Damas, (SANA) Le marché mondial du pétrole est entré en septembre en cours dans une phase particulièrement sensible, alors que l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran coïncide avec l’aggravation des risques autour des détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, deux des principaux passages maritimes reliant les régions productrices d’énergie aux marchés mondiaux.
Avec le retour du Brent au-dessus de la barre des 100 dollars le baril en septembre, le marché est désormais confronté à une équation encore plus complexe : le détroit d’Ormuz menace les approvisionnements en provenance du Golfe, tandis que Bab el-Mandeb met en péril l’une des principales voies alternatives permettant leur acheminement vers l’Asie et l’Europe.
Ormuz : le premier goulet d’étranglement du marché énergétique
Les répercussions de la guerre américano-iranienne ont commencé à apparaître clairement sur le marché pétrolier dès la fin du mois de février dernier.
Le 30 mars, le Fonds monétaire international a mis en garde contre le fait que la fermeture détroit d’Ormuz et les dommages causés aux infrastructures régionales avaient provoqué la plus importante perturbation du marché pétrolier mondial, selon l’évaluation de l’Agence internationale de l’énergie.
Le FMI a souligné qu’environ 25 à 30 % de la production mondiale de pétrole et 20 % du gaz naturel liquéfié transitent habituellement par le détroit. Il a également mis en garde contre la transmission de ce choc aux économies importatrices d’énergie, par le biais de la hausse des prix des carburants ainsi que des coûts de production et de transport.
Les pressions se sont renouvelées à la fin du mois d’août avec la reprise de l’escalade américano-iranienne, entraînant une hausse rapide des cours du pétrole.
Au début de septembre, le Brent a progressé de 4,6 % en une seule séance pour s’établir à 94,65 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) a gagné 5,2 %, à 90,22 dollars, sur fond de craintes concernant une nouvelle interruption des approvisionnements transitant par Ormuz.
Les 8 et 9 septembre, le Brent a franchi la barre des 100 dollars pour la première fois depuis juillet, alors que les flux pétroliers passant par Ormuz continuaient de diminuer.
Selon Reuters, les exportations de brut et de dérivés pétroliers du Moyen-Orient ont chuté à environ 9 millions de barils par jour, contre près de 20 millions avant le déclenchement de la guerre, le 28 février.
Le trafic maritime illustre l’ampleur de cet engorgement. Le 10 septembre, les données de suivi des navires citées par Reuters ont montré que seulement sept navires avaient franchi le détroit d’Ormuz, contre une moyenne de 14 navires sur les dix jours précédents.
Aucun méthanier transportant du gaz naturel liquéfié n’a traversé le détroit ce jour-là. À l’inverse, Bab el-Mandeb a enregistré 28 mouvements de navires de marchandises, un niveau proche de sa moyenne sur dix jours.
Bab el-Mandeb : l’itinéraire alternatif saoudien désormais sous la menace
L’importance stratégique de Bab el-Mandeb tient au fait qu’il constitue le maillon suivant de la chaîne d’approvisionnement pétrolière lorsque le passage par Ormuz devient impossible.
L’Arabie saoudite peut transporter son brut depuis les gisements pétroliers de l’est du pays par l’oléoduc Est-Ouest jusqu’au port de Yanbu, sur la côte occidentale de la mer Rouge. De là, les pétroliers peuvent se diriger vers le sud à travers la mer Rouge, franchir Bab el-Mandeb, puis rejoindre l’océan Indien et les marchés asiatiques, en contournant ainsi le détroit d’Ormuz.
Le port saoudien de Yanbu a acquis une importance exceptionnelle durant la guerre. Le 10 septembre, Reuters a rapporté que les chargements de brut et de condensats au départ de Yanbu avaient atteint environ 3,7 millions de barils par jour au début du mois de septembre, selon les données de Vortexa, contre 3,2 millions de barils par jour en août. Ces volumes avaient auparavant diminué en juillet et en août en raison de l’intensification des attaques des Houthis à proximité de Bab el-Mandeb.
Les Houthis accentuent la pression sur le dernier maillon de la route vers l’Asie
Le 10 septembre, Reuters a rapporté que les Houthis au Yémen avaient pris le contrôle de la ville de Mokha et progressaient en direction des îles Hanish, une évolution qui les rapproche du détroit de Bab el-Mandeb.
L’agence a également indiqué que cette progression menaçait les voies pétrolières et commerciales, notamment les exportations saoudiennes depuis le port de Yanbu, après l’annonce par les Houthis d’un blocus maritime visant les navires saoudiens.
Le 11 septembre, les risques se sont encore accrus avec l’arrivée des Houthis sur l’île stratégique de Périm, située dans le détroit de Bab el-Mandeb, parallèlement à leur prise de contrôle de la zone côtière de Dhubab, selon des sources yéménites citées par Reuters.
Le même jour, l’oléoduc saoudien Est-Ouest a été visé par une attaque de drone en provenance d’Irak, entraînant sa fermeture temporaire. Cette attaque a ainsi frappé directement une voie considérée comme une alternative au détroit d’Ormuz.
La hausse du coût des pétroliers alourdit encore le prix du baril
Les conséquences de la fermeture ou de la menace pesant sur les passages maritimes ne se limitent pas aux volumes de pétrole arrivant sur les marchés. Les risques sécuritaires augmentent également le coût du transport de chaque baril.
Selon Reuters, les tarifs d’affrètement des pétroliers ont atteint des niveaux records. Le coût d’affrètement d’un superpétrolier de type VLCC entre le golfe d’Oman et la Chine a atteint l’équivalent d’environ 11,50 dollars par baril, en raison de l’augmentation des risques sécuritaires et de la diminution du nombre de pétroliers disponibles dans le Golfe.
Le même jour, l’agence a indiqué que l’arrivée des Houthis sur l’île de Périm avait renforcé les craintes concernant la sécurité d’une voie maritime vitale pour l’énergie et le commerce. Cela signifie que le marché ne paie plus seulement le prix du pétrole brut, mais également une prime de risque liée à son acheminement jusqu’au consommateur.
L’Arabie saoudite entre Ormuz, Yanbu et Bab el-Mandeb
L’importance de l’Arabie saoudite apparaît tout particulièrement dans cette situation, car elle est le premier exportateur mondial de pétrole et parce que sa capacité à recourir à des itinéraires d’exportation alternatifs est devenue un facteur déterminant pour l’équilibre du marché.
Le 11 septembre, l’Agence internationale de l’énergie a indiqué que les approvisionnements saoudiens en brut avaient chuté en août à environ 6 millions de barils par jour, soit leur niveau le plus bas depuis plus de trois décennies, avec une baisse de 2,3 millions de barils par jour par rapport au mois précédent.
L’Agence a attribué cette baisse aux attaques visant les infrastructures et les navires liés au secteur pétrolier, notamment aux attaques menées près de Bab el-Mandeb, du port de Yanbu et de la raffinerie de Jizan, ainsi qu’à celles ayant visé des installations pétrolières à l’intérieur du Royaume.
Dans la phase actuelle, les prix du pétrole ne sont donc plus déterminés uniquement par l’équation traditionnelle entre production et consommation. Ils sont désormais soumis à une nouvelle équation intégrant la sécurité des voies maritimes, le coût des pétroliers, les assurances, la capacité des producteurs à recourir à des itinéraires alternatifs et le risque de voir la guerre se déplacer d’un goulet d’étranglement stratégique à un autre.
Une situation qui rend aujourd’hui le marché mondial du pétrole plus exposé aux risques que jamais.
André Chatta