le président al-Charaa a souligné l’importance du rôle russe dans le soutien à l’unité et à la stabilité de la Syrie, indiquant que le pays avait surmonté au cours de l’année précédente de grands défis, dont le dernier était l’unification de son territoire, et exprimant l’espoir de passer à une phase de stabilité et de paix.
Pour sa part, Poutine a insisté sur l’importance de développer les relations bilatérales dans divers domaines, notamment économiques, soulignant l’évolution continue des relations entre les deux pays et considérant le retour des régions de l’est de l’Euphrate sous l’autorité de l’État syrien comme une étape importante pour renforcer l’unité territoriale de la Syrie.
Ententes sur la coopération et la présence militaire
Le 4 février 2026, une délégation russe de haut niveau a visité Damas, comprenant le ministre du Logement Irek Faïzoulline, le conseiller du président russe Igor Levitine et le vice-ministre de la Défense, le général Iounous-bek Evkourov.
La délégation a discuté avec les ministres syriens des Affaires étrangères, Assaad Hassan al-Chaibani, et de la Défense, le général Murhaf Abou Qasra, de la présence militaire russe et des perspectives de coopération militaire entre les deux pays, dans le cadre de la coordination existante et au service des intérêts communs, ainsi que des moyens de renforcer la coopération économique et de développement.
Ces rencontres successives s’inscrivent dans un processus graduel de réorganisation des relations syro-russes, adapté à la nouvelle phase que traverse la Syrie, et visant à placer les questions liées à la présence russe dans un cadre d’ententes claires entre les deux gouvernements.
Une nouvelle phase des relations
Le mémorandum d’entente syro-russe annoncé aujourd’hui s’inscrit dans l’orientation de la Syrie visant à reconstruire ses relations extérieures sur la base de la souveraineté nationale, du respect mutuel et des intérêts communs, loin de la politique des blocs qui avait marqué les relations du régime déchu avec les puissances internationales et affaibli la position de la Syrie.
Dans cette perspective, le mémorandum ne constitue pas seulement un ensemble de dispositions liées à la présence russe sur le littoral syrien, mais reflète une transformation dans la nature des relations entre Damas et Moscou : d’une relation longtemps façonnée par des circonstances politiques et militaires imposées par le régime déchu, à une relation que la Syrie cherche désormais à organiser selon de nouvelles règles plaçant la souveraineté et l’intérêt national au premier plan.
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