Damas, (SANA) La prise en charge par l’État syrien de la gestion du quatrième quai commercial du port de Tartous, conformément au mémorandum d’entente conclu avec la Russie, permettra d’accroître la capacité opérationnelle du port, d’accélérer la manutention des marchandises et de réduire la pression sur ses autres quais.
Toutefois, selon deux experts économiques, la transformation de ces capacités en retombées économiques durables dépendra du développement des infrastructures et des services logistiques, ainsi que de la mise en place d’un environnement favorable aux investissements et aux opérations financières.
Cette mesure s’inscrit dans le cadre de la réorganisation de la présence russe sur le littoral syrien et de l’intégration progressive, dans le système de gestion syrien, des installations à caractère civil concernées par le mémorandum.
Importance opérationnelle du quatrième quai
L’importance du quatrième quai réside notamment dans ses caractéristiques techniques et sa capacité opérationnelle.
Mazen Allouche, directeur de la gestion des relations et de la coopération internationale au sein de l’Autorité générale des ports et des douanes, avait précédemment indiqué à SANA que le quai s’étend sur une longueur de 630 mètres et que son tirant d’eau varie entre 10 mètres dans sa partie orientale et 13,20 mètres dans sa partie occidentale. « Ces caractéristiques permettent au quai d’accueillir simultanément trois grands navires transportant des cargaisons pouvant atteindre 55 000 tonnes », a-t-il précisé.
Allouche a précisé que la proximité du quatrième quai avec le cinquième quai, réservé aux navires rouliers transportant des véhicules et des engins, ainsi qu’avec les entrepôts et les espaces de stockage adjacents, permet une complémentarité dans les opérations d’accueil des navires et de manutention de différents types de marchandises.
Il a souligné que la mise en service du quai contribuera à réduire l’encombrement des navires et la pression exercée sur les autres quais du port, à accélérer les opérations de chargement et de déchargement, à augmenter les taux de manutention et la productivité, ainsi qu’à raccourcir les temps d’attente des navires.
De la capacité opérationnelle aux retombées économiques
L’expert économique et bancaire, Ibrahim Qouchji, a fait savoir à SANA que la prise en charge du quai par l’État permettrait de réorganiser son exploitation conformément aux priorités économiques nationales et de renforcer le rôle des institutions syriennes dans la gestion des actifs et des infrastructures stratégiques.
Selon Qouchji, l’importance des ports et des aéroports ne se limite pas à leur exploitation directe : elle tient également à leur rôle dans les échanges commerciaux, les transports, l’énergie et la connexion entre les marchés. L’efficacité de leur gestion constitue ainsi un facteur influant sur l’activité économique.
Il a indiqué que l’exploitation optimale des capacités opérationnelles du quatrième quai nécessite la modernisation des équipements et des systèmes utilisés pour la réception, le stockage et la manutention des marchandises, le développement des services environnants, ainsi que son raccordement aux réseaux de transport routier et ferroviaire.
Il a ajouté que la réduction du temps de manutention des marchandises et la baisse des coûts de transport et de stockage constituent deux facteurs essentiels pour renforcer la compétitivité du port de Tartous et accroître sa capacité à attirer des flux commerciaux supplémentaires.
Position géographique et opportunités commerciales
Qouchji estime que la situation géographique du port de Tartous offre des possibilités d’élargir son rôle au service du marché syrien et des activités d’importation et d’exportation, tout en permettant à l’avenir de tirer parti des voies commerciales reliant la Méditerranée orientale aux marchés régionaux.
Il a expliqué que l’amélioration des liaisons entre le port, les centres de production et les marchés intérieurs pourrait soutenir les exportations syriennes et renforcer le rôle du port comme point de transit pour les marchandises destinées aux pays de la région, à condition de proposer des services de transport et de stockage compétitifs et de simplifier les procédures douanières.
Il a également indiqué que l’augmentation de la capacité opérationnelle du port pourrait générer des recettes supplémentaires grâce aux services de manutention, de stockage et de transport, et contribuer au financement du développement des infrastructures. « La concrétisation de ces bénéfices dépend toutefois de l’efficacité de l’exploitation et du volume des échanges commerciaux », a-t-il dit.
Qouchji a souligné que la prise en charge par l’État des installations civiles concernées par le mémorandum offre un cadre plus clair pour la gestion et la valorisation de ces actifs.
« Elle pourrait également renforcer la confiance des investisseurs dans l’environnement des affaires, à condition qu’elle s’accompagne de contrats clairs, d’une gestion transparente et de plans d’investissement réalisables », a-t-il ajouté.
Des retombées économiques qui ne sont pas automatiques
Pour sa part, l’expert économique Younes Al-Karim estime que la prise en charge du quatrième quai par l’État constitue un acquis important, mais qu’elle ne générera pas automatiquement des retombées économiques sans une évaluation technique et financière des actifs et l’élaboration d’un plan clair pour leur gestion et leur exploitation.
Al-Karim a souligné que la priorité consiste à déterminer les besoins du quai en matière d’équipements, de maintenance et de services, ainsi qu’à améliorer l’efficacité de son exploitation afin d’accroître sa capacité à recevoir des marchandises et à soutenir les échanges commerciaux extérieurs.
Selon lui, l’exploitation économique du quai nécessite également un environnement financier et bancaire susceptible de soutenir les opérations de commerce extérieur, notamment les transferts de fonds, le financement et l’assurance, ainsi qu’un cadre juridique clair et des mécanismes d’investissement transparents.
Il a affirmé la nécessité de veiller à ce que tout futur contrat d’investissement garantisse les droits de l’État et sa part des recettes, et à éviter que les actifs publics ne se transforment en concessions de longue durée procurant des revenus limités au Trésor public.
Il a également souligné l’importance de définir clairement les conditions d’exploitation, la durée des investissements et les indices de performance.
Priorité au marché syrien
Al-Karim a indiqué que, durant la première phase, la priorité devrait être accordée à l’amélioration de l’efficacité du quai et à son intégration dans les opérations du port de Tartous, afin de renforcer la capacité de ce dernier à répondre aux besoins du marché syrien et à soutenir les activités d’importation et d’exportation.
Il a précisé que la demande attendue en matériaux de construction, équipements et marchandises durant la phase de reconstruction pourrait constituer une base pour la croissance des activités portuaires et des services logistiques qui y sont associés.
Il a estimé que toute ambition visant à transformer le port de Tartous en plateforme régionale devrait être précédée par le développement des infrastructures, l’amélioration des connexions avec les réseaux routiers et ferroviaires et avec les services douaniers, ainsi que par une réduction des coûts d’exploitation, afin de permettre au port de concurrencer les autres ports de la Méditerranée orientale.
Il a souligné que l’évaluation de l’impact économique réel du quatrième quai nécessite de connaître le volume des échanges commerciaux qu’il accueillera, les recettes générées par son exploitation, les investissements nécessaires à son développement, ainsi que son degré d’intégration avec les autres installations portuaires et les réseaux de transport intérieurs.
Réorganisation de la présence russe
La Syrie avait annoncé dimanche avoir conclu avec la Russie un mémorandum d’entente portant sur la réorganisation de la présence russe sur le littoral syrien, à l’issue d’un an et demi de négociations et de discussions présidée par le ministère des Affaires étrangères et des Expatriés.
Le mémorandum prévoit que l’État syrien prenne en charge la gestion des installations à caractère civil, en premier lieu l’aéroport de Hmeimim et le quatrième quai commercial du port de Tartous, et qu’il les intègre progressivement au système de gestion civile.
A.Ch.