Capitales, (SANA) L’action européenne s’intensifie pour mettre sur pied une coalition navale multinationale chargée de sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz, alors que Londres et Paris renforcent leur « positionnement militaire proactif » à proximité de l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde, sur fond de craintes croissantes liées à la perturbation durable du transport maritime et énergétique, et à l’escalade des tensions entre Washington et Téhéran.
Avec le passage du mouvement européen de la phase des consultations politiques à celle de la planification militaire concrète, Londres et Paris ont déployé des bâtiments de guerre, des avions de combat et des systèmes de surveillance dans la région, tout en mobilisant un soutien international dépassant quarante pays. Les deux capitales affirment vouloir constituer une force défensive destinée à protéger le commerce mondial et à éviter que la région ne bascule dans un affrontement plus large, tandis que Téhéran considère cette présence comme un rapprochement militaire inquiétant vers l’un des couloirs maritimes les plus sensibles au monde.
Macron : la réouverture du détroit d’Ormuz est une priorité absolue
Le président français Emmanuel Macron a annoncé l’intention de son pays de lancer, aux Nations unies, une initiative visant à établir un « cadre préliminaire pour une mission neutre et pacifique », destinée à garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz à l’avenir.
Macron a déclaré, dans un entretien accordé à des chaînes françaises et relayé par l’AFP, que le détroit d’Ormuz devait être rouvert « sans conditions et sans aucun droit de passage, par la levée de toutes les formes de blocus ». Il a souligné que cette réouverture constituait une priorité absolue à réaliser avant d’aborder les autres dossiers par la négociation.
Paris, en coordination avec Londres, tente de dissocier le dossier d’Ormuz des autres volets du conflit opposant Washington à Téhéran, et de convaincre les deux parties d’accepter une mission navale multinationale chargée de protéger la navigation une fois le cessez‑le‑feu consolidé et les blocus réciproques levés.
Selon la proposition franco‑britannique, l’initiative devrait se traduire par un projet de résolution au Conseil de sécurité, définissant le cadre juridique et politique de la mission envisagée.
Du soutien politique à la planification militaire
L’action européenne ne se limite plus aux déclarations politiques : elle est désormais entrée dans une phase de planification opérationnelle. Londres a récemment accueilli de larges réunions réunissant des planificateurs militaires de plus de quarante pays, afin d’examiner les détails de la force navale proposée, les mécanismes de commandement et de contrôle, ainsi que les capacités nécessaires pour protéger les navires commerciaux, neutraliser les mines et sécuriser les voies maritimes.
Le ministère britannique de la Défense a évoqué la tenue de la première réunion des ministres de la Défense dans le cadre de cette mission multinationale, sous la présidence du ministre britannique John Healey et de son homologue française Catherine Vautrin. Une étape qui marque le passage du simple travail diplomatique à la construction d’une structure opérationnelle prête à agir « lorsque les conditions le permettront ».
Les pays participants ou soutenant l’initiative incluent des États européens, asiatiques et du Golfe, parmi lesquels l’Allemagne, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Certaines nations conditionnent toutefois leur engagement effectif à l’obtention d’une couverture juridique internationale et d’une résolution du Conseil de sécurité.
Royaume‑Uni et France : un positionnement militaire proactif
Sur le terrain, Londres et Paris ont entamé des mesures concrètes pour renforcer leur présence militaire dans la région. Selon la BBC, le Royaume‑Uni a annoncé l’envoi du destroyer HMS Dragon, de chasseurs Typhoon et de systèmes téléopérés destinés à détecter les mines et contrer les drones, en plus d’un financement supplémentaire de 115 millions de livres sterling pour soutenir la mission.
Le ministre britannique de la Défense a affirmé que la mission serait « défensive, autonome et crédible », soulignant que Londres souhaite rassurer le secteur maritime mondial et réaffirmer son attachement à la liberté de navigation.
De son côté, la France a déployé le porte‑avions Charles‑de‑Gaulle et son escorte vers la mer Rouge et le Golfe, dans ce que Paris qualifie de « positionnement proactif » destiné à réduire le temps de réaction au lancement de la mission.
Signe de l’élargissement du future coalition, l’Australie a annoncé ce mercredi son adhésion à la mission. Le ministre australien de la Défense, Richard Marles, a précisé que son pays contribuerait avec un avion de surveillance Wedgetail E‑7A.
Washington: un soutien indirect
Les États‑Unis apparaissent en arrière‑plan sans rejoindre directement la coalition européenne, disposant déjà d’une présence militaire importante dans le Golfe et travaillant sur une initiative distincte pour sécuriser la navigation. Le président américain Donald Trump continue par ailleurs de presser les Européens d’assumer une plus grande part de responsabilité dans la protection du détroit.
Le dilemme de la coalition : dissuader sans déclencher la guerre
Malgré la mobilisation internationale, la mission demeure confrontée à de sérieuses complications, notamment les avertissements iraniens quant à une possible riposte à toute tentative d’imposer une nouvelle réalité militaire dans la région.
Londres et Paris s’efforcent, à l’inverse, de présenter la mission comme un outil de « protection et de dissuasion » destiné à rassurer les compagnies maritimes, et non comme un projet d’affrontement ouvert. Elles placent ainsi la « coalition d’Ormuz » face à trois scénarios principaux : devenir une force opérationnelle escortant les navires et rouvrant les routes commerciales ; rester un cadre politico‑militaire de dissuasion et de pression ; ou glisser vers un nouveau point de friction au cœur de l’un des détroits les plus sensibles au monde.
M.Ch.