Damas, (SANA) Au cours des vingt-cinq dernières années, les relations entre la Syrie et la France ont connu de profondes mutations, entre des tentatives de rapprochement diplomatique et des périodes de vives tensions politiques et juridiques, en raison des crimes et des violations commis par l’ancien régime syrien, tant sur le plan national que celui international.
Depuis la chute de l’ancien régime et l’ouverture d’une nouvelle phase politique à Damas, le processus de rapprochement entre les deux pays s’est considérablement accéléré. Ce dynamisme a été couronné par l’annonce de la visite du président français Emmanuel Macron en Syrie, qualifiée d’« historique » par plusieurs médias français.
Cette visite pourrait marquer un tournant majeur en ouvrant la voie à un nouveau partenariat stratégique, mettant fin à une longue période d’isolement et de rupture diplomatique.
Cette évolution politique et juridique, qui s’est étendue sur plus d’un quart de siècle, peut être divisée en cinq étapes majeures ayant façonné la transformation des relations franco-syriennes.
Première étape (2005) : l’assassinat de Rafic Hariri et le début de la rupture
Malgré les efforts entrepris par la France et son ancien président Jacques Chirac à la fin des années 1990 pour établir des canaux de dialogue politique avec l’ancien régime syrien, ce processus a subi un sérieux revers après l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri en 2005.
Le régime de Bachar al-Assad a été mis en cause dans ce crime, ce qui a conduit Jacques Chirac à suspendre les contacts de haut niveau avec Damas.
À l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, la France a tenté de réintégrer le régime de Bachar al-Assad sur la scène internationale après plusieurs années d’isolement. Toutefois, le déclenchement de la révolution syrienne en 2011 a profondément bouleversé la scène.
L’ancien régime a répondu aux manifestations populaires par la répression, les arrestations massives et l’usage de la violence contre les manifestants.
Deuxième étape (2011): appel au départ de Bachar al-Assad
Face à la répression violente du régime de Bachar al-Assad contre les manifestants qui réclamaient davantage de libertés et de réformes, Paris a suspendu tout rapprochement avec Damas.
En collaboration avec Londres, elle a tenté de faire adopter au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution condamnant les violations commises par le régime.
Le 11 juillet 2011, l’attaque de l’ambassade de France à Damas par des groupes pro-régime a marqué un tournant majeur, aggravant fortement les tensions entre les deux pays.
En 2012, la France a rompu ses relations diplomatiques avec le régime syrien, fermé son ambassade et soutenu un isolement diplomatique total et des sanctions européennes, tout en appuyant l’opposition syrienne et réclamant le départ de Bachar al-Assad.
Troisième étape : poursuites judiciaires et dossier des armes chimiques
La communauté syrienne en France et des organisations de défense des droits ont intensifié leurs efforts pour pousser vers la redevabilité et la justice.
Paris a suspendu ses échanges économiques et culturels avec la Syrie et soutenu les procédures judiciaires visant des responsables du régime, notamment pour l’usage d’armes chimiques.
Après l’attaque chimique de Douma et le déplacement forcé des habitants de la Ghouta orientale, la France a lancé en 2018 le Partenariat international contre l’impunité de l’utilisation des armes chimiques, une initiative réunissant une quarantaine d’États afin de demander des comptes aux auteurs de ces attaques.
L’affaire de l’homme d’affaires franco-syrien Mazen al-Dabbagh et de son fils Patrick al-Dabbagh est devenue l’une des principales procédures ayant conduit à la condamnation pénale du régime syrien déchu en France.
Arrêtés en 2013 par les services de renseignement de l’armée de l’air du régime de Bachar al-Assad, ils ont été victimes de disparition forcée avant que leur décès sous la torture ne soit confirmé.
Ouverte en 2015 en raison de leur nationalité française, la Justice française a ouvert une enquête qui terminé en mai 2024, à la condamnation par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité de trois hauts responsables du régime : Ali Mamlouk, Jamil Hassan et Abdel Salam Mahmoud. Les mandats d’arrêt internationaux restent en vigueur.
Quatrième étape : trois mandats d’arrêt contre Bachar al-Assad
En novembre 2023, la justice française a émis un mandat d’arrêt international contre Bachar al-Assad pour complicité de crimes contre l’humanité, en lien avec les attaques chimiques perpétrées contre des civils près de Damas en 2013.
Deux autres mandats d’arrêt ont ensuite été délivrés contre Bachar al-Assad : le premier, le 20 janvier 2025, pour complicité de crimes de guerre après le bombardement d’un quartier résidentiel à Daraa en 2017; le second, en septembre 2025, dans le cadre de l’enquête sur la mort de journalistes, dont des étrangers, à Homs en 2012.
Cinquième étape : la fuite d’Assad change la donne
Après la chute du régime et la fuite de Bachar al-Assad vers la Russie, le 8 décembre 2024, la Syrie et la France ont vu s’ouvrir une occasion de relancer leurs relations après plus d’une décennie de rupture, dans un contexte d’ouverture affiché par les nouvelles autorités syriennes.
La reprise des contacts diplomatiques s’est illustrée par l’arrivée d’une délégation française à Damas le 17 décembre 2024, première visite officielle à l’ambassade de France depuis sa fermeture il y a plus de dix ans.
le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Hassan al-Chaibani, a participé à une conférence internationale à Paris. Il y a notamment rencontré son homologue français, Jean-Noël Barrot, une participation perçue comme un signe du retour de la Syrie sur la scène diplomatique internationale avec un soutien français.
Des contacts présidentiels directs
Le 7 mai 2025, le président syrien Ahmad al-Charaa s’est rendu à Paris à l’invitation du président Emmanuel Macron. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté de renforcer les relations bilatérales, tandis que la France a exprimé son soutien à la souveraineté de la Syrie et son intention de travailler à la levée des sanctions européennes.
Poursuivant ce rapprochement, la présidence syrienne a annoncé, le 5 juillet, une prochaine visite d’Emmanuel Macron afin d’examiner le renforcement de la coopération bilatérale et les dossiers d’intérêt commun.
Selon la présidence syrienne, le chef de l’État français sera accompagné d’une délégation comprenant des investisseurs et des représentants d’entreprises françaises, illustrant la volonté des deux pays de développer leur coopération économique en parallèle avec le dialogue politique.
Signes de la transformation
La visite du président français à Damas marque la fin de plusieurs années de rupture diplomatique provoquée à la suite des crimes de l’ancien régime.
Elle ouvre une nouvelle étape des relations franco-syriennes, fondée sur des intérêts communs, selon les responsables des deux pays.
La presse française a largement souligné la portée de cette visite.
La Tribune l’a qualifié de « visite historique », rappelant qu’Emmanuel Macron est le premier chef d’État occidental à se rendre en Syrie depuis la chute de l’ancien régime, ce qui reflète l’ampleur de la transformation des relations entre Paris et Damas.
R kh. / L.Arfi