Capitales, (SANA) Le conflit en cours au Moyen-Orient et les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ont fait entrer le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) dans une nouvelle phase, dépassant le cadre des fluctuations temporaires des prix.
La crise de l’approvisionnement redessine les flux mondiaux du commerce de l’énergie, poussant les pays importateurs à revoir leurs stratégies et à diversifier leurs sources d’approvisionnement, tandis que les États-Unis apparaissent comme le principal bénéficiaire de cette recomposition du marché.
Selon des analyses publiées par CNN Business et Bloomberg, plusieurs institutions internationales du secteur de l’énergie estiment que le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) est entré dans une phase de fortes tensions.
Elles jugent que le retour à un équilibre entre l’offre et la demande pourrait être retardé de plusieurs années, en raison des perturbations persistantes affectant une partie des approvisionnements en provenance du Golfe, tandis que les prix au comptant ont atteint ces derniers mois des niveaux inédits.
L’Asie, principale région touchée
L’Asie est la région la plus exposée à cette crise, puisqu’elle absorbe près de 90 % des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar et des Émirats arabes unis. Toute perturbation du trafic dans le détroit d’Ormuz a donc un impact direct sur la sécurité énergétique du continent.
La société britannique Wood Mackenzie estime que la demande de GNL en Asie-Pacifique reculera pour la deuxième année consécutive, à environ 257 millions de tonnes en 2026, contre 268 millions en 2025, après un pic de 278 millions de tonnes en 2024.
Kaushal Ramesh, analyste chez Rystad Energy, a estimé que la guerre et la fermeture du détroit d’Ormuz ont retardé de deux ans le retour à l’équilibre du marché du gaz naturel liquéfié (GNL). Selon lui, cette situation devrait maintenir les prix à un niveau élevé et entraîner un recul progressif de la demande mondiale, en particulier en Chine, où les importations devraient enregistrer leur plus forte baisse structurelle au cours des prochaines années.
Chine, Inde et Pakistan : différentes stratégies
En Chine, les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) devraient reculer à 62,4 millions de tonnes cette année, sous l’effet du ralentissement de la demande locale, de niveaux de stocks élevés et de la diversification des sources d’approvisionnement.
L’Inde tente d’atténuer l’impact de la hausse des prix en développant le recours à des combustibles de substitution, tels que le propane, le fioul et le naphta, tout en restant fortement dépendantes des importations de gaz de pétrole liquéfié (GPL) transitant par le détroit d’Ormuz.
Au Pakistan, la pression s’accentue après les perturbations ayant affecté une partie des livraisons contractuelles en provenance du Qatar, contraignant le pays à se tourner davantage vers le marché au comptant.
Selon la plateforme spécialisée Energy Intelligence, Islamabad a acheté une cargaison de gaz naturel liquéfié (GNL) à 20,7 dollars par million d’unités thermiques britanniques (MMBtu), le prix le plus élevé payé par le Pakistan depuis quatre ans.
Les États-Unis s’imposent sur le marché du GNL
Les États-Unis apparaissent comme le principal bénéficiaire de cette crise, grâce à la hausse de leurs exportations, qui contribue à combler une partie du déficit d’approvisionnement des marchés européen et asiatique.
S&P Global estime que la crise pourrait accélérer l’approbation de nouveaux projets américains d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), représentant une capacité supplémentaire d’environ 30 millions de tonnes par an à partir de l’année prochaine.
Selon Bloomberg, la demande de gaz destinée à alimenter les installations de liquéfaction devrait doubler au cours des cinq prochaines années. Les exportations de GNL pourraient ainsi représenter environ 25 % de la demande intérieure américaine d’ici 2031, contre près de 13 % actuellement.
Europe : la réduction de la dépendance au gaz russe mise à l’épreuve
En dépit des efforts engagés par l’Union européenne pour réduire sa dépendance au gaz russe, les données récentes font état d’une hausse des importations en provenance de Russie, sous l’effet des tensions sur l’approvisionnement mondial.
Selon des données d’Eurostat et des informations rapportées par TASS, les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe par l’Union européenne ont atteint un niveau record au premier semestre.
La valeur des achats de gaz russe a atteint environ 1,5 milliard d’euros en mai, son plus haut niveau depuis le début de 2025, tandis que le gazoduc TurkStream demeure la principale ligne d’acheminement du gaz russe vers l’Europe.
Les données montrent que la sécurité énergétique et la diversification des sources d’approvisionnement resteront au cœur des stratégies des pays importateurs dans les prochaines années, alors que les évolutions géopolitiques continuent d’influencer les marchés mondiaux du gaz naturel liquéfié (GNL).
a.h. / A.Ch.