Tartous, (SANA) A l’ombre de transformations accélérées que connaît le secteur des transports et du commerce au Moyen-Orient, les ports syriens reviennent progressivement au premier plan de l’activité économique régionale, portés par la hausse de l’activité de transit et l’intérêt international et régional croissant pour la position géographique de la Syrie.
Le port de Tartous s’impose aujourd’hui comme l’un des principaux pôles logistiques de la Méditerranée orientale, avec des indices en hausse concernant le trafic maritime et les marchandises, ainsi que le retour des lignes de transit terrestre vers les pays arabes après de longues années d’interruption.
Retour du transit international via la Syrie
Le port de Tartous a accueilli ce jeudi un navire en provenance de Roumanie chargé de bois. Il s’agit du premier convoi de transit international acheminé par voie terrestre vers l’Irak à travers le territoire syrien depuis 14 ans, dans une démarche qui reflète le retour de l’activité commerciale et logistique dans les ports syriens.

Le directeur des relations au sein de l’Autorité générale des postes-frontières et des douanes, Mazen Allouch, a indiqué à SANA que la cargaison était arrivée au port et que les opérations de déchargement et de manutention avaient immédiatement commencé grâce aux équipes techniques et aux cadres spécialisés, à un rythme soutenu, afin de garantir la fluidité du transport terrestre des marchandises vers leur destination finale conformément aux normes logistiques les plus élevées.
Allouch a fait savoir que le passage de cette cargaison par le territoire syrien constitue une étape qualitative vers le rétablissement du rôle du pays en tant que centre vital et corridor principal pour le transport et le commerce régional, et reflète également des signes clairs de reprise du transport international et des chaînes d’approvisionnement après des années d’interruption.
Des chiffres qui reflètent l’essor de l’activité commerciale
Alors que le Moyen-Orient connaît des transformations rapides des voies commerciales, énergétiques et du transport maritime, le port de Tartous retrouve une place centrale dans la stratégie économique syrienne, non seulement en tant que principal débouché maritime sur la côte syrienne, mais aussi comme un nœud logistique en expansion reliant les marchés régionaux et les lignes de transit s’étendant de la Méditerranée vers l’intérieur du monde arabe.
Le retour du transit terrestre vers l’Irak à travers le territoire syrien après une interruption de 14 ans constitue un indice économique important du rétablissement progressif du rôle traditionnel de la Syrie comme corridor commercial reliant la Méditerranée orientale aux marchés arabes, ce qui confère au port de Tartous une importance accrue dans la nouvelle équation du transport régional.

Les chiffres enregistrés par le port au cours du premier trimestre de l’année 2026 reflètent clairement cette transformation. Selon les données de l’Autorité générale des postes-frontières et des douanes, le port a accueilli 298 navires, dont 266 cargos et 32 navires de maintenance. Le volume des opérations d’importation et d’exportation a dépassé 2,75 millions de tonnes, dont 2,25 millions de tonnes de marchandises importées, en plus de l’exportation d’un demi-million de tonnes de phosphate et de 20 000 tonnes de diverses marchandises.
Le port a également accueilli 100 navires en un seul mois, ce qui reflète une nette hausse de l’activité commerciale et maritime.
Un port qui dépasse son rôle traditionnel
Le port de Tartous n’est plus seulement une plateforme de chargement et de déchargement des marchandises, mais devient désormais une plateforme stratégique pour la relance du transit dans la région. Cette évolution s’est manifestée clairement avec l’arrivée, le 12 mai 2026, de deux navires en provenance de Roumanie transportant environ 32 000 têtes de moutons et de bovins, transférées par voie terrestre vers la Jordanie dans le cadre du transit.
Dans ce contexte, le secrétaire des douanes du port, Riyad Joudi, a affirmé à l’agence SANA le 12 mai 2026 que l’arrivée des deux navires « reflète la croissance du transit via le port et la confiance des entreprises régionales en tant que centre logistique stratégique », soulignant que cette activité contribue à soutenir l’économie nationale, redynamiser le mouvement commercial et créer des emplois.
Cette déclaration révèle un aspect important des transformations en cours dans la fonction du port, dont l’importance ne se limite plus au marché local, mais réside désormais dans sa capacité à servir le commerce de transit entre l’Europe, la Méditerranée orientale et les pays arabes voisins, en tirant parti de sa position géographique reliant la Méditerranée à la profondeur territoriale syrienne jusqu’à l’Irak, la Jordanie et le Golfe arabe.
Sécurité alimentaire et transport intégré
Le rôle stratégique du port s’est également illustré dans le dossier de la sécurité alimentaire, avec l’arrivée du navire « INESSA » le 7 avril 2026, chargé d’environ 45 000 tonnes de blé. L’opération ne s’est pas limitée au déchargement maritime, mais s’est immédiatement intégrée à un système de transport combiné via le réseau ferroviaire.

Le directeur adjoint de la branche ferroviaire de Tartous, Nidal Abdel Qader, a souligné à SANA le 7 avril 2026 que les équipes de l’institution avaient immédiatement commencé, dès l’arrivée du navire, le transport d’environ 10 000 tonnes de blé par train vers les silos d’Al-Nassiriya à Damas et de Chinchar à Homs, affirmant que le transport ferroviaire « garantit l’acheminement rapide de grandes quantités, réduit la pression sur les réseaux routiers terrestres et diminue les coûts de transport par rapport aux camions ».
Cette intégration entre le transport maritime, terrestre et ferroviaire reflète une orientation gouvernementale visant à reconstruire une chaîne logistique plus efficace, ce qui confère au port une importance supplémentaire dans un contexte de nécessité de réduire les coûts d’importation et d’assurer un approvisionnement plus rapide des marchandises essentielles.
Un intérêt régional croissant pour le port
Les récents mouvements diplomatiques et économiques autour du port de Tartous reflètent une prise de conscience régionale croissante de l’importance de cette ouverture maritime. Le 6 mai 2026, l’ambassadeur de Turquie à Damas, Nuh Yilmaz, a visité le port de Tartous accompagné d’une délégation comprenant le consul général turc à Alep, Hakan Cengiz, ainsi que plusieurs conseillers et membres de l’attaché commercial.
Au cours de la visite, le directeur des relations locales et internationales au sein de l’Autorité générale des postes-frontières et des douanes, Mazen Allouch, et le directeur du port, Rajab Jaddou’, ont discuté avec la délégation turque des moyens de développer les infrastructures du port. La délégation a également pris connaissance des projets de développement et des travaux de construction en cours visant à renforcer la capacité opérationnelle et les capacités d’accueil.
La tournée sur le terrain effectuée par la délégation sur les quais, les installations opérationnelles et les services logistiques revêt des significations dépassant le cadre protocolaire, puisqu’elle intervient à un moment où la région connaît une redéfinition des voies commerciales et du transport maritime après des années de perturbations régionales.
La visite, le 21 avril dernier, d’une délégation de la société saoudienne FCD, filiale du groupe Al-Muhaidib, reflète également un intérêt croissant des pays du Golfe pour le port, tant du point de vue de l’investissement logistique que de la relance des voies commerciales régionales via la Syrie.
Des plans de développement et d’attraction des lignes maritimes
L’Autorité générale des postes-frontières et des douanes a lié l’augmentation de l’activité du port au succès des plans de développement visant à simplifier les procédures d’importation et d’exportation et à réactiver le transit, ce qui a contribué à « renforcer l’efficacité de la chaîne logistique et attirer les lignes maritimes ».

Ces efforts revêtent une importance exceptionnelle à l’ombre de concurrence régionale entre les ports de la Méditerranée orientale, plusieurs pays cherchant à devenir des centres de transit maritime et commercial. Toutefois, la position géographique de Tartous lui confère un avantage stratégique : il est le plus proche des marchés intérieurs syriens et constitue un portail naturel pour les marchandises destinées à l’Irak et à la Jordanie. Il pourrait également devenir à l’avenir un point de connexion entre la Méditerranée et les projets régionaux de transport.
Dans une région où les cartes du commerce, de l’énergie et de l’influence économique sont en train d’être redessinées, le port de Tartous apparaît comme l’un des actifs stratégiques les plus importants pour la Syrie.
Les chiffres enregistrés durant les premiers mois de 2026, l’expansion de l’activité de transit, le retour des routes terrestres vers l’Irak ainsi que l’intérêt régional et international croissant pour le port sont autant d’indices confirmant que Tartous n’est plus uniquement une installation maritime, mais qu’il se transforme progressivement en un centre économique et logistique avancé susceptible de jouer un rôle central dans la reconnexion de la Syrie aux réseaux commerciaux régionaux et internationaux au cours de la prochaine phase.


André Chatta