Damas, (SANA) Dans une initiative ayant d’importantes dimensions économiques et géopolitiques, la Syrie et l’Irak ont annoncé le lancement d’une nouvelle phase de coopération dans le secteur de l’énergie, à travers la signature de deux mémorandums d’entente visant à réhabiliter et remettre en service l’oléoduc Kirkouk–Banias, l’un des projets d’infrastructure pétrolière les plus importants de la région.
Ces mémorandums interviennent à un moment où le Moyen-Orient connaît de profonds bouleversements en matière de sécurité énergétique, à la suite des tensions militaires survenues ces derniers mois, qui ont mis en évidence la nécessité de diversifier les voies d’exportation du pétrole et de sécuriser des corridors plus stables pour les marchés mondiaux.
Le projet reflète une volonté de réactiver un corridor stratégique reliant les champs pétrolifères irakiens à la côte syrienne sur la mer Méditerranée, tout en attirant des investissements internationaux destinés à favoriser le développement et l’intégration économique.
Un partenariat syro-irakien avec des entreprises internationales pour relancer un corridor stratégique
Lors de réunions tenues aux États-Unis, la Société syrienne du pétrole (Syrian Petroleum Company) et la Basra Oil Company ont signé un mémorandum d’entente portant sur la réhabilitation de l’oléoduc irako-syrien Haditha–Banias, historiquement relié à l’oléoduc Kirkouk–Banias.
Un second mémorandum d’entente a également été signé avec un consortium réunissant Chevron, UCC Holding et TI Capital, chargé de réaliser les études techniques et financières ainsi que d’établir les bases opérationnelles du projet, en vue de lancer les travaux de réhabilitation conformément aux normes techniques les plus élevées.
Une fois modernisé, l’oléoduc devrait atteindre une capacité de transport d’environ deux millions de barils de pétrole brut par jour, ce qui en ferait l’un des plus grands projets d’infrastructure énergétique de la région et permettrait à la Syrie de retrouver son rôle de principal corridor d’acheminement du pétrole vers la Méditerranée.
Un projet au service de la sécurité énergétique et du développement économique
Au-delà de la remise en service d’un oléoduc historique, ce projet répond aux développements récents quant aux marchés mondiaux de l’énergie. Il offrira à l’Irak une nouvelle voie terrestre d’exportation de son pétrole, contribuant ainsi à diversifier les itinéraires d’approvisionnement, à réduire les coûts de transport et à renforcer la résilience du commerce pétrolier.
Le projet devrait également avoir des retombées positives pour l’économie syrienne grâce à la dynamisation des activités portuaires, à l’augmentation des recettes issues des droits de transit et des services logistiques, à l’attraction de nouveaux investissements dans les secteurs du pétrole et du gaz, au soutien des projets d’infrastructure et à la création d’offres d’emploi, consolidant ainsi la position de la Syrie au sein du système énergétique régional.
Qablawi : La Syrie ouvre la voie aux investissements énergétiques
Commentant la signature des mémorandums, le directeur général de la Société syrienne du pétrole, l’ingénieur Youssef Qablawi, a indiqué que la présence de la Syrie à la Chambre de commerce américaine vise à renforcer les relations économiques avec les pays voisins, en particulier l’Irak.
Il a souligné que la coopération entre les deux pays connaît une évolution rapide dans le secteur de l’énergie et que l’exportation du pétrole irakien via la Syrie témoigne d’un niveau avancé de partenariat bilatéral.
De son côté, le ministre de l’Énergie Mohammad Al-Bachir a qualifié le mémorandum d’entente conclu avec l’Irak de « pas stratégique pour la remise en service de l’un des plus importants oléoducs de la région », affirmant qu’il renforcera le rôle de la Syrie en tant que corridor énergétique régional reliant les ressources de la région à la Méditerranée et ouvrira de nouvelles perspectives de coopération et d’investissement.
Washington : un projet prioritaire favorisant la stabilité
Les États-Unis ont rapidement mis en exergue la signature du mémorandum. Le Département d’État américain a indiqué que le projet de réhabilitation de l’oléoduc Kirkouk–Banias constitue une priorité dans le domaine des infrastructures stratégiques et reflète la détermination de la Syrie et de l’Irak à restaurer un corridor énergétique essentiel reliant le pétrole irakien aux marchés méditerranéens et internationaux.
Le Département d’État a ajouté que ce mémorandum représente une étape importante dans les relations syro-irakiennes, estimant que l’engagement des deux pays à réhabiliter et exploiter l’oléoduc, à établir un cadre juridique pour le projet et à coopérer avec le consortium international contribuera à renforcer la sécurité et la stabilité grâce au soutien de la prospérité économique.
Il a également mis l’accent sur la participation d’un consortium international dirigé par des entreprises américaines pour la mise en œuvre des volets techniques et financiers du projet, précisant que l’oléoduc disposera, après sa réhabilitation, d’une capacité initiale de transport de deux millions de barils de pétrole brut par jour, faisant de lui l’un des projets énergétiques les plus ambitieux de la région.
Des convois de fioul à la remise en service de l’oléoduc
Ce projet couronne un processus engagé dès le 1er avril dernier, lorsque des convois de fioul irakien ont commencé à transiter par le poste-frontière d’Al-Tanf en direction de la raffinerie de Banias. Les équipes syriennes y ont entrepris les opérations de déchargement, de stockage puis de rechargement des cargaisons sur des pétroliers destinés à l’exportation vers les marchés internationaux.
À mesure que les volumes acheminés augmentaient, les équipes techniques de la raffinerie de Banias ont réalisé des travaux d’ingénierie qui ont permis d’accroître la capacité opérationnelle des installations de déchargement. Cette modernisation a accéléré les opérations d’expédition et confirmé que les infrastructures syriennes sont pleinement aptes à gérer les opérations de transit avec un haut niveau d’efficacité.
Le passage du transport du pétrole par camions-citernes à la remise en service de l’oléoduc Kirkouk–Banias constitue une évolution stratégique majeure. Il marque la transition de solutions logistiques temporaires vers une infrastructure permanente, capable d’acheminer des volumes beaucoup plus importants de manière plus efficace et à moindre coût, tout en renforçant le rôle de la Syrie en tant que principal corridor énergétique entre l’Irak et les marchés internationaux.
André Chatta